Les véritables résultats des dernières élections européennes

16 juillet 2014

16.07.20144Les véritables résultats des dernières élections européennes

Par Corinne Deloy, chargée d’études au Centre d’études et de recherches internationales (@CERI_SciencesPo)

Si vingt-huit scrutins nationaux ne font pas véritablement une élection européenne, ils ont cependant accouché d’un parlement européen. Les résultats ont été validés, la composition des groupes arrêtée et Jean-Claude Juncker devrait, selon toute probabilité, être élu le 15 juillet prochain par les députés de Strasbourg pour remplacer José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne. Le scrutin des 22-25 mai derniers aura finalement signé une avancée de l’Europe communautaire qui a réussi à arracher aux  chefs d’Etat et de gouvernement la désignation du président de la Commission.

Stabilité du rapport de force

Le parlement issu des élections européennes offre une première impression de stabilité. L’équilibre gauche/droite a été peu modifié par ce scrutin, le premier depuis 1979 à ne pas avoir affecté par une baisse de la participation. Le Parti populaire (PPE) et l’Alliance des démocrates et libéraux (ADLE) perdent des élus (- 53 pour le premier et – 16 pour le second), une érosion qui profite peu aux Socialistes & démocrates (S&D) qui échoue à devenir la première formation de l’Assemblée de Strasbourg et perd 7 sièges. Ces trois principaux groupes pro-européens conservent une large majorité au sein du nouveau parlement. Représentant près des trois quarts des députés lors des élections de 2009 (72,2%), ils pèsent aujourd’hui pour deux tiers de la nouvelle assemblée (64,2%). La désaffection à l’égard des formations de gouvernement, que l’on observe au niveau national dans la grande majorité des Etats membres, se retrouve logiquement au niveau européen.

Le recul des partis de gouvernement a bénéficié aux populistes dont la hausse anticipée par les enquêtes d’opinion a bien eu lieu, importante dans certains Etats membres, plus faible, voire inexistante, dans d’autres, notamment dans la partie orientale de l’Europe.

Si au sein de la droite, les europhiles restent majoritaires, les eurosceptiques sont en nette progression et devancent désormais les libéraux. Le Premier Ministre britannique David Cameron, dont le parti a pourtant perdu 7 de ses 27 députés, a bataillé pour que son groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE), supplante celui conduit par le dirigeant du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) Nigel Farage, Europe libertés démocratie (ELD), qui s’est imposé aux élections européennes outre Manche. Pour y parvenir, les souverainistes n’ont pas hésité à s’ouvrir aux formations populistes, notamment issues du Nord de l’Union. Les souverainistes sont désormais le troisième groupe du parlement européen avec 70 sièges (+ 13).

L’UKIP s’est quant à lui allié à l’inclassable et imprévisible Mouvement cinq étoiles (M5s) de Beppe Grillo, qui représente désormais pas moins d’un tiers d’ELD (17 élus). Le groupe, qui ne compte des élus que dans sept Etats membres (soit le minimum requis) et même qu’un seul député dans trois d’entre eux, est particulièrement fragile.

Tableau CorinneA gauche, les radicaux de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE) ont nettement progressé (+ 17 sièges), notamment dans les pays du Sud de l’Europe, et pris le meilleur sur les écologistes (- 7), un groupe où l’influence des Allemands et des Français s’est nettement réduite.

Les groupes eurosceptiques ont privilégié le nombre sur la cohérence ; leur hétérogénéité constitue cependant à terme une menace pour leur cohésion, voire leur survie. Progression dans les urnes ne signifie pas toujours gain d’influence Les forces pro-européennes ont mis en place un « cordon sanitaire » qui a privé les populistes des postes les plus importants du parlement. Ainsi, en dépit de leur quatrième place, les libéraux devraient obtenir davantage de postes que les CRE, pourtant troisième groupe de Strasbourg.

Enfin, 52 élus n’appartiennent à aucun groupe politique, dont 23 membres du Front national (FN). Le parti de Marine Le Pen a – pour l’heure – échoué à former le groupe parlementaire dont il rêvait, faute de parvenir à rassembler des députés issus d’au moins sept Etats membres.

Une Union plus démocratique

Les élections européennes de 2014 ont également renforcé la démocratie dans l’Union. Les précédents scrutins, qui n’avaient pas pour objectif de désigner une majorité ou de former un gouvernement, ont eu peu d’impact sur l’équilibre des pouvoirs au sein de l’Union. En 2014, les parlementaires européens ont imposé aux chefs d’Etat et de gouvernement de respecter la majorité sortie des urnes au moment de désigner le président de la Commission.

Si certains dirigeants, comme Angela Merkel, avait émis des réserves sur ce processus de désignation affirmant que les Etats étaient seuls habilités à choisir in fine le successeur de José Manuel Barroso, ils ont dû rapidement renoncé à leur projet d’imposer leur candidat aux parlementaires, conscients que leur opinion publique ne leur pardonnerait pas d’ignorer les résultats des élections des 22-25 mai.

En dépit de son recul, le PPE est vite apparu comme le seul à même de former une majorité. Mais dépourvu de réserves sur sa droite, il a été contraint de former une grande coalition à l’allemande (ou à l’autrichienne) avec les S&D. Les deux partis ont donc, pour la première fois, formé une majorité de gouvernement, qui sera soutenue par l’ADLE. Fort logiquement, le 27 juin, le candidat des populaires Jean-Claude Juncker a donc été désigné, pour la première fois par un vote à la majorité qualifiée (26 voix contre 2 – Royaume-Uni et Hongrie) du Conseil européen, pour succéder à José Manuel Barroso. Une candidature qui sera approuvée par les députés lors de la première session plénière du parlement le 15 juillet.

Le PPE et les S&D se sont accordés sur les priorités des cinq années à venir et sur le calendrier. En échange de leur soutien à Jean-Claude Juncker, les partis de gauche ont demandé la mise en place d’un programme de gouvernement européen davantage orienté sur la croissance et une plus grande souplesse quant à l’appréciation du respect des critères de déficit du Pacte de stabilité.

Ils espèrent également obtenir plusieurs postes au sein de l’exécutif européen, notamment la présidence du Conseil européen, actuellement occupée par Herman van Rompuy, et le poste de Haut Représentant pour les Affaires extérieures, que détient Catherine Ashton. Les deux groupes se sont mis d’accord pour se partager la présidence du parlement européen durant la prochaine législature. Fin juin, le président sortant Martin Schulz (S&D) a été réélu à son poste pour deux ans et demi. Il sera remplacé par un membre du Parti populaire à la fin de l’année 2016.

De son côté, David Cameron a tout tenté pour faire échouer le « fédéraliste » Jean-Claude Juncker, allant jusqu’à user de chantage en menaçant d’avancer à 2015 le référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union prévu pour 2017. Le Premier Ministre britannique, qui s’était déjà privé de sa capacité d’influence en quittant le PPE pour créer le groupe souverainiste des CRE en 2009, continue d’accumuler les maladresses sur les questions européennes depuis son arrivée au pouvoir en 2010.

Sa promesse d’organiser un référendum sur le maintien de son pays au sein des Vingt-huit destinée à calmer les plus eurosceptiques de ses compatriotes a renforcé ces derniers tout comme sa position radicale a conforté la position de Jean-Claude Juncker pour accéder à la tête de la Commission. Angela Merkel, pourtant bien disposée à son égard, et les quelques chefs de gouvernement (Mark Rutte, Fredrik Reinfeldt) qui l’ont un temps soutenu ont fini par se rallier au Luxembourgeois, le laissant seul avec le controversé Premier ministre hongrois Viktor Orban.

La désignation de Jean-Claude Juncker signe le premier échec des Britanniques qui, jusqu’alors, avaient toujours réussi à imposer leurs candidats aux postes clés de l’Union (Jacques Delors en 1984, Jacques Santer en 1994). En 2004, Jean-Claude Juncker avait été privé de la présidence du conseil européen par Gordon Brown.

La question de l’avenir du Royaume-Uni dans l’Union inquiète les dirigeants européens, notamment Angela Merkel, qui a besoin de son allié libéral face à la gauche. La mise en place de mesures destinées à assurer le maintien du pays au sein des Vingt-huit constitue d’ailleurs l’une des cinq priorités définies par le PPE pour la législature à venir.

Enfin, dernière bonne nouvelle, la prochaine Commission européenne, toujours contrôlée par les Etats membres, devrait compter davantage de femmes en son sein. « Au moins dix » ont demandé les femmes de la Commission sortante à Jean-Claude Juncker.

Crédit photo : Francetvinfo

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