Europe des régions ou régionalisation de l’Europe ?

Joséphine Staron | 24 juin 2015

Europe des régions ou régionalisation de l’Europe ?voisinage maison 

Par Joséphine Staron 

L’Union européenne est souvent perçue comme « une vache à lait » distribuant aides financières et subventions à tout va. La question de leur utilité, en revanche, est rarement soulevée, alors même que des milliers de projets sont financés chaque année par les fonds européens et ce, dans toutes les régions d’Europe. Quelle est réellement l’implication économique de l’Europe dans les régions des pays membres ? Qui en sont les acteurs et les bénéficiaires ?

Fonds européens régionaux : pour quoi, pour qui ?  

La politique régionale de l’UE représente un tiers de son budget total, soit 351,8 milliards d’euros pour la période 2014-2020[1]. Il est donc certain que le développement des 274 régions européennes constitue une priorité pour l’Europe. Ce budget est réparti entre différents fonds : les fonds structurels (FEDER et FSE) ; les fonds structurels et d’investissements européens (Fonds de cohésion, FEADER, FEAMP) ; et les fonds de solidarités de l’Union européenne (FSUE). Ces fonds contribuent à atteindre les objectifs de croissance fixés par l’UE dans sa stratégie Europe 2020, stratégie de cohésion à travers laquelle elle espère redynamiser la croissance et l’investissement économique[2].

Les régions,  divisées en trois catégories, ont un rôle prioritaire à jouer dans cette stratégie. Les fonds, alloués en majorité aux régions les moins développées (Bulgarie, Roumanie, Italie du sud, Portugal, certaines régions de Grèce etc.), répondent à plusieurs objectifs : ils doivent renforcer la recherche, le développement économique et l’innovation (par exemple en renforçant la compétitivité des PME, en soutenant la mobilité du travail, en investissant dans l’éducation et la formation) ; réduire les inégalités et la pauvreté ; promouvoir une économie durable et une croissance verte[3].

La politique régionale d’investissement de l’UE vise ainsi à provoquer un effet levier, en incitant les acteurs locaux à investir dans leurs régions pour booster la croissance et l’emploi. Selon les prévisions de la Commission, l’impact global de ces investissements atteindrait plus de 500 milliards d’euros sur la période 2014-2020[4].

Une politique d’avenir ?

Investir directement dans les régions, au plus près des acteurs régionaux constitue une nouvelle forme de gouvernance européenne à l’échelle locale. Les projets pouvant prétendre à bénéficier de ces fonds européens sont soumis à la Commission pour validation. Elle n’étudie pas chacun des projets qui lui sont présentés, mais valide un programme défini par chaque région, et comportant une pluralité de projets devant répondre aux objectifs définis par l’UE et à son principe de cohérence.

De nombreux programmes ont déjà été réalisés dans toute l’Europe grâce à cette politique, dont le budget ne cesse d’augmenter (+ 5 milliards sur la période 2014-2020). Pour n’en citer que quelques-uns : un réseau de tramway dans la région de Gdynia en Pologne; un système de métro régional à Naples ; un campus à Rotterdam (Pays-Bas) pour accueillir chercheurs, enseignants et entreprises innovantes[5] etc.

Quelle place pour les régions françaises ?

Dans le cadre de la Stratégie Europe 2020, 27 milliards d’euros sont alloués à la France pour financer un panel de 83 programmes répondant aux critères et aux objectifs de l’UE. L’Ile-de-France, quant à elle, bénéficie d’un budget total de 482,5 millions d’euros,  budget en hausse de 25% par rapport à la précédente programmation (cette augmentation étant justifiée par l’importance des inégalités régionales, qui dépasse aujourd’hui celles des autres régions françaises[6]).

Plusieurs projets sont donc actuellement en cours : la Seine-Saint-Denis bénéficie d’un plan d’investissement du FEDER de 24,5 millions d’euros pour l’élaboration de trois projets différents. Dans le Val d’Oise également, les subventions européennes s’élèvent à des millions d’euros pour financer plusieurs programmes d’actions sur deux territoires (Argenteuil-Bezons et Val de France), ainsi que dans l’Essonne et à Paris (plan pour l’emploi des parisiens) etc[7].

Régionalisation de l’Europe : un risque pour les États ?

Bien que les résultats de la politique de développement régional de l’Union Européenne soient très probants[8], certains s’inquiètent des conséquences qu’elle pourrait avoir sur le pouvoir des États. Avec le traité de Lisbonne, le rôle du Comité des régions s’est vu consolidé, renforçant ainsi l’influence des régions dans les politiques européennes. Aujourd’hui, on assiste dans toute l’Europe à la montée de revendications autonomistes de certaines régions (Écosse, Catalogne, Pays Basque etc.). Ces régions dites « séparatistes » entendent faire partie de l’Union Européenne tout en étant indépendantes.

[1] http://europa.eu/pol/pdf/flipbook/fr/regional_policy_fr.pdf

[2] http://www.europe-en-france.gouv.fr/L-Europe-s-engage/Fonds-europeens-2014-2020

[3] http://europa.eu/pol/pdf/flipbook/fr/regional_policy_fr.pdf

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Guide pratique 2014-2020, Programme opérationnel régional  de l’Ile-de-France et du Bassin de Seine

FEDER-FSE, Février 2015

[7] http://www.europeidf.fr/fr/accueil/les-fonds-europeens/focus-exemples/index.html

[8] Sur la période 2007-2012 : Création de 594 000 emplois (262 000 dans les PME) ; Investissements dans 198 000 PME ; 77 800 entreprises soutenues ; 61 000 projets de recherche financés, construction de 1 208 km de routes et 1 495 km de voies ferrées etc.

crédit photo : fotolia alexghidan89

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