Sous le feu des projecteurs, l’Assemblée suscite à nouveau l’intérêt des Français
Théodore Azouze | 17 août 2022
À la faveur de la recomposition, les députés remarquent un suivi plus régulier des discussions parlementaires.
Des débats agités, un Hémicycle divisé et un gouvernement parfois mis en défaut: non, ce n’est pas le scénario du premier épisode d’une série politique à succès, mais bien le résumé des dernières semaines à l’Assemblée nationale. La densité de la vie parlementaire depuis les élections législatives a soudainement mis un coup de projecteur sur les discussions au Palais Bourbon.
De nombreux Français semblent avoir pris goût au suivi du travail parlementaire durant ce début d’été chargé. Preuve de l’intérêt soudain des Français pour l’activité des députés: LCP (La Chaîne parlementaire) a vu ses audiences doubler sur les tranches parlementaires. «C’était déjà le cas lors des débats sur les retraites ou durant la crise des “gilets jaunes”, tempère Bertrand Delais, le PDG de la chaîne. En fait, tous les grands débats qui renvoient à une mise sous pression ou à un contrôle de l’exécutif intéressent beaucoup. Maintenant, la question, c’est de savoir si cela va durer.» La chaîne mise sur l’exhaustivité et la vulgarisation de l’actualité parlementaire pour satisfaire son public. «Par exemple, certains téléspectateurs qui vont regarder les futurs débats découvriront pour la première fois ce qu’est une commission mixte paritaire», explique Bertrand Delais. Certaines séances, étendues tard dans la nuit, ont d’ailleurs fait l’objet d’une couverture en direct de la chaîne, avec réactions politiques recueillies à la sortie de l’Hémicycle et commentaires en plateau.
Médiatisation accrue
«C’est une période où il y a plus d’incertitudes, plus de suspense à l’Assemblée», analyse Olivier Rozenberg, chercheur à Sciences Po et spécialiste de l’étude des Parlements. Pour lui, la configuration politique éclatée en plusieurs blocs du Palais Bourbon favorise une plus grande couverture médiatique. «Il y a un phénomène d’“emballement”: la presse et les journalistes parlent beaucoup plus de l’Assemblée nationale que lors du précédent quinquennat.» Une médiatisation accrue permettant, dans le même temps, un meilleur suivi de l’actualité parlementaire par les Français. Ce regain d’intérêt se traduit aussi sur les réseaux sociaux. Les vidéos de députés à la tribune, notamment de la Nupes, sont particulièrement relayées sur Twitter. Mais aussi sur Instagram, réseau moins politisé et plus prisé des jeunes, où certaines de ces capsules cartonnent. Le député insoumis Louis Boyard en a fait sa spécialité. L’une de ses interventions au sujet du pouvoir d’achat diffusée sur Instagram a ainsi cumulé près de 140.000 vues.
Avec cette composition politique au format inédit, les citoyens ont pris conscience du rôle déterminant de la Chambre basse
Jérémie Patrier-Leitus, député Horizons du Calvados.
Sur le terrain, beaucoup d’élus remarquent un suivi régulier de leur travail par les habitants de leur circonscription. Le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, élu dans le Calvados, l’a relevé. «C’est vrai qu’il y a un intérêt pour l’Assemblée nationale, y compris pour le contenu du travail législatif, souligne le néoparlementaire. Avec cette composition politique au format inédit, les citoyens ont pris conscience du rôle déterminant de la Chambre basse.» Au quotidien, le député reçoit d’ailleurs des propositions de ses électeurs pour aborder certains thèmes au Palais Bourbon. La députée Renaissance Danielle Brulebois, élue dans le Jura pour la seconde fois, observe elle aussi un renouveau de l’intérêt pour les débats à l’Assemblée. La loi sur le pouvoir d’achat a été particulièrement scrutée dans cette région rurale. «Les gens sont préoccupés par l’emploi, le prix du carburant, le coût de la vie quotidienne, insiste Danielle Brulebois. Mais il y a aussi l’inquiétude que, avec l’agitation des débats, les dossiers n’avancent pas.»
Les discussions animées des dernières semaines, avec de multiples passes d’armes entre majorité et opposition, ont aussi pu attirer certains citoyens. Quitte à s’intéresser davantage aux polémiques qu’au fond des sujets évoqués dans l’Hémicycle? «Ce n’est pas un intérêt dévoyé!, juge Olivier Rozenberg. L’aspect spectaculaire des débats peut constituer une porte d’entrée au fonctionnement parfois un peu aride de l’Assemblée nationale.» Il faudra surveiller et voir si ce regain d’attention pour les débats perdurera après la future rentrée parlementaire, a fortiori si un modus vivendi s’installe de manière durable entre les groupes. En 2021, une étude de la Fondapol et de la Fondation Jean Jaurès montrait que seuls 38 % des Français s’estimaient «bien informés» sur l’actualité de l’Assemblée nationale.
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