Jeunes et addictions : un désastre silencieux

07 avril 2021

Notes

1.

Présentée sous forme de pilule, cette drogue, ayant pour principe actif une molécule chimique, la méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA), est souvent associée à différents composés (amphétamines, analgésiques, hallucinogènes, anabolisants…).

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2.

Cette drogue de synthèse aux propriétés sédatives et amnésiantes se présente sous forme de poudre blanche soluble ou de liquide incolore et inodore. On la surnomme aussi « drogue du violeur », car elle provoque des somnolences et des amnésies chez ceux qui l’ingèrent.

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L’addiction est une dépendance, dont les raisons ne cessent de croître. En partenariat avec le Fonds Actions Addictions et la Fondation Gabriel-Péri, la Fondation pour l’innovation politique a réalisé, en juin 2018, une vaste enquête sur les addictions chez les 14-24 ans. Les données recueillies mettent en évidence la multiplicité des addictions menaçant les nouvelles générations.

La singularité de notre étude est de porter sur une pluralité d’entre elles : tabac, alcool, cannabis, cocaïne, ecstasy, MDMA1, GHB2, jeux d’argent, jeux vidéo, pornographie, réseaux sociaux, écrans… Il y a de solides raisons de penser que la crise sanitaire actuelle aggrave fortement le phénomène des addictions, en raison du confinement, de l’isolement social, de l’explosion des cas de détresse psychologique, des dépressions, du temps passé devant les écrans, etc.

Si nous extrapolons les résultats de notre enquête, nous obtenons un chiffre supérieur à 350 000 jeunes de 14-24 ans qui auraient déjà consommé de la cocaïne, de l’ecstasy, de la MDMA ou du GHB en France. Parmi eux, la moitié en consommerait au moins une fois par semaine, soit environ 175 000 jeunes. Par ailleurs, l’utilisation des écrans, des réseaux sociaux et des jeux vidéo est spectaculairement élevée dans cette classe d’âge : antérieurement à la crise sanitaire, 26 % des 18-22 ans estiment passer plus de 5 heures par jour sur les réseaux sociaux, et 10 % y consacrent plus de 8 heures chaque jour ; 16 % disent passer quotidiennement plus de 5 heures sur les jeux vidéo, et 7 % plus de 8 heures.

Ces jeux constituent un véritable phénomène de société : 46 % des 14-24 ans consacrent au moins 1 heure par jour aux jeux vidéo. 36 % disent avoir déjà pratiqué les jeux d’argent, 13 % y jouent au moins une fois par semaine, et 10 % des 14-17 ans y jouent au moins une fois par mois.

D’autre part, 21 % des 14-24 ans regardent au moins une fois par semaine du porno, et 37 % déclarent en avoir déjà visionné au moins une fois. Pourtant, la confrontation à de telles images, alors même que la sexualité psychique se développe, peut provoquer des crises d’anxiété et des troubles du sommeil, nourrir un sentiment de culpabilité et conduire à une représentation faussée ou violente des rapports sexuels et amoureux, sachant que les garçons sont deux fois plus nombreux que les filles à regarder ces films.

Les addictions sont liées entre elles, emprisonnant davantage les jeunes dans les filets de plus en plus étroits de la dépendance. 49 % des jeunes jouant aux jeux vidéo au moins 5 heures par jour passent également plus de 5 heures par jour sur les réseaux sociaux ! En outre, 56 % des jeunes qui regardent du porno au moins une fois par jour passent chaque jour plus de 2 heures sur les réseaux sociaux, et 46 % plus de 2 heures à jouer à des jeux vidéo.

De la même manière, 63 % des jeunes qui fument du tabac au moins une fois par semaine boivent également de l’alcool au moins une fois par semaine. Ce pourcentage monte à 64 % pour les fumeurs de cannabis et à 87 % pour les jeunes qui consomment de la cocaïne, de l’ecstasy, de la MDMA ou du GHB. La prise de cocaïne, d’ecstasy, de MDMA et de GHB est aussi fortement associée à celle du cannabis.

Il s’agit désormais d’un problème de santé et de sécurité publique de premier plan, car les addictions sont associées aux maladies graves, aux accidents de la route, au risque d’isolement, de dépression, voire de suicide, à l’échec scolaire ou professionnel, mais aussi au risque d’agression physique ou sexuelle, ou encore aux risques financiers liés à la consommation de drogue et aux jeux d’argent.

L’enjeu est d’autant plus dramatique qu’il touche davantage les plus faibles : 40 % des jeunes relevant d’un foyer dont le revenu mensuel net est inférieur ou égal à 1 250 euros ont déjà testé un produit, contre 32 % chez ceux appartenant à un foyer dont le revenu est supérieur à 3 000 euros. D’une manière générale, pour cinq des huit addictions étudiées, y compris les jeux d’argent, les jeunes dont les parents ont les revenus les plus modestes sont davantage exposés que ceux appartenant à un foyer aisé.

Il n’existe pas de véritable campagne sensibilisant les jeunes, leurs parents et le public en général aux dangers de l’addiction aux écrans, et en particulier aux contenus à caractère pornographique. Quant aux consommations de jeux vidéo et de réseaux sociaux, non seulement elles ne font l’objet de quasiment aucune mise en garde, mais elles bénéficient même d’une forme d’assentiment implicite, voire d’une promotion généralisée.

Les pouvoirs publics pourraient agir dans trois directions : diminuer la vulnérabilité des individus, réduire la nocivité des produits et réduire l’incitation environnementale à consommer. L’action est d’autant plus nécessaire et urgente que si la crise sanitaire a fragilisé les nouvelles générations, c’est aussi en les exposant davantage au monde des produits et des comportements addictifs, dont la dangerosité n’est pas toujours clairement désignée.

Ainsi, on peut noter la persistance d’un discours permissif à propos du cannabis, y compris chez des parents qui pensent pouvoir se référer à leur propre expérience. Or le cannabis est aujourd’hui bien plus nocif que celui d’hier. La raison tient à la nouvelle concentration de THC (tétrahydrocannabinol), qui est le principal cannabinoïde du cannabis. Entre 1995 et 2014, son taux est passé de 4 % à 12 %. L’augmentation de la teneur en THC accentue les effets secondaires néfastes du cannabis, somatiques et psychiques, mais aussi et surtout psychiatriques.

Fonds Actions Addictions, Fondation Gabriel Péri, Fondation pour l’innovation politique, Les addictions chez les jeunes (14-24 ans), (Fondation pour l’innovation politique, juin 2018).

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