Sondages après sondages : l’irrésistible ascension du Rassemblement national…

Nicolas Gauthier | 30 août 2022

Depuis l’arrivé en force de 89 députés lepénistes à l’Assemblée nationale, il y a comme une ambiance. On imagine que la dernière étude de la très officielle Fondation pour l’innovation politique, publiée fin août, devrait contribuer à la plomber davantage encore. Ainsi apprend-on, auprès d’un échantillon de plus de trois mille personnes, le tout décortiqué sur près de soixante pages, que nous sommes en train de changer d’ère politique. Résumons.

Du 21 avril 2002, quand Jean-Marie Le Pen crée la surprise du premier tour de l’élection présidentielle, le vote dit « protestataire » – celui qui ne s’est pas reporté sur des partis donnés pour être de gouvernement – représente 29,6 %, soit près d’un tiers de l’électorat. Le 10 avril 2022, il est désormais de 55,6 % ; c’est-à-dire largement majoritaire. Lors du dernier scrutin présidentiel, si les mouvements de droite protestaire tiennent le haut du pavé – 32,3 % des voix si l’on additionne celles de Marine Le Pen, Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan -, ceux de gauche ne sont pas non plus à négliger : 23,3 % pour Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud.

Au sein de cette nébuleuse, la présidente du Rassemblement national tient évidemment la première place : « Près de la moitié des électeurs (47 %) voient comme « une bonne chose » que, « lors des élections législatives de juin 2022, 89 députés du RN aient été élus, formant le groupe d’opposition le plus important à l’Assemblée nationale ». C’est une « mauvaise chose » pour 33 % des répondants et « ni une bonne chose ni une mauvaise chose » pour 19 %. » Soit 66 % de Français favorables ou indifférents à cette nouvelle configuration politique. Là, il ne s’agit plus de « dédiabolisation », mais d’une véritable normalisation.

Plus intéressant encore, à en croire cette étude : « Les idées du RN trouvent un soutien à gauche et à droite. La plupart des proches de Reconquête ! (89 %) sont d’accord avec les idées du RN, ainsi que la moitié (47 %) des proches de LR. Mais les idées du RN trouvent aussi un fort soutien dans l’électorat de gauche : 39 % des proches de LO-NPA, 24 % de ceux de EELV, 22 % de ceux du PCF-LFI, 17 % de ceux du PS. Enfin, 15 % des proches de LREM et un tiers (32 %) des répondants qui ne sont proches d’aucun parti se reconnaissent dans les idées du RN. »

Voilà qui valide donc la ligne politique d’une Marine Le Pen entendant incarner un « bloc populaire » s’opposant à un « bloc élitaire ». Pourtant, son refus d’une hypothétique « union des droites » ne l’empêche visiblement pas d’engranger de plus en plus de suffrages chez ces mêmes électeurs de droite. Et même de sortir, selon l’expression malheureuse d’Éric Zemmour, de son ghetto des « classes populaires », sachant que « le vote RN progresse dans les catégories sociales supérieures : entre le premier tour des législatives 2017 et celui de 2022, le vote des cadres en faveur du RN est passé de 5 % à 13 %, et celui des professions intermédiaires de 11 % à 16 %. »

Il est un fait qu’en la matière, et ce, sans l’avoir forcément voulu, le polémiste, en radicalisant sans cesse sa campagne, a permis à sa concurrente de rendre la sienne plus apaisante, entre « force tranquille » à la François Mitterrand (1981) et « fracture sociale » de Jacques Chirac (1995), stratégies gagnantes dans les deux cas. En revanche, la stratégie du « bloc populaire » contre le « bloc élitaire » demeure toujours pertinente, 81 % des électeurs macronistes persistant à classer la candidate du RN à « l’extrême droite », alors qu’« un tiers des proches de LO-NPA (35 %) comme des proches du PCF-LFI (34 %) ne jugent pas Marine Le Pen “inquiétante”. La plupart des proches de LO-NPA (59 %) et 35 % des proches du PCF-LFI sont même d’accord avec l’idée selon laquelle Marine Le Pen « a un bon projet pour le pays ». »

Et pour la suite ? Cette étude semble montrer que l’ascension du Rassemblement national est tout, hormis résistible : « Seuls 55 % des électeurs de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle ont voté au premier tour des législatives. L’abstention cache donc une réserve électorale pour le RN. » Comme avait coutume de le dire son père, « l’avenir commence toujours demain »

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