Derrière le phénomène Zemmour, « une droitisation de la société » et « une forme d'usure du lepénisme »

Dominique Reynié, Élizabeth Martichoux | 24 septembre 2021

Le 24 septembre 2021, le politologue Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, était l’invité d’Élizabeth Martichoux a expliqué le succès du phénomène Éric Zemmour en vue de 2022 sur LCI.

Éric Zemmour peut-il bouleverser l’échiquier politique ? Alors que le polémiste ne s’est pas encore officiellement déclaré candidat à la présidentielle, un nouveau sondage Odoxa pour L’Obs, publié jeudi 23 septembre, confirme sa percée. Il recueillerait 10% d’intentions de vote au premier tour, le double de son score (5%) dans un baromètre Harris Interactive en juillet dernier. Faut-il prendre l’essayiste au sérieux ? « Sans aucun doute », a assuré le politologue Dominique Reynié.

« Son installation enregistrée par les enquêtes d’opinions correspond, d’une part, à un mouvement au sein de la société française. C’est-à-dire un mouvement de droitisation, un mouvement d’affirmation de préoccupations pour la sécurité, pour l’immigration, pour l’intégration, pour l’islam… Toute une série de problématiques qui sont les problématiques fétiches d’Éric Zemmour et qui correspondent à une préoccupation dans la société », a analysé le professeur à Sciences Po Paris.

« Une forme d’usure, une espèce de lassitude »

La place grandissante du polémiste « correspond, ensuite, à une forme d’usure du lepénisme. On mesure aussi cela en ce qui concerne Mélenchon. Ce sont deux leaders qui apparaissent auprès de leurs propres soutiens comme usés. Il y a une espèce de lassitude, peut-être de les voir se présenter et les voir perdre les élections. Pour Marine Le Pen, il y a une particulière qui est qu’elle a cherché manifestement, c’est son calcul, à modérer son discours », a ajouté Dominique Reynié. « Ça correspond moins au modèle initial du Front national devenu le Rassemblement national. Une partie de ses électeurs se retrouvent démunis, dépossédés de thèmes qui leur sont chers. Ils retrouvent du coup dans l’offre que propose Éric Zemmour cette version historique. »

Le discours du polémiste se concentre par ailleurs autour de l’immigration. « Ça le porte, c’est sa rampe de lancement », a convenu le directeur général de la Fondation pour l’innovation politique. « Bien sûr, ça peut le limiter, mais la grande responsabilité, du système politique français est de ne pas avoir fait de ce thème qui préoccupe les Français, un thème objectivement important, un thème de politique publique dont on peut parler tranquillement, dans des termes qui sont corrects, recevables, de ne pas en avoir fait un élément-clé du débat national depuis 30 ans. Ça a été laissé au fond en monopole à des orateurs outranciers qui là-dessus peuvent construire un projet politique, sans avoir de compte à rendre par ailleurs. »

 

Retrouvez l’émission dans son intégralité sur lci.fr.
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