Salaire minimum : une harmonisation européenne est-elle envisageable ?
21 mai 2014
Salaire minimum : une harmonisation européenne est-elle envisageable ?
En cette période d’élections européennes, le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) a proposé un projet de salaire minimum européen[1]. Le but ? Aller au-delà de la monnaie unique en consolidant la mission d’harmonisation économique de l’Union Européenne et en influant positivement sur la relance. Selon les auteurs, à long terme, le projet du SMIC européen devrait contribuer à une stratégie générale de croissance et garantir de meilleures conditions de concurrence.
La mise en place d’un salaire minimum européen est devenue un argument de campagne de certaines têtes de liste de gauche, à l’instar de Virginie Rozière (PS/PRG) : candidate dans la circonscription du grand Sud-Ouest, celle-ci voit dans son instauration, une « mesure emblématique […] pour construire cette Europe sociale »[2]. La candidate voit dans l’instauration d’un salaire minimum européen un moyen efficace de lutte contre le dumping social.
Quelle est la situation actuelle dans les 28 Etats-membres de l’UE ?
Sept pays membres de l’UE, dont l’Allemagne jusqu’à l’entrée en vigueur en 2015 de sa récente mesure, n’ont pas de salaire minimum réglementaire : soit les autorités publiques ont laissé la négociation aux partenaires sociaux, soit elles ont déterminé un salaire minimum par branche[3].
Les 21 pays restants ont, pour chacun d’entre eux, légiféré sur un salaire minimum, allant de 158 euros par mois en Bulgarie à 1874 euros au Luxembourg. On pourrait catégoriser ces 21 SMIC différents en trois groupes. Les salaires s’échelonnent entre 157 et 372 euros pour presque tous les pays d’Europe de l’Est et des Balkans, entre 566 et 784 euros pour la péninsule ibérique, la Grèce, Malte et la Slovénie. Quant au Benelux, au Royaume-Uni, à l’Irlande et à la France, le salaire oscille entre 1264 et 1874 euros[4].
Avec de telles disparités entre les pays-membres, comment mettre en place un salaire minimum harmonisé ? Virginie Rozière explique que l’harmonisation doit se calculer sous forme d’un pourcentage par rapport au salaire médian, afin d’être adaptée au niveau de vie du pays. La mesure ne retirera donc en réalité rien aux disparités de salaires entre les Etats. Au demeurant, une littérature économique abondante discute les effets négatifs du salaire minimum sur l’emploi. Le débat n’est donc pas clos. Il n’est d’ailleurs pas réservé uniquement à l’Union Européenne : les Suisses viennent de rejeter la proposition d’un salaire minimum alors qu’aux Etats-Unis les débats sont également très animés.
Violaine Théry
[1] Bulletin quotidien du 13 mai 2014.
[2] SB : « Virginie Rozière: ‘Pour un salaire minimum européen’ », la Dépêche, 14.05.2014
[3] « Le salaire minimum en Europe », touteleurope, 23.04.2014
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