Français, santé et élection présidentielle

Katie Hamilton | 29 avril 2022

Notes

1.

Les personnes interrogées sur les enjeux ayant compté le plus dans leur choix au premier tour de l’élection présidentielle parmi les 21 entités proposées devaient répondre en indiquant quatre choix : « en premier lieu », puis « en deuxième lieu », « en troisième lieu » et « en quatrième lieu – ». Le total des citations, pour une entité désignée, est donc la somme des citations « en premier lieu », « en deuxième lieu », « en troisième lieu » et « en quatrième lieu ».

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2.

L’identité française, le pouvoir d’achat, la guerre de la Russie en Ukraine, la défense nationale, la délinquance, le fonctionnement de la démocratie en France, la santé publique, le terrorisme, l’âge légal du départ à la retraite, l’appartenance de la France à l’OTAN, les sanctions contre la Russie, les inégalités, le rôle de la France dans le monde, l’immigration, la construction européenne, l’environnement et la transition écologique, l’éducation nationale, le chômage, la dette/ le déficit, le logement, l’influence de l’islam en France.

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4.

Serge Soudoplatoff, Le Numérique au secours de la santé, Fondation pour l’innovation politique, janvier 2019, p. 12

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5.

Les personnes interrogées étaient invitées à se situer sur une échelle gauche-droite de 0 à 10, où 0 correspond au positionnement le plus à gauche et 10 au positionnement le plus à droite : ceux qui se situent entre 0 et 4 sont considérés à gauche, à 5 au centre, entre 6 et 10 à droite. Les personnes interrogées avaient également la possibilité de ne pas se positionner sur cette échelle.

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La Fondation pour l’innovation politique a réalisé, en partenariat avec le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et le Centre d’études et de connaissance sur l’opinion publique (Cecop), une vaste enquête d’opinion sur la construction du choix des électeurs au premier et au second tours de l’élection présidentielle de 2022.

La première vague de l’enquête a été administrée du 13 au 16 avril 2022, auprès d’un échantillon de 3 005 personnes inscrites sur les listes électorales et issues d’un échantillon de 3 266 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de genre, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de région de résidence. L’échantillon a été interrogé par questionnaire auto-administré en ligne.

Dans la première vague de cette enquête, nous avons notamment interrogé les électeurs sur les enjeux qui ont compté le plus dans leur choix électoral pour le premier tour de l’élection présidentielle. En prenant le total des réponses1, « la santé publique » arrive en deuxième position (30 %) parmi la liste des 21 items proposés2, après le pouvoir d’achat (58 %).

Le profil sociologique des répondants qui placent la santé en priorité est riche d’enseignements. Les femmes (33 %) sont plus nombreuses que les hommes (26 %) à dire que c’est l’enjeu qui a le plus compté dans leur choix électoral, tout comme les personnes âgées de 65 ans et plus (35 %, contre 23 % chez les 18-24 ans). Ce choix est aussi plus répandu chez les moins diplômés (30 %) que chez les personnes titulaires d’un diplôme supérieur à bac + 2 (26 %), ou encore davantage dans les communes rurales (33 %) que dans l’agglomération parisienne (28 %).

Alors que les difficultés d’accès aux soins touchent au moins 30 % de la population française3, la question de la santé publique est encore considérée comme plus essentielle chez les personnes les plus isolées sociologiquement et géographiquement. Rappelons que la question des déserts médicaux était au cœur des programmes de santé des deux candidats finalistes : Marine Le Pen projetait de remplacer toutes les aides à l’installation actuelle des médecins par un tarif de consultation modulé en fonction du territoire, tandis que le président sortant préférait demander aux professionnels de s’organiser pour garantir à tous les patients une prise en charge sous 48 heures.

À noter que certaines de leurs propositions pour lutter contre les déserts médicaux convergeaient, notamment celle relative au développement de la télémédecine.
Selon Serge Soudoplatoff, « ce qui change la donne et qui fait que la santé va pouvoir vraiment bénéficier du numérique réside dans la conjonction de plusieurs éléments :

  • l’explosion du nombre de smartphones connectés ;
  • la disponibilité de capteurs connectés au plus près du corps humain ;
  • la montée en puissance de la génomique ;
  • l’accès à des instruments numériques extrêmement puissants, et disruptifs, par exemple l’IA [intelligence artificielle], qui se nourrit des bases de données médicales de plus en plus fournies, ou la blockchain, qui permet de distribuer la confiance à bas coût ;
  • les montants énormes investis par le capital-risque dans la santé numérique ;
  • l’implication croissante des grands acteurs du numérique (Gafam, IBM, etc.) dans le domaine de la santé4. »

Dans leur système de valeurs, les électeurs de gauche accordent plus d’importance que les électeurs de droite à l’enjeu de la santé. Ainsi, 37 % des répondants qui se positionnent à gauche sur l’échelle gauche-droite5 indiquent la santé publique comme une priorité dans leur choix électoral du premier tour. C’est 4 points de plus que les personnes qui se situent au centre (33 %) et, surtout, 15 points de plus que celles qui se positionnent à droite (22 %).

De même, en regardant les intentions de vote pour le second tour de l’élection présidentielle, les électeurs d’Emmanuel Macron et ceux qui comptaient s’abstenir ou voter blanc ont été plus nombreux que les électeurs de Marine Le Pen à placer la santé publique comme enjeu prioritaire.

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