Présidentielle 2022 : le dilemme des primaires

Melchior Delavaquerie | 17 août 2021

« Les partis politiques auront du mal à se passer des primaires car, dans n’importe quelle famille politique, aucun leader ne s’impose », assure le politologue Pascal Perrineau.

Pascal Perrineau a publié avec la politologue Laurence Morel une étude concernant « les primaires électorales et les systèmes de départage des candidats à l’élection présidentielle » sur le site de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) au mois d’août 2021. Selon eux, l’élection présidentielle de 2022 sera centrale pour l’avenir des primaires en France : « Soit elles [les primaires françaises, NDLR] sont abandonnées avant d’être totalement entrées dans les mœurs, soit elles perdurent et un retour en arrière sera difficile. »

Pascal Perrineau et Laurence Morel définissent les primaires comme « une méthode de sélection partisane des candidats à une fonction politique reposant sur l’élection par un collège électoral large, incluant au moins les adhérents ». Selon l’étude, le recours de plus en plus fréquent aux primaires répond à une demande citoyenne pour davantage de démocratie directe. D’ailleurs, Pascal Perrineau le souligne : « Les primaires sont aujourd’hui considérées par les gens, qu’ils soient de gauche, de droite ou d’ailleurs, comme étant un acquis presque démocratique. »

En France, l’étude de la Fondapol révèle que Charles Pasqua est le premier à proposer publiquement l’organisation d’une primaire, en 1994. Cependant, c’est le parti de la rose qui organise pour la première fois, en 1995, cette méthode de sélection, intégrée dans les statuts du parti lors du congrès d’Épinay (1971). La gauche va de nouveau avoir recours à une primaire fermée lors de l’élection présidentielle de 2007. Le « sélectorat » s’agrandit pour les primaires citoyennes de 2011 et 2017, où tous les citoyens de gauche sont appelés à voter. Paradoxalement, la droite n’opte pour une primaire ouverte qu’à l’occasion de la présidentielle de 2017. En termes de participation, les primaires sont un succès en France. Cependant, au-delà de leurs vertus démocratiques, elles sont parfois accusées d’être des « machines à perdre ». Elles incarneraient l’effondrement incrémental des partis politiques. Pascal Perrineau et Laurence Morel nuancent cet impact négatif des primaires sur ces derniers.

Les primaires, un symptôme de l’affaiblissement des partis ?

Un effet de personnalisation au détriment de l’élaboration d’un programme, une perte de contrôle de la sélection du candidat, un système qui n’empêche pas la baisse des adhésions sur le long terme, les primaires pourraient être la cause de ces phénomènes auxquels les partis doivent faire face. « Les primaires sont d’abord la conséquence de l’affaiblissement des partis politiques, note Pascal Perrineau. La crise des partis remonte à la fin du XXe siècle, on s’aperçoit qu’ils deviennent avant tout des partis d’élus. Donc les partis ne jouent plus leur rôle de lieu de réflexion, de lieu d’ébauche de programmes, et ils n’ont plus de légitimité pour investir les candidats. »

De plus, il serait fallacieux d’associer directement les primaires à la défaite d’un parti politique. Le politologue est clair à ce sujet : « En 2017, ce n’est pas la primaire qui a engendré la très faible performance du candidat socialiste monsieur Hamon ; ce n’est pas la primaire qui a fait perdre monsieur Fillon, c’est beaucoup plus l’affaire Fillon. On rend responsable la primaire d’échecs qui n’ont rien à voir avec la primaire. » L’issue d’une primaire dépend aussi de ses modalités d’organisation, de la mobilisation du « sélectorat » mais aussi de la pression de certains groupes d’intérêts qui favoriseraient un candidat plutôt qu’un autre. D’ailleurs, les primaires sont aussi considérées comme un moyen de pallier l’absence de leaders.

Un remède contre la disparition des « candidats naturels » ?

En septembre 2020, le Fonds mondial pour la nature a indiqué que 68 % des animaux sauvages auraient disparu entre 1970 et 2016. Parmi les espèces animales du monde politique, les « candidats naturels » n’ont pas échappé à cette extinction. D’après Pascal Perrineau, « les partis politiques auront du mal à se passer des primaires car, dans n’importe quelle famille politique, aucun leader ne s’impose. […] Ni de Gaulle, ni Mitterrand, ni Pompidou, ni Giscard d’Estaing ne s’embarrassaient de primaires, cela est évident. Mais c’était l’époque où il y avait des leaders plus ou moins incontestés. Là, ce n’est plus le cas. Nous pourrions même dire que, depuis la fin de la présidence Chirac, il y a des contestations permanentes. »

Alors que la gauche n’a pas organisé de primaires pour l’élection présidentielle de 2002, elle s’est retrouvée avec pléthore de candidatures au premier tour, et sans candidat présent au second tour. Après la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, l’UMP a vécu la guerre entre Jean-François Copé et François Fillon, ce qui a poussé les ténors de la droite à opter en 2016 pour un mode de départage extérieur au parti. La légitimité du vainqueur a reposé sur un socle de votants large et une haute autorité de la primaire comme arbitre du match politique.

À l’aune de cette étude, qui permet de comprendre avec clarté les différents types de primaires et leurs conséquences sur les démocraties, certains partis politiques sont face à un dilemme pour l’élection présidentielle de 2022 : organiser des primaires au risque d’exacerber les divisions ou imposer une candidature sans faire appel au vote populaire. Si les écologistes ont déjà tranché en faveur des primaires, certains membres d’autres formations politiques espèrent encore la venue du « candidat naturel ».

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