Présidentielle 2022 : le jeu s'est-il ouvert ?

Cécile Cornudet | 29 juin 2021

Drôle de lendemain de scrutin où l'on s'intéresse moins au jeu des acteurs et des partis qu'à celui de l'électeur, cet animal imprévisible qui les plonge tous dans le brouillard.

On dirait un lendemain d’élection comme les autres. Emmanuel Macron et Xavier Bertrand, le héros du week-end, se livrent à une guerre d’image en terre industrielle. Le premier pour remettre le second au niveau qu’il aimerait lui voir garder, « en rang d’oignon avec les autres élus », dixit un proche ; le second se voulant sur un pied d’égalité.

Les vieux partis fêtent le retour du vieux clivage et laissent entrevoir les compétitions futures (au sein de la droite, entre PS et Verts). En marche et le RN plaident la déconnexion entre les élections locales et la présidentielle : la défaite d’aujourd’hui ne dit rien de l’élection prochaine. Dans le grand brouillard du scrutin, chacun donne l’éclairage qui lui sied.

Car il ne faut pas creuser longtemps pour s’en convaincre : ce n’est pas un lendemain comme les autres. Le jeu des acteurs, celui des partis, jeunes ou anciens, intriguent cette fois moins que celui de l’électeur, cet animal imprévisible dont tous se réclament mais qui les plonge tous dans le brouillard. L’appel à la mobilisation de l’entre-deux-tours n’y a rien changé : l’électeur est resté invisible. Ou chez lui, ce qui revient au même. « Même la protestation ne passe plus par les urnes », s’inquiète le politologue Dominique Reynié.

En Marche sans son « ciment » RN

Voter ou ne pas voter, choisir Macron au national et Pécresse au local, l’électeur passe de l’un à l’autre sans plus aucune barrière. Le « en même temps » a fait sauter les dernières. Comme il y a la vidéo à la demande, « on est dans le vote à la demande », observe le politologue Jérôme Fourquet. En 2016, la primaire de la droite avait pour la première fois été le théâtre de mouvements d’électeurs extrêmement rapide d’un candidat à l’autre. A cette mobilité, désormais courante, s’ajoute l’élargissement du spectre : gauche un jour, droite ou LREM un autre, l’électeur n’a plus d’attaches.

L’addition des deux tendances est vertigineuse. Le niveau de l’abstention fausse tous les calculs et repères. Il interdit de tirer la moindre projection de ce scrutin régional. L’imprévisibilité et la mobilité des électeurs ouvrent tous les horizons. Si Emmanuel Macron a pu bénéficier de l’addition de voix de droite et de gauche en 2017, rien ne dit que ces voix-là ne se portent pas demain ailleurs. Surtout si le RN n’est plus suffisamment menaçant pour servir de ciment au « en même temps ».

Mais l’inverse est vrai aussi : ce n’est pas parce que les rares électeurs ont voté pour les vieux partis que ceux-là sont revenus en grâce. Le jeu s’est donc rouvert… ou pas. Voici l’élection dont on ne peut pas tirer de leçons, juste d’immenses interrogations.

 

Lisez l’article sur lesechos.fr.

Dominique Reynié (dir.), Protestation électorale en 2021 ? (Fondation pour l’innovation politique, juin 2021).

Dominique Reynié (dir.), 2022 le risque populiste en France (Fondation pour l’innovation politique, juin 2021).

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