Pour une révolution de la gouvernance
Omar Ben Abderahmen | 31 mars 2017
La France aime la politique. Rien de tel que de séjourner à l’étranger pour s’en rendre compte et éprouver la fierté de faire partie d’un peuple pour lequel la liberté politique a constitué l’un des premiers combats modernes. Le caractère très politique de notre pays est l’une des raisons évidentes du rayonnement de la France à l’extérieur de ses frontières.
Comme tous les 5 ans, notre pays se donne rendez-vous à lui-même, avec l’élection présidentielle.
L’échéance de 2017 revêt une importance particulière. En plus de choisir l’orientation politique que retiendra la France, les citoyens ont, par leur vote, à faire un choix capital. Par les différents candidats en lice, et leurs projets respectifs, il s’agit ni plus ni moins que de se prononcer sur les institutions régissant notre société.
Soyons directs : certains candidats, parmi lesquels Jean-Luc MELENCHON ou Benoît HAMON, ont pour projet phare d’élaborer une 6ème République. Si les arguments de celles et ceux défendant un changement de régime sont tout à fait recevables et se basant sur un sentiment aussi abstrait que prégnant pour de nombreux Français, qui est celui de la dépossession du pouvoir, est-ce vraiment la nature du régime qui est en cause ?
Il semble en effet que par-delà les institutions en place, ce soient plutôt les gouvernants qui sont contestés par les citoyens.
Dans Le Bon Gouvernement, Pierre ROSANVALLON s’attelle à démontrer que la défiance vis-à-vis des partis politiques ne repose pas tant sur les idéologies défendues par ces derniers, mais plutôt sur celles et ceux les dirigeant. En effet, ROSANVALLON arrive à la conclusion que les partis politiques traditionnels ne font plus le lien entre la société et le pouvoir mais sont justement déjà dans le pouvoir. Quand bien même les adhérents des partis ressembleraient au « métro à 18h », les Français, dans leur globalité, ne porteraient pas de regard différent sur les partis si ces derniers ne voyaient pas émerger, au sein de leurs instances dirigeantes, de nouveaux visages, plus en phase avec la réalité de la société. Le renouvellement des élites est ainsi une priorité, en gardant à l’esprit que si une société a besoin d’élites, il convient que ces dernières ne soient pas coupées de toute réalité.
Si la conquête du pouvoir constitue une phase importante dans le cadre de l’élaboration d’un contrat de confiance entre un candidat ou une candidate avec le peuple, ce dernier semble bien perdu lorsqu’on se penche sur l’exercice du pouvoir.
Raymond BARRE rappelait « qu’il faut un gouvernement pour gouverner »[i]. Si cette affirmation peut paraître banale à bien des égards, il n’en reste pas moins qu’elle ne constitue pas aujourd’hui la norme. Il est reproché trop souvent aux dirigeants, et en particulier au Président de la République, de préparer trop en amont les prochaines élections. La composition du gouvernement en est un exemple frappant.
En effet, celle-ci réside dans la recherche d’un équilibre presque introuvable entre représentation politique, compétence et accord avec les volontés de l’opinion publique. Autant dire, qu’à ce stade déjà, il est fort probable que le contrat établi avec les Français soit quelque peu rendu caduc.
Pour aller encore plus loin dans cette dimension, Michel ROCARD avait déclaré dans le documentaire l’Enfer de Matignon : « En France, on fait le gouvernement en 48 heures, c’est une image comme une autre, elle vaut ce qu’elle vaut. Elle a le prestige de la rapidité, de la pseudo-efficacité. En fait, on travaille superficiellement et je ne suis pas sûr que ce soit si bien que ça ». Défendre la Vème République ne revient pas à être naïf. Aussi, concernant la composition du gouvernement par exemple, il conviendrait d’étudier sérieusement le rôle du Premier Ministre en codifiant plus précisément ses prérogatives. Pérenniser le périmètre de certains ministères semble aussi être une voie à emprunter tant parfois la valse des remaniements rend les décrets d’attribution des ministres très hasardeux.
Il ne faut également pas occulter les erreurs qui ont pu être faites comme la réforme constitutionnelle de 2000 abaissant la durée du mandat présidentiel à 5 ans et qui aura considérablement accéléré le temps politique, laissant la prime à la conquête plutôt que sur la gestion et la mise en application des réformes nécessaires.
Enfin, il convient de prendre en compte bien évidemment la réalité de ce que veulent les Français : alors qu’il s’agit de l’élection au taux de participation le plus élevé, comment imaginer supprimer l’élection du Président au suffrage universel direct, comme peut le proposer Jean-Luc Mélenchon ?
Le régime parlementaire que le candidat de la « France insoumise » promeut laisse fort à penser que la responsabilité des charges sera fortement partagée entre les pouvoirs exécutif et législatif, et les Français auront certainement bien grand mal à y voir clair… Le référendum révocatoire, loin d’être une proposition allant dans le sens d’un contrôle des élus intelligent, sera également un outil de perturbations politiques très grave…
Or La Vème République est, de ce point de vue-là au moins, plus que jamais le régime qui soit le plus adapté au contexte actuel. Si le Président a en effet des pouvoirs très larges, il est aussi celui qui est comptable de la situation devant le peuple. Clairement, la responsabilité n’est pas diluée ou amoindrie mais au contraire assumée et identifiée.
Au fond, c’est bien ce principe-là qui fait défaut aujourd’hui. Si les Français se détournent de leurs gouvernants nationaux, c’est parce que ces derniers, dans leur généralité, ne rendent plus aucun compte. Le cas du Président Hollande en est le symbole le plus frappant.
Ne substituons donc pas à la crise de la représentativité, qui est réelle, une crise de régime, qui profiterait d’ailleurs aux forces politiques ayant intérêt à ce qu’une telle situation se déclare. Sans appeler à la révolution populaire, ce qui n’a aucun sens, commençons à élaborer une révolution de la gouvernance, qui est plus que jamais un impératif afin de renouer la confiance entre les Français et leurs élus.
[i] Antenne 2 – Juin 1988
Tribune de Omar BEN ABDERAHMEN
Délégué LR de la 2ème circonscription de Haute-Loire
Tribune publiée en partenariat avec Les Républicains Sciences Po

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