Le désespérant refus du nucléaire

Nicolas Bouzou | 09 juin 2021

La France est en train de perdre son excellence nucléaire. Dommage pour le climat. Dommage pour la croissance.

Invité à visiter l’usine de recyclage et de retraitement nucléaire Orano de La Hague, j’ai pu une fois de plus constater l’excellence française dans l’atome et regretter que, pour des raisons idéologiques, cette filière ne soit pas encouragée comme elle devrait l’être par les pouvoirs publics. Notre pays, cédant à des groupes de pression aussi écologistes que je suis médaillé de patinage artistique, fait ainsi deux victimes : son économie et le climat.

Une énergie d’avenir

Le nucléaire présente trois avantages. Le premier, c’est que cette industrie est à forte valeur ajoutée et en développement rapide, principalement en Chine et en Russie. Dans une note publiée en février dernier par la Fondation pour l’innovation politique, Marco Baroni souligne que plus de 400 nouveaux réacteurs seront construits dans le monde ces trente prochaines années. Dès 2030, la Chine dépassera les Etats-Unis et l’Europe en termes de capacités nucléaires installées. Assurant 10 % de la production mondiale d’électricité, le secteur du nucléaire connaît une accélération de l’innovation, avec notamment l’arrivée des petits réacteurs modulaires, des réacteurs de la génération IV. La fusion nucléaire, objet du réacteur Iter dans le sud de la France (sujet sur lequel les Chinois avancent vite de leur côté), est en ligne de mire avant la fin du siècle. Elle fournirait au monde entier une énergie abondante et totalement décarbonée. On comprend donc qu’elle soit le cauchemar des écologistes décroissants : le succès des nouveaux types de nucléaire et plus encore de la fusion ferait disparaître leur rente et leur raison d’exister, les obligeant à recycler leur anticapitalisme ailleurs que dans l’écologie.

Une énergie décarbonée

Le deuxième avantage du nucléaire, c’est qu’il présente un excellent ratio performance/émissions de gaz à effet de serre. Cette énergie n’est pas intermittente, dans la mesure où les centrales fonctionnent la nuit (à la différence des panneaux solaires) et sans vent (à la différence de l’éolien). En outre, les centrales nucléaires occupent peu d’espace, contrairement, par exemple, au solaire. Rappelons enfin que le nucléaire émet au kilowattheure moins de CO2 que l’éolien (terrestre ou en mer), la géothermie et le solaire. Seule l’hydroélectricité est, sur ce plan, plus performante.

Le troisième avantage est moins connu. Le nucléaire est un exemple souvent passé sous silence d’économie circulaire. En effet, 96 % du combustible usé utilisé dans les réacteurs est recyclé. Ces combustibles arrivent à La Hague où l’on récupère 95 % de l’uranium et 1 % du plutonium. L’uranium est purifié puis concentré pour devenir du nitrate d’uranyle qui sera enrichi pour redevenir du combustible in fine réutilisable en centrale.

Le plutonium récupéré est purifié et transformé en poudre d’oxyde de plutonium, une matière très forte en énergie (1 gramme de plutonium = une tonne de pétrole) mais dangereuse, amenée à devenir du MOX, un combustible qui alimente des centrales. Au bout du compte, 10 % de l’électricité nucléaire produite en France émane de matières recyclées.

Une énergie recyclée

Restent les quatre derniers pourcents du combustible, ces produits de fission constituant les fameux déchets qui concentrent la quasi-totalité de la radioactivité. Ces résidus sont vitrifiés puis coulés à l’état de verre dans un container entreposé dans des puits ventilés. J’ai pu me rendre dans le hangar, de taille finalement modeste, au-dessous duquel sont entreposés la totalité des déchets nucléaires générés par les centrales françaises depuis une quarantaine d’années. Chaque Français émet chaque année à peine plus de 1 kilogramme de déchets radioactifs, issus de la consommation d’électricité. En théorie, ces déchets sont destinés à partir pour le centre de stockage Cigeo dans la région Grand Est, mais cette infrastructure n’est toujours pas prête. En attendant, ils demeurent à l’usine de la Hague.

Production d’électricité décarbonée, recyclage, performance économique, emplois : tels sont les possibilités offertes par notre filière nucléaire. Bien sûr, le « tout nucléaire n’a pas de sens ». Il est sain de diversifier les sources d’énergie (nous avons évidemment besoin de gaz, de photovoltaïque et d’éolien), d’autant que le nucléaire des nouvelles générations est relativement onéreux. Mais la France aurait les moyens d’être le pays phare dans les technologies de l’atome. Au lieu de cela, la loi prévoit de fermer des réacteurs. Comment développer un secteur d’excellence quand on programme sa décroissance ? Stupide et désespérant.

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