Quatre raisons d'espérer le réveil d'une droite dont la disparition n'est pas écrite

Judith Waintraub | 25 novembre 2022

DÉCRYPTAGE - Depuis quinze ans, la droite a perdu 10 millions d'électeurs. En 2007, Nicolas Sarkozy avait recueilli 11.448.663 voix au premier tour de la présidentielle. Valérie Pécresse n'en a obtenu que 1 679 001 en 2022. Pourtant, la disparition de la droite n'est pas écrite. Voici pourquoi.

1 – La France est de plus en plus à droite

La Fondapol s’est penchée sur la séquence présidentielle-législatives de 2022, la plus désastreuse jamais enregistrée sous la Ve République par un parti revendiquant de représenter la « droite républicaine ». Son étude, publiée en exclusivité par Le Figaro le 29 août dernier, montre qu’« en même temps », les idées de cette droite n’ont jamais été aussi majoritaires dans l’électorat. Pour distinguer préférences partisanes et positionnement de fond, le think tank a défini une série de ­marqueurs sur les sujets économiques et régaliens : nécessité de ­réduire les dépenses publiques, conviction que « les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment », vision négative de l’immigration, souhait que la police soit moins bridée dans l’usage des armes à feu lorsqu’elle intervient sur le terrain, volonté de ne plus mélanger dans les mêmes classes les enfants qui ont des difficultés scolaires et ceux qui n’en ont pas, etc.

Au premier tour de la présidentielle, les cinq candidats se revendiquant de droite ont obtenu 40,2 % des suffrages exprimés. En y ajoutant les électeurs d’Emmanuel Macron qui adhèrent aux marqueurs de droite, qu’ils se ­définissent eux-mêmes comme de droite, du centre ou de nulle part, la Fondapol aboutit à un total de 57,7 % des suffrages exprimés.

2 – L’hypothèque Macron est levée

Le président de la République, quelle que soit sa popularité à l’issue de son second mandat, ne pourra pas en briguer un troisième en 2027. La Constitution le lui interdit. C’est une autre raison d’espérer pour Les Républicains, qui ont assisté impuissants à l’accélération de la fuite de leur électorat vers Emmanuel Macron. En 2017, environ 17 % des électeurs de Nicolas Sarkozy avaient voté pour le candidat En Marche ! dès le premier tour selon les sondages réalisés à l’époque. Cinq ans plus tard, le président ­sortant a engrangé quelque 34 % des voix qui s’étaient portées sur ­François Fillon lors du précédent scrutin.

Le sortant aura évidemment un, voire plusieurs aspirants à sa succession dans son camp, mais le « et de droite, et de gauche », clé du succès macroniste, peut-il à nouveau séduire les électeurs au-delà des frontières partisanes ? Rien n’est moins sûr. D’autant que d’après les enquêtes sociologiques, le socle électoral d’Emmanuel Macron s’est modifié au fur et à mesure de ses deux mandats. Au départ plutôt jeune et « progressiste » sur les sujets sociétaux, il est devenu âgé et conservateur. Bref, il s’est rapproché de l’électorat de la droite. Une évolution favorable au futur candidat estampillé Les Républicains, à condition qu’il soit capable de convaincre une majorité de Français de préférer l’original à la copie. Surtout si l’héritier putatif du macronisme s’appelle Édouard Philippe, Gérald Darmanin ou Bruno Le Maire.

3 – Au moins deux candidats crédibles sont dans les starting-blocks

Plus encore que sur le projet et la stratégie, une présidentielle se joue sur l’incarnation. Chez Les Républicains, deux personnalités, deux hommes, sont actuellement sur la ligne de départ pour 2027 : Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand. Ils se sont l’un comme l’autre repliés sur leur fief régional – Auvergne-Rhône-Alpes et Hauts-de-France – après leurs échecs respectifs, aussi spectaculaires l’un que l’autre : défaite historique de la droite aux européennes de 2019 pour Wauquiez président de LR, élimination de Bertrand dès le premier tour lors de la primaire pour désigner le candidat à la présidentielle, en décembre 2021.

Deux grands brûlés, donc, mais qui ne manquent pas de soutiens ni de ressources. Aucun des deux ne considère que le contrôle de l’appareil est suffisant pour lui assurer l’investiture, mais ils savent tous les deux que le soutien du parti est indispensable. Laurent Wauquiez est le plus directement impliqué dans l’élection à la présidence : il soutient Éric Ciotti et c’est réciproque, puisque le député des Alpes-Maritimes l’a déjà désigné comme le meilleur des candidats possibles, en s’engageant à lui éviter l’épreuve de la primaire. Xavier Bertrand, dont Aurélien Pradié est proche, s’est bien gardé de se mêler publiquement de la campagne interne. Il a lancé en octobre dernier un nouveau mouvement, Nous France, qui se veut une plate-forme d’idées, et envisage déjà d’accueillir si nécessaire les transfuges LR hostiles à la ligne Ciotti.

4 – La relève se prépare

Si LR manque de ressources humaines dans la génération d’un Jordan Bardella (27 ans), il a avec David Lisnard (53 ans) et François-Xavier Bellamy (37 ans) au moins deux figures montantes de talent.

Le premier, maire de Cannes depuis 2014, préside aussi la puissante Association des maires de France (AMF) depuis 2021. À la tête de son parti, Nouvelle Énergie, il entend « rompre avec quarante ans de social-démocratie étatiste ». Vaste programme, qu’il se verrait bien mettre en œuvre.

Le second a déjà enregistré un échec cinglant malgré sa courte carrière : les 8,48 % de la liste qu’il conduisait aux européennes de 2019. Cette débâcle digérée d’autant plus facilement que c’est Laurent Wauquiez qui en payé le coût politique, il s’est révélé d’une pugnacité redoutable au Parlement européen, notamment dans son combat contre l’islamisme. De là à imaginer François-Xavier Bellamy candidat en 2027, il y a un pas que le principal intéressé ne franchit sans doute pas. Pas encore ?

 

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