La gauche a trop souvent pris des postures morales plutôt que politiques

André Comte-Sponville | 04 juillet 2021

Embourbée dans ses postures morales, la gauche en a oublié le principal : proposer des solutions aux Français.

Courrier international consacre un dossier à la crise de la social-démocratie européenne. La Fondation pour l’innovation politique  corrobore le diagnostic : il y a bien une conversion des Européens aux valeurs de droite et conséquemment un recul, dans les quatre pays étudiés (la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre), des idées ou des partis de gauche. Il n’y a plus que 24 % des Français pour se dire de gauche (contre 38 % qui se disent de droite, et 17 % du centre). Cela ne semble pas près de s’arranger : contrairement à une idée répandue et qui fut longtemps vraie, les jeunes sont plutôt plus à droite que leurs aînés ! Enfin les élections régionales, dans notre pays, le confirment tristement : même partiellement protégée par l’énormité de l’abstention et la prime aux sortants, la gauche est très loin de sa puissance d’antan. La gauche a trop souvent pris des postures morales plutôt que politiques.

Pourquoi ce recul ? La Fondation pour l’innovation politique souligne le rôle des craintes suscitées par l’immigration en général et par l’islam en particulier, deux questions sur lesquelles la gauche est à la fois embarrassée et divisée. Mais il me semble qu’il y a aussi autre chose. Si la gauche, spécialement en France, attire de moins en moins, c’est qu’elle a trop souvent pris des postures morales plutôt que politiques, et idéologiques plutôt que pragmatiques. Que retient-on des deux septennats de François Mitterrand ? L’abolition de la peine de mort (qu’on peut juger moralement satisfaisante, mais qui n’a guère changé la vie des Français) et l’échec de sa politique économique (qui n’a jamais réussi à faire reculer le chômage).

Quid de l’efficacité ?

La popularité de Mitterrand en a-t-elle souffert ? Dans la gauche officielle, nullement ! A écouter ses représentants, on a le sentiment qu’une mesure est bonne si elle est de gauche, mauvaise si elle est de droite, quels qu’en soient par ailleurs les résultats. Position purement idéologique, qui ne permet pas de comprendre qu’il y ait parfois de mauvaises politiques de gauche et de bonnes politiques de droite.

C’est que nos belles âmes laissent de côté l’essentiel : la question de l’efficacité ! Qu’elle soit de droite ou de gauche, une politique est bonne lorsqu’elle réussit, mauvaise lorsqu’elle échoue. A trop se soucier de pureté idéologique (d’ailleurs souvent anachronique par rapport aux enjeux du moment), la gauche n’a jamais réussi, en France, à gouverner plus de cinq années consécutives, laissant ainsi se répandre l’idée que les bons sentiments seraient de gauche, mais l’efficacité de droite. Piège mortel pour la gauche ! Car ce que veulent les Français, dans leur immense majorité, ce n’est pas d’abord une politique de gauche, ni une politique de droite, mais une politique qui réussit. Et si la droite y parvient mieux que la gauche…

Le piège en question est accentué par le politiquement correct (qui se soucie du bien plus que du vrai) et la culture « woke » (qui se soucie des minorités plus que de la majorité). Ces deux courants sont plutôt de gauche. C’est pourquoi ils font le jeu de la droite.

Le réel et la majorité se vengent ! Que serait une bonne politique de gauche ? Une politique qui améliorerait réellement les conditions de vie des plus pauvres et des plus nombreux d’entre nous. Question d’efficacité, plus que de doctrine !

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