Retour sur « Miroirs des Princes » de Michel Schneider

Fondapol | 20 juillet 2014

20.07.2014Retour sur « Miroirs des Princes » de Michel Schneider

Dans son ouvrage paru en septembre dernier, le psychanalyste et écrivain Michel Schneider met en exergue le narcissisme en politique. Sa thèse offre une analyse intéressante des « affaires » qui secouent perpétuellement l’actualité politique française. Elle prétend en effet dévoiler les causes des dérives comportementales de certains nos dirigeants.

La perte du pouvoir : le rôle des conseillers

Lorsqu’il esquisse une réflexion sur la nature du pouvoir, Michel Schneider parle d’un « vrai » pouvoir des princes, en opposition avec le pouvoir dont disposent nos gouvernants actuels. L’exercice de la véritable autorité serait incarné par le Prince de Machiavel. La capacité du Prince à agir avec recul lui confère une supériorité sur le reste des acteurs politiques.

Les ouvrages rédigés par les conseillers du souverain jouent un rôle prépondérant dans l’établissement de ce pouvoir réel et juste. Dans ces registres communément appelés « miroirs des princes » sont détaillées les vertus indispensables au monarque.

A contrario, le pouvoir véritable a été ravi aux hommes politiques de notre temps. Ceux-ci, mal entourés, sont devenus incapables d’infléchir le cours des évènements. Ainsi les communicants font avant tout en sorte de construire une image séduisante des politiques. Cette image plaisante mais éloignée de la réalité est ensuite largement relayée. Les hommes politiques, qui ne sont plus conseillés correctement, sombrent dans le narcissisme.

Médias et politiques : le règne de l’image

Afin de représenter la relation actuelle entre la population, ses élites et les médias, Michel Schneider choisit la figure du triangle isocèle. Les « politiques » et les « médiatiques » sont représentés par les deux côtés les plus longs du triangle. Les « basiques » – autrement dit le reste de la population – constituent le socle. La relation démocratique est donc déséquilibrée.

L’émergence des médias comme pendant de la politique a contribué à la création d’un certain establishment entre ces deux entités au mépris des « basiques ». Ainsi c’est en grande partie aux médias qu’incombe la responsabilité de l’expansion du narcissisme auprès des dirigeants.

Pour l’auteur, une relation de dépendance se développe entre les «politiques » et les « médiatiques » qui se réfléchissent mutuellement. Les médias dictent en effet aux hommes de pouvoir l’image à laquelle ils doivent correspondre. Les dirigeants quant-à-eux, anticipent et se forgent une image susceptible de plaire. Les nombreux reflets de ce « jeu de miroirs » font oublier le réel à l’observateur extérieur.

Un risque pour la démocratie

Les multiples miroirs qui environnent les hommes politiques décuplent leur tendance naturelle au narcissisme. De ce fait, ils s’habituent à mesurer leur pouvoir à l’aune de leur « côte d’amour » auprès des médias et de la population.

La tyrannie de l’image favorise une addiction à l’amour de soi : avec la récurrence des « moi, Président de la République » le discours lui-même devient narcissique.  La multiplication des gestes symboliques sur le terrain et des campagnes de communication va même jusqu’à balayer toute autre forme d’action.

Être puissant signifie donc être capable de plaire plutôt qu’être capable d’agir. Le recours au pathos serait devenu l’unique moyen de se faire entendre et de toucher autrui… tant pour les « politiques » que les «médiatiques » ou les « basiques ».  Michel Schneider conclut sur les risques encourus : la démocratie qui « s’arrête quand le pouvoir n’est que l’autoconservation d’intérêts personnels ou de groupe ».

Violaine Théry.

 

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