Sarah Halimi et le chichon de l’impunité

Luc Ferry | 21 avril 2021

Le message envoyé par le jugement de l’assassin de Sarah Halimi est terrifiant, il banalise l’antisémitisme. L’acte commis par l’assassin n’avait pourtant rien de « fou ».

Comme l’a expliqué ici même, calmement mais arguments forts à l’appui, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, notre justice ne s’est pas honorée en couvrant d’un voile d’innocence le meurtre atroce et clairement antisémite de Sarah Halimi. Dans ce jugement, trois fautes lourdes ont été commises : d’abord en tenant les avis des psychiatres pour « scientifiques », ce qui est une plaisanterie : la psychiatrie, comme la philosophie, est tout sauf une science, les biais idéologiques y sont omniprésents, à preuve le fait que sur les trois rapports, l’un concluait à une simple « altération du discernement » du meurtrier, tandis que les deux autres parlaient d’« abolition », ce qui plaidait pour l’impossibilité de le juger.

Ensuite, le fait que la prétendue « bouffée délirante » ait été due à une consommation de stupéfiant dont l’assassin était coutumier aurait dû constituer, non pas une excuse, mais une circonstance aggravante, comme c’est le cas pour les accidents de la route. Enfin, l’acte commis par l’assassin n’avait rien de « fou ». Il était au contraire d’une parfaite cohérence avec les versets qu’il lisait et les invocations religieuses qu’il hurlait en défenestrant sa victime.

Comme l’a dit à juste titre maître Goldnadel, « l’assassin présentait le profil classique des criminels islamistes ordinaires », au fond le même que celui du meurtrier de Samuel Paty, le chichon n’ayant fait que porter à son point d’incandescence une haine des Juifs omniprésente dans le fondamentalisme islamiste. Il y a quatre ans déjà, une Une de L’Express consacrée aux nouveaux visages de l’antisémitisme titrait tout simplement: « Dans les quartiers, les Juifs sont la cible de l’islam radical », comme si cette vérité allait désormais de soi.

Ces analyses furent largement confirmées par une étude de la Fondation pour l’innovation politique. Intitulée « Violence antisémite en Europe 2005-2015 » et publiée en septembre 2017, elle portait sur sept pays (Allemagne, Danemark, France, Royaume-Uni, Norvège, Suède et Russie).

Réalisée par un jeune chercheur suédois, elle concluait que « parmi ces pays, c’est en France que l’exposition des Juifs à la violence antisémite semble la plus forte. Concernant les auteurs des actes antisémites violents, les données disponibles montrent en Europe de l’Ouest la prédominance de personnes de culture musulmane et la quasi-disparition de l’extrême droite, à l’exception de la Russie où, par ailleurs, l’antisémitisme violent semble beaucoup moins répandu que dans les autres pays considérés ». Fallait-il dans ces conditions, comme l’ont fait les juges, « comprendre la haine », expliquer par la drogue seule le geste du salaud qui torture et tue une vieille dame parce qu’elle appartient à la « nation des ennemis » et incarne le « diable » ?

Ce qui est certain à tout le moins, c’est que le message envoyé par ce jugement est terrifiant. Non seulement il banalise l’antisémitisme de manière immonde, mais à l’avenir, il suffira à ceux qui veulent régler son compte à un voisin de prendre au préalable le soin de fumer un joint pour avoir de bonnes chances de s’en tirer indemnes. À vomir…

 

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