Les classes moyennes et le crédit
I.

Définitions

1.

Définition des classes moyennes

2.

Définition du crédit aux particuliers

II.

Le crĂ©dit s’adresse principalement aux classes moyennes

1.

Un tiers des ménages dont le revenu est compris entre deux et cinq SMIC a recours au crédit à la consommation

2.

Crédit et épargne ne sont pas antinomiques

III.

Le crédit caractérise les classes moyennes

1.

La propriété de la résidence principale

2.

L’équipement de la maison et les travaux d’amĂ©lioration

3.

L’automobile

4.

Les services

IV.

Évolutions : ce que le crĂ©dit rĂ©vĂšle des classes moyennes

1.

Les classes moyennes vieillissent

2.

Les classes moyennes consomment différemment

3.

Les classes moyennes quittent les grandes villes

V.

Le crédit est-il un bon outil pour promouvoir les classes moyennes ?

1.

Crédit et acquisition immobiliÚre

2.

L’utilitĂ© Ă©conomique du crĂ©dit Ă  la consommation

VI.

Conclusion

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Les classes moyennes et le crédit

Entre classes moyennes et crĂ©dit existe un lien historique et structurant. En France, l’avĂšnement des classes moyennes pendant les « Trente glorieuses » a Ă©tĂ© Ă©troitement liĂ© au dĂ©veloppement du crĂ©dit ; aujourd’hui, la progression du financement aux particuliers dans les Ă©conomies Ă©mergentes rĂ©affirme ce lien. Le recours au crĂ©dit reste le fait principalement des classes moyennes. En anticipant sur les revenus Ă  venir, le crĂ©dit permet Ă  de nombreux mĂ©nages d’accĂ©der Ă  un mode de vie et de consommation leur confĂ©rant le statut de classes moyennes, qu’il s’agisse du financement de leur rĂ©sidence, des biens d’équipement de la maison, de l’automobile, mais aussi des services et loisirs. GrĂące Ă  ce lien, l’usage du crĂ©dit au cours des derniĂšres dĂ©cennies rĂ©vĂšle plusieurs Ă©volutions des classes moyennes en France, notamment en matiĂšre de modes de consommation (low cost, Internet), d’habitat (dĂ©part des grandes villes), ou encore de gĂ©nĂ©rations (vieillissement des classes moyennes).

Si le soutien du financement immobilier est largement reconnu, l’utilitĂ© du crĂ©dit Ă  la consommation, comme outil de promotion des classes moyennes, mĂ©rite d’ĂȘtre soulignĂ©e. Tout particuliĂšrement en France oĂč les encours de crĂ©dit reprĂ©sentent 13,2% de la consommation contre 15,4% en moyenne dans l’Union europĂ©enne.

Nicolas Pécourt,

Directeur Prospective et Communication institutionnelle de Crédit Agricole Consumer Finance.

Notes

1.

Colloque « À quoi rĂȘvent les classes moyennes ? », organisĂ© le 18 novembre 2010 par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol).

+ -

2.

Antoine Rault, Le Diable rouge, 2008.

+ -

3.

Jean FourastiĂ©, Les Trente Glorieuses ou la rĂ©volution invisible de 1946 Ă  1975, Fayard, Paris, 1979. Dans cet ouvrage, Jean FourastiĂ© souligne notamment que « le niveau de vie national (revenu national moyen rĂ©el par tĂȘte de population) [
] se trouve en 1975 au triple de sa valeur de 1938 ».

+ -

4.

Nicolas Bouzou, Le Chagrin des classes moyennes, JC Lattes, Paris, 2011

+ -

5.

Fernand Braudel et Ernest Labrousse (dir.), Histoire économique et sociale de la France, Tome IV, volume 3, années 1950-1980, PUF, Quadrige, 1993.

+ -

6.

La vente Ă  tempĂ©rament est une des plus anciennes formes de crĂ©dit Ă  la consommation, qui sert Ă  financer l’acquisition d’un bien ou le paiement d’un service ; le contrat de vente et le contrat de financement ne font qu’un.

+ -

Quelles que soient les Ă©poques, la population est souvent divisĂ©e en trois ensembles en fonction des moyens dont disposent les individus qui la composent. Lors d’un colloque organisĂ© par la Fondation pour l’innovation politique1, Dominique ReyniĂ© soulignait qu’il existe mĂȘme une « loi de tripartition du corps social » distinguant les plus riches, les plus pauvres et un troisiĂšme groupe occupant une position mĂ©diane. Cette partie intermĂ©diaire de la population, souvent majoritaire en nombre, a toujours suscitĂ© l’attention et la convoitise de nos gouvernants, pour de bonnes ou mauvaises raisons. Ainsi, dans une piĂšce de théùtre2, Mazarin s’adressant Ă  Colbert se voit prĂȘter les mots suivants : « Il y a quantitĂ© de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches
 des Français qui travaillent, rĂȘvant d’ĂȘtre riches et redoutant d’ĂȘtre pauvres ! C’est ceux-lĂ  que nous allons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux-lĂ  ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent – pour compenser
 C’est un rĂ©servoir inĂ©puisable. » La notion de classes moyennes, qui correspond Ă  cette position mĂ©diane, est nĂ©anmoins plus contemporaine. On peut la lier Ă  l’industrialisation de notre sociĂ©tĂ© et dater l’apogĂ©e des classes moyennes Ă  la pĂ©riode des Trente Glorieuses ainsi qualifiĂ©e par Jean FourastiĂ©3. AprĂšsguerre, les mĂ©nages français s’équipent massivement en automobiles et biens d’équipement modernes. C’est l’apparition de la consommation de masse. Comme le souligne Nicolas Bouzou dans son dernier essai, « c’est l’ñge d’or de la sociĂ©tĂ© de consommation. Les mĂ©nages s’équipent : rĂ©frigĂ©rateurs, machines Ă  laver, [
] tĂ©lĂ©viseurs et automobiles [
]. On passe d’une consommation de sustentation [
] Ă  une consommation de masse4. » Cette Ă©volution Ă©conomique majeure qui assure aux mĂ©nages un confort matĂ©riel significatif au regard des pĂ©riodes prĂ©cĂ©dentes est notamment permise par l’émergence du crĂ©dit. Ainsi que le mentionne l’ouvrage Histoire Ă©conomique et sociale de la France5, « les besoins personnels de masse furent d’abord assurĂ©s par l’extension des ventes Ă  tempĂ©rament6. » La pĂ©riode des Trente Glorieuses voit ainsi le dĂ©veloppement des classes moyennes mais aussi celui du crĂ©dit, outil financier indispensable Ă  l’équipement des mĂ©nages.

C’est au lien qui existe entre les classes moyennes et le crĂ©dit – et plus particuliĂšrement le crĂ©dit Ă  la consommation – que sera consacrĂ©e cette note organisĂ©e en cinq parties. Tout d’abord, une brĂšve dĂ©finition de ces deux notions sera rappelĂ©e. La seconde partie fera Ă©tat d’études qui, bien qu’allant Ă  l’encontre des idĂ©es reçues, montrent que ce sont les classes moyennes qui ont le plus recours au crĂ©dit. CrĂ©dit qui, par ailleurs, leur permet d’accĂ©der Ă  un mode de vie qui les caractĂ©rise, ceci sera l’objet de la troisiĂšme partie. La partie suivante portera sur certaines Ă©volutions des classes moyennes observĂ©es au travers des modifications de leur usage du crĂ©dit. La derniĂšre partie sera consacrĂ©e Ă  l’utilitĂ© du crĂ©dit comme outil de promotion des classes moyennes. Cette utilitĂ© Ă©conomique et sociale du crĂ©dit mĂ©rite tout particuliĂšrement d’ĂȘtre rappelĂ©e.

I Partie

Définitions

Avant d’expliquer le lien entre classes moyennes et crĂ©dit, il faut rappeler la dĂ©finition de ces deux termes.

1

Définition des classes moyennes

Notes

7.

CRÉDOC, « Les classes moyennes sous pression », Cahier de recherche n°249, RĂ©gis Bigot, dĂ©cembre 2008

+ -

8.

Raymond Aron, La Lutte de classes, nouvelles leçons sur les sociétés industrielles, Gallimard, Paris, 1964.

+ -

9.

Ibid. 

+ -

10.

Centre d’analyse stratĂ©gique, Note de veille n° 54, par Virginie Gimbert et Arnaud Rohmer, avril 2007.

+ -

11.

Cette enquĂȘte de l’Ifop pour la Fondapol a Ă©tĂ© menĂ©e en octobre 2010.

+ -

12.

CRÉDOC, op. cit

+ -

13.

Le Chagrin des classes moyennes, op. cit.

+ -

14.

Ifop, op. cit. Ce taux (bĂ©nĂ©fice de la prime pour l’emploi) est de 16 % pour la catĂ©gorie des « classes moyennes » et de 3 % pour la catĂ©gorie des « classes moyennes supĂ©rieures ».

+ -

15.

Ifop, op. cit. Ce taux (paiement de l’impĂŽt) est de 64% pour la catĂ©gorie des « classes moyennes » et de 81% pour la catĂ©gorie des « classes moyennes supĂ©rieures ».

+ -

16.

Insee, « Les revenus et le patrimoine des mĂ©nages », Insee RĂ©fĂ©rences, Édition 2011.

+ -

17.

Ibid. 

+ -

18.

Comme le fait le CRÉDOC, cf. op. cit.

+ -

19.

Les dĂ©ciles permettent de distribuer la population en dix parties d’effectifs Ă©gaux. La premiĂšre catĂ©gorie reprĂ©sente ainsi les 10% de mĂ©nages percevant le revenu disponible le plus faible, la derniĂšre les 10% de mĂ©nages percevant le revenu disponible le plus Ă©levĂ©.

+ -

Que signifie le terme de classes moyennes ? Ce terme prononcĂ© systĂ©matiquement au pluriel suppose qu’il existe plusieurs classes moyennes. Celles-ci peuvent se dĂ©finir de diverses façons ; les Ă©tudes et essais Ă©conomiques consacrĂ©s Ă  leur dĂ©finition sont nombreux et parviennent Ă  des rĂ©sultats parfois diffĂ©rents selon l’angle choisi. Les classes moyennes se dĂ©finissent d’abord par ce qu’elles ne sont pas. Pour le Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie (CRÉDOC7 ), elles seraient mĂȘme « une sorte d’objet social non identifiĂ© ». Dans ses cours Ă  la Sorbonne8, Raymond Aron les qualifiait d’« espĂšce de fourre-tout », tout en rappelant que la notion de classe ne se dĂ©finit pas par des critĂšres juridiques9. Selon un rapport du Centre d’analyse stratĂ©gique, « les classes moyennes dĂ©signent les mĂ©nages et les groupes sociaux qui n’appartiennent ni aux classes les moins favorisĂ©es, ni aux classes supĂ©rieures. Elles se situeraient entre les deux10. » Le mĂȘme rapport suggĂšre trois critĂšres pour dĂ©finir les classes moyennes :

– un critĂšre subjectif,

– un critĂšre sociologique,

– un critĂšre Ă©conomique.

Le premier critĂšre, subjectif, est celui de l’auto-Ă©valuation, reposant sur la perception qu’ont les individus eux-mĂȘmes d’appartenir ou non Ă  la catĂ©gorie des classes moyennes. C’est cette notion qu’a retenue l’institut Ifop pour son enquĂȘte11 rĂ©alisĂ©e pour la Fondapol en 2010. Dans cette enquĂȘte, 65% des personnes interrogĂ©es dĂ©claraient appartenir Ă  la catĂ©gorie des « classes moyennes » ou Ă  celle des « classes moyennes supĂ©rieures », soit au total deux individus sur trois. À l’inverse, 33% se classaient parmi les catĂ©gories « dĂ©favorisĂ©es » ou « modestes » et uniquement 2% parmi les catĂ©gories « favorisĂ©es ou aisĂ©es », ce qui est naturellement trĂšs peu. Le CRÉDOC 12 dresse un constat similaire et souligne que « deux personnes sur trois considĂšrent appartenir aux classes moyennes » lorsque seulement « 5% de la population estiment faire partie des gens aisĂ©s ou privilĂ©giĂ©s. » On perçoit ici les limites de cette auto-Ă©valuation mĂȘme si elle a une importance particuliĂšre dans le mode de vie adoptĂ© par les mĂ©nages. Ce critĂšre subjectif dĂ©pend Ă©galement de l’environnement Ă©conomique : en pĂ©riode faste, les mĂ©nages seront ainsi plus nombreux Ă  dĂ©clarer appartenir Ă  une classe moyenne ou aisĂ©e. Selon l’enquĂȘte de l’Ifop, ce n’est qu’au-dessus d’un seuil de revenu net (du foyer) de 1.500 euros mensuels que les individus interrogĂ©s se dĂ©clarent en majoritĂ© appartenir aux classes moyennes. Cette perception d’appartenance aux classes moyennes est enfin plus marquĂ©e chez les salariĂ©s du secteur public que chez ceux du secteur privĂ©.

Le second critĂšre, sociologique, repose sur la profession exercĂ©e, ainsi que sur les valeurs et modes de vie. Selon le Centre d’analyse stratĂ©gique, « les classes moyennes regrouperaient les professions intermĂ©diaires, une partie des cadres supĂ©rieurs et Ă©galement des employĂ©s. » NĂ©anmoins, la profession exercĂ©e dĂ©finit de moins en moins bien l’appartenance aux classes moyennes13 dans la mesure oĂč il existe dĂ©sormais de forts Ă©carts de salaires entre individus exerçant un mĂȘme mĂ©tier. Ainsi un avocat, un mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste ou encore un artisan peuvent-ils percevoir chaque mois un salaire modeste comme de fortes rĂ©munĂ©rations pour ceux qui rĂ©ussissent particuliĂšrement bien. Quant aux valeurs et modes de vie, ils dĂ©finissent effectivement assez bien le statut de classes moyennes. Comme cela sera dĂ©taillĂ© dans la troisiĂšme partie de cette note, les classes moyennes se caractĂ©risent par un style de vie, notamment liĂ© Ă  l’acquisition de leur logement principal, Ă  l’accession Ă  certains biens durables (automobile, Ă©quipement de l’habitat, etc.), Ă  l’accession aux loisirs. Les classes moyennes se dĂ©finissent Ă©galement par le travail et l’importance qu’elles accordent Ă  la rĂ©ussite des Ă©tudes de leurs enfants afin qu’ils perpĂ©tuent le mĂȘme modĂšle social. Le troisiĂšme critĂšre proposĂ© par le Centre d’analyse stratĂ©gique est Ă©conomique. Il est en apparence le plus objectif et le moins discutable. Il reposerait sur la classification des mĂ©nages en fonction de leurs revenus et niveaux de vie. Pourtant ce critĂšre n’est pas aussi simple qu’il n’y paraĂźt. Il existe une diversitĂ© d’indicateurs statistiques qui peuvent ĂȘtre utilisĂ©s afin de dĂ©finir la situation financiĂšre des classes moyennes. Le salaire perçu par un individu ne reflĂšte pas forcĂ©ment son vĂ©ritable pouvoir d’achat : en 2009, le pouvoir d’achat des mĂ©nages progressait de 1,6% lorsque dans le mĂȘme temps la rĂ©munĂ©ration des salariĂ©s stagnait (+0,1%). Souvent, le salaire perçu par un individu ne constitue pas l’origine unique de ses revenus. Un mĂ©nage peut en effet percevoir diverses aides sociales ou allocations : en 2008, 7 millions de mĂ©nages ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de prestations familiales et 6,5 millions de mĂ©nages d’allocations logement ; prĂšs d’un mĂ©nage sur six appartenant aux classes moyennes14 bĂ©nĂ©ficierait de la prime pour l’emploi. Un mĂ©nage peut aussi percevoir des revenus d’une autre nature, par exemple les intĂ©rĂȘts de son Ă©pargne ou les loyers perçus d’un bien immobilier mis en location. À cela s’ajoute l’effet d’un systĂšme fiscal complexe : 64% des classes moyennes15 dĂ©clarent payer l’impĂŽt sur le revenu. Autre Ă©lĂ©ment de complexitĂ©, celui de la composition du foyer : les « Ă©conomies d’échelle » obtenues par deux adultes vivant sous le mĂȘme toit (avec en particulier des frais de logement et d’équipement de la maison partagĂ©s) permettent de dĂ©gager un pouvoir d’achat supĂ©rieur ; Ă  l’inverse, la prĂ©sence d’enfants Ă  charge modifiera cet Ă©quilibre financier. À la notion de salaire, on pourra donc prĂ©fĂ©rer celle du revenu disponible brut des mĂ©nages qui, comme le rappelle l’Insee, est « le revenu qui reste Ă  la disposition des mĂ©nages pour la consommation et l’épargne une fois dĂ©duits les prĂ©lĂšvements fiscaux et sociaux. Il comprend en particulier les revenus d’activitĂ©, les revenus du patrimoine (dividendes, intĂ©rĂȘts et loyers) et les prestations sociales en espĂšces (allocations familiales, minima sociaux, pensions de retraite, indemnitĂ©s de chĂŽmage
)16. »

De façon concrĂšte, en 2008, le revenu disponible annuel moyen17 d’un mĂ©nage Ă©tait de 34.450 euros (soit 2.870 euros mensuels) et le revenu disponible mĂ©dian – celui qui partage la population en deux parties Ă©gales – de 28.570 euros (2.380 euros mensuels). Une premiĂšre dĂ©finition statistique des classes moyennes (voir tableau ci-dessous) pourrait consister18 Ă  exclure d’un cĂŽtĂ© les trois dĂ©ciles19 de revenu infĂ©rieurs (soit les 30% des mĂ©nages percevant le revenu le plus faible) et de l’autre les deux dĂ©ciles supĂ©rieurs (soit 20% des mĂ©nages percevant le revenu le plus important). Cette approche considĂšre 50% de la population, et tient compte de l’asymĂ©trie de la distribution des revenus. Ainsi, les classes moyennes concerneraient les mĂ©nages percevant un revenu disponible compris entre 20.260 et 46.520 euros annuels, soit entre 1.700 et 3.900 euros mensuels (donnĂ©es 2008).

ableau 1 : Revenu disponible des ménages en 2008

Source :

Insee, « Les revenus et le patrimoine des mĂ©nages », Insee RĂ©fĂ©rences, Édition 2011.

Notes

20.

Histoire économique et sociale de la France, op. cit.

+ -

Si la notion de salaire perçu semble en apparence la plus objective pour dĂ©finir les classes moyennes, ce troisiĂšme critĂšre Ă©conomique est donc en rĂ©alitĂ© beaucoup plus complexe. Cette complexitĂ© est intĂ©grĂ©e depuis de longues annĂ©es par les Ă©tablissements financiers qui ont dĂ©veloppĂ© de puissants outils d’évaluation de la solvabilitĂ© des individus (appelĂ©s les « scores ») afin de mesurer prĂ©cisĂ©ment les capacitĂ©s de remboursement avant l’octroi d’un crĂ©dit. En conclusion, il n’existe pas de dĂ©finition officielle et unique des classes moyennes. Nous retiendrons que les classes moyennes se dĂ©finissent selon trois critĂšres (subjectif, sociologique et Ă©conomique) et notamment, pour les besoins de cette note, en fonction de la nature de leur consommation et du niveau de revenus disponible par mĂ©nage (globalement dans une fourchette comprise entre 1.700 et 3.900 euros par mois, selon les donnĂ©es de l’annĂ©e 2008). À cela s’ajoute la nĂ©cessitĂ©, soulignĂ©e dans diverses Ă©tudes, de distinguer au moins deux catĂ©gories au profil assez diffĂ©rent : celle des « classes moyennes infĂ©rieures » et celle des « classes moyennes supĂ©rieures », autrement qualifiĂ©es par Fernand Braudel et Ernest Labrousse20 de « classes moyennes Ă  tendance prolĂ©tarienne » et de « classes moyennes Ă  vocation bourgeoise ». Comme le montre le tableau ci-contre relatif au revenu disponible des mĂ©nages, il existe en effet un Ă©cart allant du simple au double (de 20.260 Ă  46.520 euros annuels) entre les deux limites ici retenues pour dĂ©finir les classes moyennes.

2

Définition du crédit aux particuliers

Notes

21.

Le taux d’endettement exprime le rapport Ă  un moment donnĂ© entre, d’une part, les montants de crĂ©dits restant Ă  rembourser s’ils devaient ĂȘtre soldĂ©s immĂ©diatement et, d’autre part, le revenu annuel disponible. Un taux de 69% signifie donc que la dette d’un mĂ©nage restant Ă  rembourser, si elle devait ĂȘtre soldĂ©e d’une seule traite, reprĂ©sente 69% de son revenu annuel.

+ -

22.

Nicolas Pécourt, Un Monde sans crédit ?, Eyrolles, Paris, 2010.

+ -

23.

« Observatoire du Financement des MarchĂ©s RĂ©sidentiels », rĂ©alisĂ© par CrĂ©dit Logement et l’Institut CSA, sous la direction de Michel Mouillart, juin 2010, 4Ăšme Ă©dition.

+ -

24.

« Observatoire du Financement des Marchés Résidentiels », op. cit.

+ -

25.

« Observatoire du Financement des Marchés Résidentiels », op. cit.

+ -

26.

Cette durĂ©e moyenne peut varier d’une source Ă  une autre.

+ -

27.

Un Monde sans crédit ?, op. cit.

+ -

28.

Dans le cas du crédit renouvelable, dÚs lors que le contrat de crédit a été souscrit, les utilisations suivantes de crédit ne donnent pas lieu à un nouveau contrat.

+ -

29.

Du fait de remboursements anticipĂ©s, il existe une diffĂ©rence significative en matiĂšre de crĂ©dits Ă  la consommation entre la durĂ©e contractuelle (dĂ©finie au dĂ©part) et la durĂ©e rĂ©elle d’un crĂ©dit.

+ -

Le crédit aux particuliers repose sur deux catégories principales de produits : le crédit immobilier et le crédit à la consommation.

La quantification du crĂ©dit s’apprĂ©cie Ă  partir de deux notions : les encours (il s’agit Ă  un moment donnĂ© de la somme des montants de crĂ©dits restant Ă  rembourser par les particuliers) et la production (il s’agit du montant total des crĂ©dits souscrits sur une pĂ©riode). Les statistiques qui vont suivre concernent essentiellement des donnĂ©es d’encours.

Fin 2010, les crĂ©dits distribuĂ©s aux particuliers s’élevaient Ă  950 milliards d’euros d’encours, dont 795 pour le crĂ©dit immobilier (84% du total) et 155 pour le crĂ©dit Ă  la consommation (16%). Par habitant, cela reprĂ©sente une moyenne de 12.600 euros pour le crĂ©dit immobilier et un peu plus de 2.400 euros pour le crĂ©dit Ă  la consommation, soit un total de 15.000 euros par habitant. Deux constations peuvent ĂȘtre rapidement soulignĂ©es :

– L’endettement privĂ© des Français est infĂ©rieur Ă  ce qu’il est dans des pays voisins : fin 2008, le taux d’endettement21 (crĂ©dit immobilier + crĂ©dit Ă  la consommation) des Français Ă©tait de 69%, contre 92% en Allemagne, 139% aux Pays-Bas et 169% au Royaume-Uni ;

– Autre particularitĂ© : la rĂ©partition de la dette privĂ©e n’est pas la mĂȘme que dans d’autres Ă©conomies comparables. Le poids du crĂ©dit Ă  la consommation est plus faible (16% de la dette privĂ©e des Français en 2010) qu’il ne l’est en moyenne dans le monde (de l’ordre de 25%). À titre comparatif, ce ratio est de 19% en Allemagne, 20% au Royaume-Uni et 24% en Italie. Le poids du crĂ©dit Ă  la consommation dans l’endettement privĂ© a diminuĂ© en France au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, passant de 24% en 2000 Ă  16% en 2010.

Selon le rapport de l’Observatoire des crĂ©dits aux mĂ©nages, Ă©tude trĂšs documentĂ©e rĂ©alisĂ©e annuellement sous la direction de Michel Mouillart, la moitiĂ© des mĂ©nages français (49,5% trĂšs exactement) remboursaient un ou plusieurs crĂ©dits fin 2010. À cette proportion, il convient d’ajouter les personnes qui utilisent le dĂ©couvert bancaire. Soit au total trois foyers sur cinq (soit prĂšs de 16 millions de mĂ©nages) qui ont recours chaque annĂ©e aux diffĂ©rents moyens de financement qui leur sont offerts22. Dans le dĂ©tail, 31% des mĂ©nages remboursaient fin 2010 un ou plusieurs crĂ©dits immobiliers et 30% un ou plusieurs crĂ©dits Ă  la consommation.

La destination des prĂȘts immobiliers (795 milliards d’euros d’encours fin 2010) est diverse : le financement de la rĂ©sidence principale en premier lieu, mais Ă©galement le financement d’un autre logement (une rĂ©sidence secondaire par exemple) ou d’autres opĂ©rations immobiliĂšres dont l’investissement locatif. Plusieurs offres de financement immobilier existent. La plupart des financements sont construits autour d’un prĂȘt bancaire classique, crĂ©dit amortissable dĂ©fini notamment par une durĂ©e, une mensualitĂ© et un taux d’intĂ©rĂȘt qui peut ĂȘtre fixe ou variable ; ce produit reprĂ©sente plus de la moitiĂ© des financements immobiliers23. Pour les clientĂšles modestes, celuici peut parfois ĂȘtre un prĂȘt d’accession sociale (PAS) qui bĂ©nĂ©ficie de certains avantages. Le prĂȘt bancaire peut ĂȘtre complĂ©tĂ© par un prĂȘt Ă©pargne logement (PEL) dont le montant dĂ©pend des intĂ©rĂȘts acquis Ă  l’issue d’une pĂ©riode d’épargne et pour les primo-accĂ©dants par un prĂȘt Ă  taux zĂ©ro plus (PTZ+), prĂȘt aidĂ© par l’État. Des prĂȘts relais permettent d’assurer la transition entre l’achat d’un nouveau logement et la vente du prĂ©cĂ©dent. Il existe encore des prĂȘts aidĂ©s par l’employeur, dont le dispositif du « 1 % logement » mis en place en 1953 afin de faire participer les employeurs Ă  l’effort de construction nĂ©cessaire dans la pĂ©riode d’aprĂšs-guerre, ou les prĂȘts employeurs consentis Ă  des taux intĂ©ressants (fonction publique pour les fonctionnaires, collectivitĂ©s locales, etc.), mais ceux-ci ont perdu beaucoup de leur importance. Enfin des montages particuliers sont possibles pour les investisseurs avec par exemple des prĂȘts in fine associĂ©s le plus souvent Ă  un contrat d’assurance vie. Les prĂȘts viagers hypothĂ©caires, Ă©troitement rĂ©glementĂ©s, rencontrent peu de succĂšs en France. En nombre 24, 1.246.000 opĂ©rations de prĂȘts liĂ©es Ă  l’accession immobiliĂšre (dont deux tiers dans l’ancien) ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s en 2008, contre 31.000 pour l’acquisition d’une rĂ©sidence secondaire et 102.000 au titre de l’investissement locatif. Cela sachant qu’en moyenne, les emprunteurs utilisent prĂšs de 1,6 prĂȘt par acquisition immobiliĂšre. Le montant moyen empruntĂ© 25 dans le cas de l’accession Ă  la propriĂ©tĂ© est de l’ordre de 146.000 euros. Sous l’effet de l’augmentation importante des prix de l’immobilier depuis plusieurs annĂ©es, la durĂ©e moyenne d’un prĂȘt immobilier n’a cessĂ© de progresser en France : elle est passĂ©e26 de 13 ans en moyenne en 2000 Ă  21 ans en 2008.

La destination des crĂ©dits Ă  la consommation (155 milliards d’euros d’encours fin 2010) est Ă©galement diverse. Un tiers des crĂ©dits Ă  la consommation est affectĂ© Ă  l’acquisition d’automobiles, un autre tiers aux travaux et Ă  l’équipement de la maison et le dernier tiers Ă  tous les autres usages, du financement des Ă©tudes Ă  la gestion du budget (trĂ©sorerie) d’une famille27. Plusieurs offres de crĂ©dit Ă  la consommation existent. On peut distinguer quatre catĂ©gories principales de produits :

– le prĂȘt personnel, crĂ©dit amortissable distribuĂ© directement aux particuliers par les rĂ©seaux bancaires et les sociĂ©tĂ©s spĂ©cialisĂ©es. Fin 2010, le prĂȘt personnel reprĂ©sentait 59% des encours totaux de crĂ©dits Ă  la consommation ;

– le crĂ©dit renouvelable, autorisation permanente de crĂ©dit, permettant Ă  un particulier de l’utiliser Ă  tout moment Ă  concurrence du niveau de l’autorisation accordĂ©e. Fin 2010, le crĂ©dit renouvelable reprĂ©sentait 16% des encours totaux ;

– le crĂ©dit affectĂ©, parfois qualifiĂ© de « vente Ă  tempĂ©rament », qui est Ă©galement un crĂ©dit amortissable, mais distribuĂ© chez un commerçant (principalement dans les secteurs de l’automobile et de l’équipement de la maison). Fin 2010, le prĂȘt affectĂ© reprĂ©sentait 11 % des encours totaux ;

– la location avec option d’achat (LOA), mode locatif, principalement utilisĂ©e pour l’automobile. Fin 2010, la LOA reprĂ©sentait 3% des encours totaux ;

– les autres formes de crĂ©dits Ă  la consommation (dĂ©couvert bancaire, paiement diffĂ©rĂ© associĂ© Ă  l’usage d’une carte de paiement
) reprĂ©sentaient, fin 2010, 11% des encours totaux de crĂ©dits Ă  la consommation.

En nombre, on estime Ă  prĂšs de neuf millions le nombre de contrats annuels de crĂ©dits Ă  la consommation souscrits (ou utilisĂ©s28) par les mĂ©nages en France. Contrairement au crĂ©dit immobilier, la durĂ©e des crĂ©dits Ă  la consommation29 n’a pas Ă©voluĂ© au cours des derniĂšres annĂ©es : elle est en moyenne de deux ans et demi, mĂȘme s’il subsiste des disparitĂ©s entre les produits de trĂ©sorerie aux durĂ©es plus courtes et les financements liĂ©s Ă  des biens de consommation durables et services onĂ©reux (automobile, travaux) dont la durĂ©e de financement est plus importante. Le montant moyen empruntĂ© dans le cas d’un prĂȘt personnel est de l’ordre de 12.000 euros.

 

Tableau 2 : Tableau synthétique des crédits aux particuliers

Source :

Ces donnĂ©es sont issues de diffĂ©rentes Ă©tudes ou publications ; certaines d’entre elles reposent sur des estimations.

Cette premiÚre étape de définitions étant achevée, il est désormais intéressant de souligner que le crédit est principalement destiné aux classes moyennes.

II Partie

Le crĂ©dit s’adresse principalement aux classes moyennes

Notes

30.

Dominique ReyniĂ©, colloque « À quoi rĂȘvent les classes moyennes ? » organisĂ© par la Fondapol le 18 novembre 2010.

+ -

Pourquoi le crĂ©dit s’adresse-t-il majoritairement aux classes moyennes? Si l’on s’en tient Ă  la « loi de tripartition du corps social30 » Ă©voquĂ©e en introduction, on observe que :

– La catĂ©gorie aux revenus les plus modestes a un accĂšs limitĂ© au crĂ©dit du fait de revenus insuffisants ne permettant pas toujours le remboursement chaque mois des Ă©chĂ©ances d’un financement ;

– Les classes moyennes se dĂ©finissent, en revanche, par le recours le plus important au crĂ©dit, qui leur permet, outre l’acquisition de leur rĂ©sidence principale (crĂ©dit immobilier), d’anticiper l’achat de biens d’équipement (automobile, meubles, etc.) mais aussi de gĂ©rer les fluctuations de leur trĂ©sorerie (crĂ©dit Ă  la consommation) ;

– Les classes les plus aisĂ©es ont Ă©galement accĂšs au crĂ©dit, crĂ©dit immobilier et aussi crĂ©dit Ă  la consommation, mais parfois pour d’autres motivations, et Ă  un niveau relatif moindre.

Le recours au crĂ©dit est donc le fait principalement des classes moyennes. Ceci tord le cou aux idĂ©es reçues liĂ©es au crĂ©dit Ă  la consommation qui assimilent souvent celui-ci au « crĂ©dit du pauvre ». Plusieurs Ă©tudes rĂ©alisĂ©es en France au cours de la derniĂšre dĂ©cennie ont corroborĂ© ce fait et peuvent Ă  cet effet ĂȘtre rappelĂ©es.

1

Un tiers des ménages dont le revenu est compris entre deux et cinq SMIC a recours au crédit à la consommation

Notes

31.

La revalorisation intervenue en janvier 2011 a porté le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) mensuel net à 1.073 euros.

+ -

32.

Ifop, op. cit. Propriétaire du logement principal : revenu net mensuel du foyer de 2 001 à 3 000 euros : 61% ; de 3.001 à 4.000 euros : 77% ; plus de 4.000 euros : 76%.

+ -

33.

Ifop, op. cit. PropriĂ©taire d’une rĂ©sidence secondaire : revenu net mensuel du foyer de 2.001 Ă  3.000 euros : 9% ; de 3.001 Ă  4.000 euros : 19% ; plus de 4.000 euros : 30%.

+ -

La premiĂšre Ă©tude est celle de l’Observatoire des crĂ©dits aux mĂ©nages qui, dans sa derniĂšre Ă©dition de mars 2011, apporte un Ă©clairage en fonction du revenu des mĂ©nages emprunteurs.

S’agissant du crĂ©dit Ă  la consommation, ceux qui y ont le plus recours ont un revenu compris entre deux et cinq SMIC31 (voir tableau ci-aprĂšs) : plus de 34% d’entre eux remboursaient un ou plusieurs crĂ©dits Ă  la consommation lors de cette enquĂȘte, contre moins de 20% pour ceux dont le revenu est infĂ©rieur Ă  un SMIC, et prĂšs de 26% pour les classes plus aisĂ©es dont le revenu est supĂ©rieur Ă  cinq SMIC. On observe ainsi que le crĂ©dit Ă  la consommation s’adresse principalement aux classes moyennes.

Le cas du crĂ©dit immobilier est plus singulier. Au global, la proportion d’emprunteurs augmente rĂ©guliĂšrement en fonction du revenu : de 3% pour les mĂ©nages dont le revenu est infĂ©rieur Ă  un SMIC Ă  68% pour ceux dont le revenu est supĂ©rieur Ă  cinq SMIC. Mais il faut distinguer le crĂ©dit immobilier destinĂ© Ă  l’acquisition de la rĂ©sidence principale et celui affectĂ© Ă  d’autres usages (logement Ă  but locatif ou rĂ©sidence secondaire) :

– Le crĂ©dit immobilier liĂ© Ă  l’accession Ă  la propriĂ©tĂ© de la rĂ©sidence principale caractĂ©rise Ă©galement les classes moyennes. En effet, comme le montre une autre Ă©tude32, Ă  partir d’un certain niveau de revenus (4.000 euros), le taux de dĂ©tention du logement principal n’augmente plus ;

– À l’inverse, le crĂ©dit immobilier liĂ© Ă  d’autres usages caractĂ©rise surtout les classes les plus aisĂ©es et assez peu les classes moyennes : le taux de dĂ©tention d’une rĂ©sidence secondaire33 ou d’un bien immobilier Ă  but locatif est trĂšs Ă©troitement corrĂ©lĂ© au niveau de revenus.

Tableau 3 : Part des ménages ayant recours au crédit, en fonction de leurs revenus

Source :

Observatoire des crédits aux ménages, 23Úme rapport annuel, mars 2011.

Notes

34.

Rapport d’information du SĂ©nat sur l’accĂšs des mĂ©nages au crĂ©dit en France (2005-2006), n°261, par le sĂ©nateur JoĂ«l Bourdin, fait au nom de la dĂ©lĂ©gation du SĂ©nat pour la planification, dĂ©posĂ© le 16 mars 2006.

+ -

Parmi les utilisateurs du crĂ©dit les plus frĂ©quents, on trouve les fonctionnaires, qui constituent en France une partie importante des classes moyennes, et dont l’absence d’alĂ©a face Ă  l’emploi en fait une clientĂšle privilĂ©giĂ©e des sociĂ©tĂ©s financiĂšres.

Une deuxiĂšme Ă©tude issue du SĂ©nat34 (2006), qui s’appuie sur une enquĂȘte de l’institut BIPE, exprime la charge d’emprunt au titre du crĂ©dit Ă  la consommation en fonction du revenu disponible brut des mĂ©nages (voir ci-dessus sa dĂ©finition). Du fait de conditions financiĂšres insuffisantes qui rendent plus difficile l’accĂšs au crĂ©dit, ce sont les foyers aux revenus les plus modestes qui, en proportion, ont le moins recours au crĂ©dit. Comme le montre le tableau ci-aprĂšs, les trois dĂ©ciles qui affichent le taux le moins important correspondent aux revenus les plus faibles.

Tableau 4 : Charges d’emprunt par dĂ©ciles de revenu en pourcentage du revenu disponible brut

Source :

Étude du BIPE citĂ©e dans le rapport d’information du SĂ©nat sur l’accĂšs des mĂ©nages au crĂ©dit en France, par le SĂ©nateur JoĂ«l Bourdin.

2

Crédit et épargne ne sont pas antinomiques

Notes

36.

Le terme « crédit » vient du latin credere, qui signifie « croire » ou « faire confiance ».

+ -

37.

Ifop, op. cit. 62 % des « classes moyennes » et 81 % des « classes moyennes supĂ©rieures » dĂ©clarent avoir la possibilitĂ© d’épargner de l’argent Ă  la fin du mois.

+ -

38.

Michel Drancourt, Une Force inconnue, le crédit, Hachette, Paris, 1961.

+ -

Cette Ă©tude montre Ă©galement que les catĂ©gories les plus aisĂ©es ont un recours plus important au crĂ©dit Ă  la consommation que les catĂ©gories les moins aisĂ©es. Les motivations des individus les plus fortunĂ©s ne sont pas les mĂȘmes que les mĂ©nages plus modestes et traduisent des stratĂ©gies de gestion budgĂ©taire, le fait par exemple d’arbitrer entre leurs supports d’épargne et le recours au crĂ©dit. Pour les classes supĂ©rieures, le crĂ©dit peut permettre d’éviter de ponctionner un patrimoine qui peut dĂ©jĂ  ĂȘtre engagĂ© ailleurs : placements boursiers, rĂ©sidence secondaire, etc. Le fait de disposer d’un revenu ou d’un patrimoine supĂ©rieur Ă  la moyenne n’est pas antinomique avec le recours au crĂ©dit. Cela accroĂźt la confiance des mĂ©nages dans leur avenir financier et ils seront ainsi plus enclins Ă  s’engager dans des prĂȘts. Comme en tĂ©moigne l’étymologie36 du mot « crĂ©dit », souscrire un financement est aussi l’expression d’une certaine confiance en l’avenir. Ainsi, si les classes moyennes ont un recours important au crĂ©dit, elles Ă©pargnent Ă©galement dans leur grande majoritĂ© (pour deux tiers d’entre elles37). La troisiĂšme Ă©tude pouvant ĂȘtre citĂ©e est celle rĂ©alisĂ©e par l’institut Ifop pour la Fondapol. Elle dresse un constat semblable : les individus les moins endettĂ©s, sans distinction de la nature de l’endettement, sont les individus dont le revenu mensuel du foyer est infĂ©rieur Ă  1.500 euros. De façon plus anecdotique, cette derniĂšre Ă©tude souligne que le recours au crĂ©dit au sein des classes moyennes ne constitue pas un indicateur sur l’appartenance politique de l’emprunteur 
 ou presque. Les Ă©lecteurs de droite sont ainsi 61% Ă  ĂȘtre endettĂ©s, ceux de gauche 62%, mais ceux du Modem 75%, Ă  l’inverse des Ă©lecteurs des Verts qui ne sont que 59% Ă  avoir recours au crĂ©dit. Cette destination du crĂ©dit principalement vers les classes moyennes est un fait historique. Il y a cinquante ans (1961), Michel Drancourt analysait dans son ouvrage38 les emprunteurs en fonction de leurs salaires alors exprimĂ©s en nouveaux francs. La conclusion Ă©tait identique : les catĂ©gories qui avaient le plus recours au crĂ©dit Ă  la consommation Ă©taient les classes moyennes et la catĂ©gorie la moins servie de l’époque Ă©tait celle des classes les moins aisĂ©es. Ce qui conduit Michel Drancourt Ă  qualifier ainsi les utilisateurs de l’époque du crĂ©dit Ă  la consommation : « Il s’agit donc de Français vivant dans une modeste aisance. »

III Partie

Le crédit caractérise les classes moyennes

Au-delĂ  d’un certain niveau de revenus ou de richesses, les classes moyennes se dĂ©finissent Ă©galement par des modes de vie, un style de consommation, l’accĂšs Ă  certains Ă©quipements. Dans une majoritĂ© des cas, cet accĂšs n’est rendu possible que grĂące au recours au crĂ©dit. En leur donnant les moyens de s’équiper par anticipation, le crĂ©dit permet Ă  des mĂ©nages d’accĂ©der plus rapidement au statut de classes moyennes, puis de consolider cette position sociale. En anticipant sur les revenus Ă  venir, le crĂ©dit permet Ă  ces foyers une Ă©lĂ©vation de leur niveau de vie. Quatre catĂ©gories d’équipements sont plus particuliĂšrement rĂ©vĂ©latrices de cette appartenance aux classes moyennes. Ces quatre thĂšmes seront successivement dĂ©veloppĂ©s dans cette troisiĂšme partie. Les classes moyennes se caractĂ©risent d’abord par une aspiration forte Ă  la propriĂ©tĂ© de leur rĂ©sidence principale. Viennent ensuite l’équipement de la maison et les travaux d’amĂ©lioration de l’habitat. La troisiĂšme catĂ©gorie d’équipements concerne l’automobile, et la derniĂšre celle des services.

1

La propriété de la résidence principale

Notes

39.

Rapport du Conseil d’analyse Ă©conomique : « Loger les classes moyennes : la demande, l’offre et l’équilibre du marchĂ© du logement », par Jacques Mistral et ValĂ©rie Plagnol, 2008.

+ -

40.

Insee, « Les revenus et le patrimoine des mĂ©nages », Insee RĂ©fĂ©rences, Édition 2011

+ -

41.

« Le Logement, facteur d’éclatement des classes moyennes ? », Ă©tude de l’universitĂ© Paris-Dauphine pour la ConfĂ©dĂ©ration Française de l’Encadrement – CGC, par François Cusin et Claire Juillard, avec la collaboration de Denis Burckel, 2010.

+ -

42.

« Les revenus et le patrimoine des ménages », op.cit. ; moyenne sur dix ans (1997/2006)

+ -

S’il est une caractĂ©ristique essentielle des classes moyennes, c’est leur volontĂ© d’accĂ©der Ă  la propriĂ©tĂ©. Cet accĂšs Ă  la propriĂ©tĂ© caractĂ©rise au moins psychologiquement l’appartenance au statut de classes moyennes. Il peut aussi ĂȘtre le rĂ©vĂ©lateur d’un changement de statut et de promotion sociale. Ainsi que le rappellent Jacques Mistral et ValĂ©rie Plagnol dans un rapport rĂ©alisĂ© pour le Conseil d’analyse Ă©conomique « le logement est devenu l’un des principaux marqueurs sociaux39.

» En 2010, 58% des mĂ©nages français Ă©taient propriĂ©taires de leur rĂ©sidence principale ou accĂ©dants , contre 53% en 1998. Si ce taux est en augmentation constante, de fortes disparitĂ©s gĂ©ographiques entre rĂ©gions françaises demeurent. Ce taux est surtout infĂ©rieur Ă  la moyenne europĂ©enne, et loin derriĂšre certains pays voisins comme le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne, oĂč le taux de propriĂ©taires est de 83%. L’acquisition du logement est une prioritĂ© pour les classes moyennes, « afin de se sentir chez soi, de ne plus avoir le sentiment de jeter l’argent par la fenĂȘtre en payant des loyers, de constituer un patrimoine [pour la retraite ou pour transmettre Ă  leurs enfants], d’asseoir sa position sociale41. »

Le financement est trĂšs souvent indispensable pour rĂ©aliser une acquisition immobiliĂšre. Le moyen essentiel en France d’acquisition de sa rĂ©sidence principale42 est en effet le recours au crĂ©dit (79% des cas), loin devant l’achat au comptant (14%) et l’hĂ©ritage ou donation (7%). De surcroĂźt, du fait de l’envolĂ©e des prix immobiliers, le recours au crĂ©dit s’est accentuĂ© et la durĂ©e moyenne des prĂȘts a fortement augmentĂ©.

2

L’équipement de la maison et les travaux d’amĂ©lioration

Notes

43.

Les Trente Glorieuses, op. cit

+ -

44.

Insee, « EnquĂȘte Budget des familles 2006 », par Vanessa Bellamy et Laurent LĂ©veillĂ© (source : CRÉDOC, op. cit.).

+ -

45.

Insee, EnquĂȘtes Logement 2006 (source : « Loger les classes moyennes : la demande, l’offre et l’équilibre du marchĂ© du logement », rapport du Conseil d’analyse Ă©conomique, par Jacques Mistral et ValĂ©rie Pagnol, 2008).

+ -

46.

Sofinco, « PROFIL 2011. Ameublement et crĂ©dit : analyse du marchĂ© », Ă©tude rĂ©alisĂ©e par Sofinco avec le concours de l’IPEA, 2011.

+ -

47.

Étude du Panorama du CrĂ©dit Conso de Sofinco, marque de CrĂ©dit Agricole Consumer Finance. Cette Ă©tude de 2008 est consacrĂ©e au lien entre financement immobilier et crĂ©dit Ă  la consommation.

+ -

48.

« Observatoire des crédits aux ménages », op. cit.

+ -

49.

Patrick Stocker, responsable du Logement de la FĂ©dĂ©ration Nationale du CrĂ©dit Agricole, a Ă©tĂ© interviewĂ© par l’auteur dans le cadre de la rĂ©alisation de cette note.

+ -

Une fois acquis le logement principal, reste Ă  l’amĂ©liorer, voire mĂȘme l’agrandir, et surtout Ă  l’équiper. Les foyers sont de mieux en mieux Ă©quipĂ©s tant sur un plan quantitatif que qualitatif. Certains Ă©quipements, assimilĂ©s Ă  du matĂ©riel de luxe comme le rĂ©frigĂ©rateur ou la tĂ©lĂ©vision dans les annĂ©es d’aprĂšsguerre, sont aujourd’hui considĂ©rĂ©s comme indispensables. Comme le montre Jean FourastiĂ©43, dĂšs 1975, 91% des mĂ©nages possĂ©daient un rĂ©frigĂ©rateur, 72% une machine Ă  laver et 86% une tĂ©lĂ©vision, contre respectivement 7% (rĂ©frigĂ©rateur), 8% (machine Ă  laver) et 1% (tĂ©lĂ©vision) vingt ans auparavant (1954). À cela se sont ajoutĂ©s de nombreux appareils Ă©lectromĂ©nagers ; de nouveaux besoins sont apparus avec l’équipement informatique et multimĂ©dia. Les Ă©volutions technologiques de plus en plus rapides accĂ©lĂšrent par ailleurs le renouvellement de cet Ă©quipement. L’accĂšs Ă  ces Ă©quipements caractĂ©rise Ă©galement le statut de classes moyennes. L’étude rĂ©alisĂ©e en 2006 par l’Insee44, qui mesure le taux d’équipement des mĂ©nages en fonction des dĂ©ciles de revenus, le montre trĂšs clairement. Ainsi, si on considĂšre comme cela a Ă©tĂ© fait dans le premier chapitre que les classes moyennes correspondent aux dĂ©ciles de revenus 4 Ă  8 (soit 50% de la population compris entre les 30% des revenus les plus faibles et les 20% les plus Ă©levĂ©s), leur taux d’équipement en tĂ©lĂ©viseur est de 95%, celui en lave-vaisselle de 46% et celui en magnĂ©toscope/lecteur DVD de 79%. Un autre Ă©lĂ©ment est Ă  prendre en compte dans l’équipement du foyer : celui de l’augmentation de la surface d’habitation. Entre 1984 et 200645 la surface moyenne par personne a Ă©voluĂ© de 31 Ă  40 mĂštres carrĂ©s, soit une hausse de 30% en un peu plus de vingt ans, et le nombre moyen de piĂšces dans un logement par personne de 1,4 Ă  1,8.

Le recours au crĂ©dit est nĂ©cessaire pour l’acquisition de ces Ă©quipements. À tel point que les secteurs de l’ameublement et de l’électromĂ©nager sont Ă  l’origine de la crĂ©ation de plusieurs sociĂ©tĂ©s de crĂ©dit Ă  la consommation. AprĂšs-guerre, la FĂ©dĂ©ration nationale de l’Ameublement met en place un plan de dĂ©veloppement du secteur de l’ameublement reposant notamment sur la gĂ©nĂ©ralisation du crĂ©dit Ă  la consommation. Sofinco est ainsi créée en 1951 pour aider les professionnels du secteur Ă  aider leurs clients Ă  s’équiper en meubles. Deux ans plus tard, en 1953, le Cetelem, dont le nom est une contraction de « crĂ©dit Ă  l’électromĂ©nager », est créé. ParallĂšlement, les pouvoirs publics prennent des mesures permettant aux sociĂ©tĂ©s financiĂšres de se procurer plus facilement des fonds. Le phĂ©nomĂšne est le mĂȘme dans d’autres pays europĂ©ens ; aprĂšs-guerre, Ă  l’initiative du secteur de la distribution, des sociĂ©tĂ©s financiĂšres sont créées dans plusieurs pays (Compass en Italie, etc.) afin de permettre aux mĂ©nages de s’équiper et d’accĂ©der ainsi au statut de classes moyennes. Si la nature des biens d’équipement de la maison a Ă©voluĂ© en soixante ans, le recours au crĂ©dit est restĂ© indispensable aux mĂ©nages pour s’équiper, et principalement aux classes moyennes. On estime aujourd’hui que le recours au crĂ©dit reprĂ©sente prĂšs de 25% du chiffre d’affaires de la distribution spĂ©cialisĂ©e et 40% de celui de la vente Ă  distance, comme le souligne Pierre Blanc dans le rapport Athling rĂ©alisĂ© pour le ComitĂ© Consultatif du Secteur Financier prĂ©sidĂ© par Emmanuel Constans. InterrogĂ©s dĂ©but 201146, 50% des mĂ©nages ayant l’intention d’acheter un canapĂ© envisageaient de le faire Ă  l’aide d’un financement.

À cela s’ajoutent des travaux d’amĂ©lioration de l’habitat, qui pour certains seront rĂ©alisĂ©s rapidement aprĂšs l’emmĂ©nagement. Par exemple, le remplacement de la cuisine Ă©quipĂ©e trente ans auparavant, de fenĂȘtres mal isolĂ©es ou encore d’un systĂšme de chauffage inadaptĂ© ou trop coĂ»teux. Lorsque l’ensemble des Ă©conomies du mĂ©nage a Ă©tĂ© mobilisĂ© pour constituer l’apport du financement immobilier, le recours au crĂ©dit Ă  la consommation est nĂ©cessaire pour financer des travaux qui n’ont pas Ă©tĂ© anticipĂ©s. Ainsi un financement de cuisine47 sur quatre intervient moins d’un an aprĂšs l’entrĂ©e dans la nouvelle habitation. C’est notamment la raison pour laquelle le taux de recours au crĂ©dit Ă  la consommation est supĂ©rieur chez les individus qui remboursent Ă©galement un crĂ©dit immobilier (recours de 36%)48 que pour la population en gĂ©nĂ©ral (30%). Comme le souligne Patrick Stocker, Responsable du Logement de la FĂ©dĂ©ration Nationale du CrĂ©dit Agricole, « avec le Grenelle de l’environnement, les travaux pour Ă©conomiser l’énergie sont en train de prendre une importance particuliĂšre49. » Ces travaux sont soutenus par les pouvoirs publics avec notamment un mĂ©canisme de crĂ©dit d’impĂŽts et un prĂȘt aidĂ© : l’éco-prĂȘt. Les travaux dans les copropriĂ©tĂ©s deviennent par ailleurs un enjeu majeur avec la nĂ©cessitĂ© de mettre les immeubles aux nouvelles normes. Les pouvoirs publics devront se pencher sur leur financement.

3

L’automobile

Notes

50.

Ifop, op. cit.

+ -

51.

Un monde sans crédit ?, op. cit.

+ -

52.

Histoire économique et sociale de la France, op. cit.

+ -

53.

Ibid. 

+ -

54.

Panorama du Crédit Conso de Sofinco : étude sur le financement automobile, octobre 2010.

+ -

Le troisiĂšme volet concerne l’automobile. L’équipement en vĂ©hicules est essentiel pour les classes moyennes, cette nĂ©cessitĂ© Ă©tant renforcĂ©e par le fait qu’elles habitent majoritairement dans des petites communes ou des quartiers pĂ©riphĂ©riques. Seuls 7%50 des mĂ©nages appartenant aux classes moyennes ne possĂšdent pas de voiture. Mais surtout un mĂ©nage sur deux (49%) appartenant aux classes moyennes possĂšde deux voitures ou plus. Le crĂ©dit est trĂšs souvent indispensable pour l’achat d’une automobile. Automobile et financement entretiennent un lien historique. Les constructeurs automobiles ont d’ailleurs compris d’emblĂ©e que la vente Ă  crĂ©dit est indispensable Ă  la commercialisation de leurs vĂ©hicules auprĂšs des particuliers et ont créé leurs propres organismes (Sovac, Diac, etc.) dans l’entre-deux-guerres51. Comme le soulignent Fernand Braudel et Ernest Labrousse52, aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, « les besoins personnels de masse furent d’abord assurĂ©s par l’extension des ventes Ă  tempĂ©rament pour tous les biens semi-durables offerts Ă  la sociĂ©tĂ© de consommation, l’automobile ayant la premiĂšre fait la percĂ©e. » GrĂące au crĂ©dit, au cours des Trente Glorieuses « l’automobile s’est banalisĂ©e [
] la possession d’une automobile a cessĂ© d’ĂȘtre le signe d’un haut niveau de vie. [
] En 1953, 20% seulement des mĂ©nages Ă©taient Ă©quipĂ©s d’au moins une voiture [
] en 1973, le taux Ă©tait de 62%53. » Hors immobilier, l’automobile est d’ailleurs le premier bien acquis par les mĂ©nages avec le crĂ©dit ; l’automobile reprĂ©sente aujourd’hui en volume un tiers des crĂ©dits Ă  la consommation distribuĂ©s. On estime qu’aujourd’hui en France54, prĂšs de trois automobiles neuves sur quatre et plus d’une automobile d’occasion sur deux sont acquises par les particuliers grĂące Ă  un financement. En moyenne, les mĂ©nages qui ont recours au crĂ©dit financent grĂące Ă  celui-ci trois quarts du prix d’achat de leur automobile. En France, les financements destinĂ©s Ă  l’achat de voitures neuves par les particuliers sont souscrits pour moitiĂ© sur le lieu de vente (concession automobile), et pour moitiĂ© hors du lieu de vente. Cette nĂ©cessitĂ© du crĂ©dit sera renforcĂ©e par le dĂ©veloppement des vĂ©hicules Ă©lectriques dont l’usage reposera sur des formules financiĂšres locatives du fait d’une durĂ©e de vie des batteries diffĂ©rente de celle du vĂ©hicule.

4

Les services

Notes

55.

Le Chagrin des classes moyennes, op. cit.

+ -

56.

Ifop, op. cit. Ce taux est de 11 % pour la catégorie des « classes moyennes » et de 13 % pour la catégorie des « classes supérieures ».

+ -

57.

« Le Logement, facteur d’éclatement des classes moyennes ? », op. cit.

+ -

58.

CRÉDOC, op. cit.

+ -

59.

« Les Français et le crĂ©dit Ă  la consommation en 2007 », Ă©tude rĂ©alisĂ©e par TNS Sofres pour l’ASF (Association française des SociĂ©tĂ©s FinanciĂšres), 2007.

+ -

60.

Ifop, op. cit. Ce taux est de 60 % pour la catégorie des « classes moyennes » et de 82 % pour la catégorie des « classes moyennes supérieures ».

+ -

61.

Panorama du Crédit Conso de Sofinco : étude sur les véhicules de loisirs, 2008.

+ -

62.

CRÉDOC, « Les classes moyennes sous pression », Note n° 219, par RĂ©gis Bigot, mars 2009

+ -

La derniĂšre catĂ©gorie concernĂ©e est celle des services en gĂ©nĂ©ral, notamment s’agissant des Ă©tudes des enfants et des loisirs. DĂšs l’introduction de son essai sur les classes moyennes55, Nicolas Bouzou souligne l’importance particuliĂšre qu’accordent les classes moyennes Ă  l’éducation et Ă  la rĂ©ussite scolaire de leurs enfants. Selon l’Ifop, 11% d’entre eux56 n’hĂ©sitent pas Ă  avoir recours Ă  du soutien scolaire payant pour leurs enfants, cette proportion s’élevant Ă  15% lorsque l’enfant est Ă©tudiant. Le principe de la mobilitĂ© sociale est au cƓur des prĂ©occupations des classes moyennes. Comme le mentionnent François Cusin et Claire Juillard, le trait commun des classes moyennes « Ă  travers les Ă©poques a Ă©tĂ© de reprĂ©senter l’espace privilĂ©giĂ© des mobilitĂ©s sociales ascendantes et le moteur principal de la croissance Ă©conomique57. » Le CRÉDOC souligne Ă©galement cette peur de descendre l’échelle sociale : « 76% des personnes disposant de revenus moyens redoutent que leurs enfants aient un niveau de vie infĂ©rieur au leur58. » Le sujet de l’éducation est majeur. Aussi les classes moyennes n’hĂ©sitent pas Ă  avoir recours au crĂ©dit pour financer les Ă©tudes de leurs enfants. 58% des Français sondĂ©s en 2007 par TNS Sofres pour l’A.S.F.59 considĂšrent d’ailleurs qu’il est normal de souscrire un crĂ©dit Ă  la consommation pour financer les Ă©tudes de leurs enfants.

Les loisirs constituent un deuxiĂšme exemple. 60% des classes moyennes60 partent en vacances d’étĂ© tous les ans ou quasiment chaque annĂ©e. Le secteur des vĂ©hicules de loisirs apporte Ă  cet Ă©gard un Ă©clairage intĂ©ressant : sous l’effet de diffĂ©rents facteurs (diversification de l’offre, amĂ©lioration de l’image, multiplication des aires, etc.), les vĂ©hicules de loisirs connaissent depuis plusieurs annĂ©es un certain engouement de la part des Français et notamment de certaines classes moyennes qui y trouvent le moyen de compenser l’absence d’une rĂ©sidence secondaire. En 2007, le revenu mensuel moyen d’un mĂ©nage61 qui avait acquis un camping-car Ă©tait de 2.780 euros, celui d’un mĂ©nage qui avait acquis une caravane de 2.120 euros. Compte tenu d’un prix de vente Ă©levĂ©, le recours au financement pour l’acquisition d’un vĂ©hicule de loisirs est trĂšs frĂ©quent. La durĂ©e de ce financement varie selon le type de vĂ©hicule considĂ©rĂ©, de cinq ans en moyenne pour une caravane, Ă  dix ans pour un camping-car. Les acheteurs de camping-cars consacrent en moyenne 14% de leur revenu mensuel au remboursement de ce dernier.

Quelle que soit l’affectation du financement (habitation, Ă©quipement de la maison, automobile, services, etc.), la nĂ©cessitĂ© du recours au crĂ©dit est Ă©galement accentuĂ©e par l’augmentation de la part des dĂ©penses dites contraintes (logement, eau, gaz, Ă©lectricitĂ©, etc.) dans le budget des classes moyennes. Cette part des dĂ©penses contraintes reprĂ©sentait « 21% du budget des classes moyennes infĂ©rieures en 1979, contre 38% aujourd’hui62. »

IV Partie

Évolutions : ce que le crĂ©dit rĂ©vĂšle des classes moyennes

Comme cela vient d’ĂȘtre montrĂ©, le crĂ©dit est un Ă©lĂ©ment caractĂ©ristique des classes moyennes. DĂšs lors, il est pertinent de relever certaines Ă©volutions particuliĂšres des classes moyennes au travers de celles observĂ©es chez les souscripteurs de crĂ©dit. Trois d’entre elles peuvent ĂȘtre mentionnĂ©es : le vieillissement des classes moyennes, la transformation du mode de consommation et le dĂ©part des grandes villes.

1

Les classes moyennes vieillissent

Notes

63.

D’aprĂšs des donnĂ©es de l’Insee retraitĂ©es par le Panorama du CrĂ©dit Conso de Sofinco dans une Ă©tude consacrĂ©e aux seniors et le crĂ©dit Ă  la consommation, juillet 2011.

+ -

PremiĂšre Ă©volution, les classes moyennes vieillissent. Les statistiques du crĂ©dit au cours des 20 derniĂšres annĂ©es montrent que le vieillissement des classes moyennes serait plus rapide que celui de la population française en gĂ©nĂ©ral. Les classes d’ñge qui consomment le plus, notamment des biens de consommation durables pouvant ĂȘtre acquis avec un crĂ©dit, sont dĂ©sormais celles des « jeunes seniors », la notion de senior dĂ©butant selon les instituts Ă  partir de 50 ou 55 ans. Le niveau de vie63 des mĂ©nages dont l’ñge est compris entre 50 et 64 ans est de 21% supĂ©rieur Ă  celui des foyers de moins de 50 ans. Leur consommation en valeur est supĂ©rieure Ă  la moyenne nationale pour de nombreux produits, qu’il s’agisse de l’automobile ou de l’équipement de la maison. Lorsque la retraite intervient tĂŽt, ils profitent Ă©galement de nombreux loisirs, parfois onĂ©reux. Par exemple, l’achat d’un camping-car acquis avec un crĂ©dit, comme cela a Ă©tĂ© Ă©voquĂ© dans la partie prĂ©cĂ©dente. L’usage du crĂ©dit au cours des vingt derniĂšres annĂ©es montre ce « vieillissement » trĂšs clairement, comme l’illustrent les deux tableaux ci-aprĂšs.

Tableau 5 : Distribution selon l’ñge des emprunteurs (estimation)

Source :

Estimations de l’auteur d’aprĂšs, d’une part, les donnĂ©es de l’Observatoire des crĂ©dits aux mĂ©nages et, d’autre part, les Ă©volutions dĂ©mographiques de l’Insee.

En 1990, 17% des emprunteurs (crĂ©dit immobilier et/ou crĂ©dit Ă  la consommation) Ă©taient des « seniors » ĂągĂ©s de 55 ans et plus. Vingt ans plus tard, en 2010, ils sont 26%. Soit une augmentation plus forte que celle observĂ©e pour la dĂ©mographie française en gĂ©nĂ©ral. Ce dĂ©placement de l’ñge moyen de l’emprunteur est trĂšs net.

Cette tendance observĂ©e pour le crĂ©dit en gĂ©nĂ©ral est encore plus spectaculaire pour le crĂ©dit Ă  la consommation. La part des seniors (55 ans et plus) augmente de 13% Ă  30%. Ce phĂ©nomĂšne est trĂšs significatif aprĂšs 65 ans. Selon l’Observatoire des crĂ©dits aux mĂ©nages, 7% des 65 ans et plus remboursaient un ou plusieurs crĂ©dits Ă  la consommation en 1990 ; vingt ans plus tard (2010) ils sont 19%. L’usage du crĂ©dit en fonction des gĂ©nĂ©rations est diffĂ©rent : sur cent crĂ©dits Ă  la consommation remboursĂ©s par les plus de 55 ans, 34% concernent l’achat d’une automobile ou moto (contre 51% pour les moins de 30 ans), 30% l’acquisition de biens d’équipement du logement ou la rĂ©alisation de travaux (17% pour les moins de 30 ans). Les seniors appartenant aux classes moyennes, et issus de la gĂ©nĂ©ration du baby-boom, perpĂ©tuent des modes de consommation et un accĂšs au crĂ©dit qui Ă©taient les leurs pendant la vie active. En revanche, les gĂ©nĂ©rations qui leur succĂšdent dans le monde du travail restent en deçà en matiĂšre d’utilisation du crĂ©dit, peut-ĂȘtre parce qu’elles n’ont plus le mĂȘme niveau de revenus pour certains d’entre eux et qu’elles ne disposent plus des mĂȘmes critĂšres de stabilitĂ©. Les gĂ©nĂ©rations plus jeunes semblent accĂ©der beaucoup moins rapidement que leurs aĂźnĂ©s Ă  la catĂ©gorie des classes moyennes.

2

Les classes moyennes consomment différemment

DeuxiĂšme Ă©volution observĂ©e au travers des chiffres du crĂ©dit, les classes moyennes consomment diffĂ©remment. Certes, les besoins et usages pour lesquels le recours au crĂ©dit est sollicitĂ© sont globalement les mĂȘmes au cours des derniĂšres dĂ©cennies, en particulier lorsqu’il s’agit de financer l’accĂšs Ă  l’immobilier, l’équipement du logement ou l’automobile. Par contre, deux tendances importantes sont apparues au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, qu’illustrent trĂšs bien les donnĂ©es relatives au crĂ©dit.

Exception faite de l’immobilier, la premiĂšre tendance est celle d’achats de moins en moins chers, voire celle du low cost, mĂȘme si en quantitĂ© de biens achetĂ©s il n’y a pas forcĂ©ment de baisse observĂ©e. L’automobile, qui reste indispensable pour se dĂ©placer, se rendre sur son lieu de travail, en apporte une excellente illustration. Ainsi, si sous l’effet des mesures de soutien les immatriculations automobiles ont progressĂ© en 2008 et 2009, le montant moyen d’un financement de vĂ©hicule neuf a en revanche chutĂ© de 14% en deux ans seulement. Le montant moyen d’un financement de vĂ©hicule d’occasion baisse quant Ă  lui rĂ©guliĂšrement depuis 2004. Ce phĂ©nomĂšne de « panier moyen infĂ©rieur » concerne quasiment tous les secteurs. La deuxiĂšme tendance concerne les canaux de distribution, en particulier depuis l’avĂšnement d’Internet. La distribution des produits financiers n’échappe pas Ă  cette logique. Qu’il s’agisse d’accompagner l’achat du consommateur sur un site de e-commerce, ou de la distribution directe de crĂ©dits Ă  la consommation auprĂšs de particuliers, plus d’une demande de crĂ©dit amortissable sur deux auprĂšs de certaines sociĂ©tĂ©s financiĂšres spĂ©cialisĂ©es se fait dĂ©sormais sur Internet. Depuis dix ans, les formules de financement directement proposĂ©es sur les sites marchands se multiplient, traduisant le dĂ©placement de la consommation, et en particulier celle des classes moyennes, vers Internet.

3

Les classes moyennes quittent les grandes villes

Notes

65.

Histoire économique et sociale de la France, op. cit.

+ -

66.

« Observatoire des crédits aux ménages », op. cit.

+ -

67.

Ifop, op. cit. Ce taux (logement dans une maison individuelle) est de 64 % pour la catégorie des « classes moyennes » et de 63 % pour la catégorie des « classes moyennes supérieures ».

+ -

68.

Intervention de Dominique ReyniĂ© lors du colloque « À quoi rĂȘvent les classes moyennes ? » organisĂ© le 18 novembre 2010 par la Fondapol.

+ -

69.

Une Force inconnue, le crédit, op. cit.

+ -

70.

Histoire économique et sociale de la France, op. cit.

+ -

71.

CRÉDOC, « Les classes moyennes sous pression », Cahier de recherche n°249, RĂ©gis Bigot, dĂ©cembre 2008.

+ -

72.

Le Chagrin des classes moyennes, op. cit.

+ -

TroisiĂšme Ă©volution, les classes moyennes quittent les grandes villes. Du fait d’un prix de l’immobilier qui a trĂšs fortement augmentĂ© depuis dix ans, sans que les salaires augmentent en proportion, les classes moyennes privilĂ©gient de plus en plus les agglomĂ©rations moins importantes, notamment les zones pĂ©riphĂ©riques des mĂ©tropoles, ou les zones rurales. Les travaux de Jacques Friggit illustrent le dĂ©couplage assez rĂ©cent entre prix de l’immobilier et revenu des mĂ©nages. Ils se basent sur un indice du prix des logements rapportĂ© au revenu disponible par mĂ©nage avec une base 100 fixĂ©e pour l’annĂ©e 1965. Cet indice a fluctuĂ© de 1965 Ă  2002 dans une fourchette comprise entre 90% et 110% du niveau de 1965 (« tunnel de Friggit »), pour en sortir par le haut en 2002 et atteindre prĂšs de 170% en 2008.

D’aprĂšs l’Observatoire des crĂ©dits aux mĂ©nages, en 1989, les grandes agglomĂ©rations de plus de 100.000 habitants (dont Paris) reprĂ©sentaient 45% des mĂ©nages endettĂ©s ; vingt ans plus tard (2009) ce ratio n’est plus que de 40%. Cet Ă©cart est encore plus significatif si on remonte dans le temps : exprimĂ© en montant par habitant65, le crĂ©dit Ă©tait, en 1970, deux fois et demi plus Ă©levĂ© dans la rĂ©gion parisienne qu’il ne l’était en moyenne en France. En 2010, les mĂ©nages rĂ©sidant dans des communes rurales ou dans des communes de moins de 20.000 habitants Ă©taient endettĂ©s Ă  55%66, chiffre Ă  comparer Ă  un taux de 45% pour les mĂ©nages dont le foyer se situe dans l’agglomĂ©ration parisienne ou dans des communes de plus de 100.000 habitants, soit un Ă©cart de dix points. Cette proportion de classes moyennes plus importante dans les petites agglomĂ©rations est confirmĂ©e par le type de logement occupĂ© : les classes moyennes sont plus nombreuses que les autres catĂ©gories de la population Ă  habiter une maison individuelle67. Cette Ă©volution est significative car elle introduit une rupture dans l’histoire des classes moyennes, traditionnellement liĂ©e Ă  l’urbanisation et Ă  l’industrialisation. Car comme le souligne Dominique ReyniĂ©68, les classes moyennes « sont d’abord apparues avec la sociĂ©tĂ© industrielle ». Dans son ouvrage publiĂ© en 1961, Michel Drancourt69 soulignait que « les mĂ©nages ont tendance Ă  recourir beaucoup plus facilement au crĂ©dit s’ils habitent la ville que la campagne ». Cette rĂšgle semble s’ĂȘtre inversĂ©e depuis quelques annĂ©es.

MĂȘme si Ă  l’inverse des Ă©volutions prĂ©cĂ©dentes elle ne dĂ©coule pas de l’observation directe du crĂ©dit, une derniĂšre modification mĂ©rite d’ĂȘtre soulignĂ©e : elle concerne la reprĂ©sentativitĂ© des classes moyennes au sein de la population globale. On le sait, les Trente Glorieuses ont favorisĂ© l’émergence des classes moyennes. Selon l’ouvrage Histoire Ă©conomique et sociale de la France70, la reprĂ©sentativitĂ© des classes moyennes serait passĂ©e de 30% de la population en 1954 Ă  41% en 1975.

La poursuite de cette Ă©volution est remise en cause depuis quelques annĂ©es et donne lieu Ă  de nombreux dĂ©bats. Le poids des classes moyennes tendrait-il Ă  diminuer face notamment Ă  l’augmentation du nombre d’individus de plus en plus riches, et de ceux de plus en plus pauvres ? Non, rĂ©pond le CRÉDOC pour qui « les classes moyennes sont plus nombreuses aujourd’hui qu’au milieu des annĂ©es 198071 » ; « en 1984, 47% de la population disposaient d’un niveau de vie compris entre 75% et 150% du niveau de vie mĂ©dian ; aujourd’hui [2008], la proportion s’élĂšve Ă  52% ». Oui, rĂ©torque Nicolas Bouzou pour qui « les classes moyennes ont du chagrin car elles disparaissent et le sentent confusĂ©ment. Le concept mĂȘme de classes moyennes devrait ĂȘtre remisĂ© au placard72 ».

V Partie

Le crédit est-il un bon outil pour promouvoir les classes moyennes ?

Notes

73.

« Loger les classes moyennes », op. cit. 

+ -

74.

« Le Logement, facteur d’éclatement des classes moyennes ? », op. cit.

+ -

75.

Il y a eu jusqu’à prĂ©sent quatre Ă©ditions (annĂ©es de rĂ©fĂ©rence : 2001, 2004, 2007 et 2010).

+ -

76.

Banque de France, enquĂȘte typologique 2007 sur le surendettement, septembre 2008.

+ -

77.

Banque de France, enquĂȘte typologique 2010 sur le surendettement, mars 2011.

+ -

78.

CRÉDOC, op. cit.

+ -

Le dĂ©veloppement du crĂ©dit est-il un bon vecteur pour promouvoir les classes moyennes ? Se poser cette question quatre ans aprĂšs le dĂ©but (2007) de la crise financiĂšre que nous connaissons peut, de prime abord, paraĂźtre surprenant. Car le dĂ©veloppement aux États-Unis des crĂ©dits subprimes a trouvĂ© son origine dans la volontĂ©, au demeurant louable, des pouvoirs publics amĂ©ricains de permettre l’accĂšs Ă  la propriĂ©tĂ© Ă  un plus grand nombre de mĂ©nages. La crise financiĂšre qui a dĂ©butĂ© en aoĂ»t 2007 est d’ailleurs souvent prĂ©sentĂ©e comme une crise du surendettement des mĂ©nages. Ne faut-il pas dĂšs lors en conclure qu’il est urgent de ne pas repartir dans les mĂȘmes errements ?

La rĂ©alitĂ© est plus complexe. Il faut en particulier rappeler que les modalitĂ©s d’octroi des financements aux particuliers jusqu’à la crise Ă©taient trĂšs diffĂ©rentes entre les États-Unis et l’Europe continentale. Contrairement Ă  ce qui se pratique dans de nombreux pays europĂ©ens (dont la France), oĂč l’octroi de crĂ©dits aux particuliers repose sur l’équilibre entre les revenus et charges du futur emprunteur, les prĂȘts aux États-Unis Ă©taient Ă©galement accordĂ©s en fonction du patrimoine pouvant servir de garantie en cas de dĂ©faillance. La hausse du marchĂ© immobilier amĂ©ricain jusqu’au milieu des annĂ©es 2000 a eu pour effet d’augmenter la valeur des rĂ©sidences, et donc la capacitĂ© d’endettement de leurs propriĂ©taires. Jusqu’au retournement du marchĂ© immobilier. La suite est connue. Aussi, la crise des subprimes remet-elle plus en cause le systĂšme alors pratiquĂ© aux États-Unis que la vocation du crĂ©dit comme soutien Ă  l’équipement des mĂ©nages dĂšs lors que sa distribution est encadrĂ©e par des rĂšgles saines comme c’est le cas en France. Comme le souligne Patrick Stocker, « les banques françaises sont restĂ©es vigilantes avec des crĂ©dits accordĂ©s sur la base de la capacitĂ© de remboursement des emprunteurs et non pas sur la valeur de l’actif financĂ© ». Pour le Conseil d’analyse Ă©conomique, « le systĂšme français de financement du logement – fondĂ© sur le prĂȘt personnel – a permis d’éviter les excĂšs observĂ©s ailleurs (en particulier aux États-Unis lors de la crise des subprimes) et de protĂ©ger Ă  la fois les emprunteurs et les banques des dĂ©sordres consĂ©cutifs Ă  une distribution trop peu prudente des crĂ©dits immobiliers73 ». Le taux de refus Ă  une demande de prĂȘt constatĂ© en France mĂ©rite d’ĂȘtre rappelĂ©. Notamment lorsqu’il s’agit du crĂ©dit Ă  la consommation pourtant souvent dĂ©criĂ© du fait d’une trop grande facilitĂ© d’octroi supposĂ©e. Tous produits et canaux de distribution confondus, le taux de refus en France pour le crĂ©dit Ă  la consommation concerne environ 30 % des demandes. S’agissant du seul crĂ©dit renouvelable, le taux de refus est de prĂšs d’un sur deux comme le relĂšve Pierre Blanc dans le rapport Athling.

La deuxiĂšme objection qui puisse ĂȘtre soulevĂ©e est liĂ©e au dĂ©veloppement prĂ©occupant du surendettement, qui ne laisse personne indiffĂ©rent. Une Ă©tude rĂ©cente de l’universitĂ© Paris-Dauphine74 pose la question du « dĂ©classement par le surendettement » des classes moyennes. Car si, comme cela vient d’ĂȘtre vu, l’endettement peut permettre une Ă©lĂ©vation du niveau de vie, le surendettement et ses consĂ©quences tragiques sont Ă  l’inverse synonyme de dĂ©classement social. Le surendettement constitue un drame pour les mĂ©nages qui y sont confrontĂ©s et engendre des situations particuliĂšrement difficiles.

Mais, comme le mentionne dans ses derniĂšres Ă©ditions le rapport triennal rĂ©alisĂ© par la Banque de France75, les causes du surendettement sont de façon majoritaire le fait des « accidents de la vie » (chĂŽmage, divorce, etc.) qui crĂ©ent une rupture souvent soudaine dans l’équilibre financier des mĂ©nages. Face Ă  une baisse brutale des revenus suite Ă  un licenciement ou Ă  une augmentation des charges causĂ©es par un divorce, des familles se trouvent dans l’impossibilitĂ© de faire face Ă  un endettement jusqu’ici assumĂ©. Parmi les causes du surendettement en France, l’excĂšs de crĂ©dit reprĂ©sente prĂšs d’un dossier sur sept76 ; son poids est en outre en diminution significative depuis dix ans comme le souligne le dernier rapport de la Banque de France77. Ce mĂȘme rapport rappelle qu’en 2010, « 23% des dĂ©pĂŽts de dossiers sont dus Ă  des difficultĂ©s familiales (sĂ©paration, divorce, dĂ©cĂšs d’un membre de la cellule familiale) impliquant une diminution des ressources [
] ; 26% des particuliers surendettĂ©s sont au chĂŽmage [
] ; la seule diminution des ressources indĂ©pendamment de tout autre facteur [est] Ă  l’origine de 27% des dĂ©pĂŽts de dossiers. » Si les classes moyennes peuvent ĂȘtre confrontĂ©es au surendettement, c’est qu’elles sont Ă©galement, et de façon croissante, confrontĂ©es aux « accidents de la vie », le chĂŽmage tout particuliĂšrement. Le CRÉDOC souligne78 l’instabilitĂ© professionnelle croissante des classes moyennes : « Alors que les gĂ©nĂ©rations d’actifs des Trente glorieuses Ă©voluaient avec la perspective d’un avenir professionnel stable [
], les nouvelles gĂ©nĂ©rations [
] ne sont pas assurĂ©es de vivre avec un emploi Ă  temps plein tout au long de leur vie : la probabilitĂ© est donc forte que leur parcours professionnel s’émaille de pĂ©riodes de chĂŽmage. »

1

Crédit et acquisition immobiliÚre

Notes

79.

Allocution du 14 janvier 2007.

+ -

80.

« Loger les classes moyennes », op. cit.

+ -

La question du support du crĂ©dit pour l’acquisition immobiliĂšre et l’intĂ©rĂȘt de le promouvoir pour le bĂ©nĂ©fice des classes moyennes ne font en rĂ©alitĂ© pas vraiment dĂ©bat. Elle est placĂ©e ainsi rĂ©guliĂšrement au cƓur des programmes politiques. Lors de la derniĂšre campagne prĂ©sidentielle, le futur PrĂ©sident de la RĂ©publique dĂ©clarait79 : « Il faut permettre aux classes moyennes [
] d’accĂ©der Ă  la propriĂ©tĂ©. » Suivra une mesure phare du dĂ©but du quinquennat, reposant sur la dĂ©ductibilitĂ© fiscale des intĂ©rĂȘts liĂ©s au crĂ©dit immobilier. Cette mesure sera revue en 2010 avec la crĂ©ation du PTZ+. Le dossier de presse qui l’accompagne souligne explicitement que ce nouveau dispositif « aidera [
] les familles des classes moyennes, (par exemple les familles dont les revenus sont compris entre 2 et 4 SMIC qui sont insuffisamment aidĂ©s par les dispositifs actuels) », ou encore qu’ « un accent est mis sur [
] au bĂ©nĂ©fice particulier [
] des classes moyennes ».

Depuis plusieurs dĂ©cennies, les initiatives des pouvoirs publics se succĂšdent afin de promouvoir l’accĂšs Ă  la propriĂ©tĂ© au moyen de diffĂ©rentes mesures intervenant en trois Ă©tapes :

– La premiĂšre concerne l’incitation Ă  la prĂ©paration avec la constitution d’une Ă©pargne : c’est l’objectif du Plan Épargne Logement avec une prime versĂ©e par l’État qui s’ajoute aux intĂ©rĂȘts acquis ;

– Vient ensuite l’achat immobilier encouragĂ© par diffĂ©rentes aides liĂ©es au financement comme cela a Ă©tĂ© vu dans la premiĂšre partie de cette note ;

– Enfin, derniĂšre Ă©tape, le maintien de la solvabilitĂ© financiĂšre de certains foyers « accĂ©dants » en leur apportant une sĂ©curitĂ© face aux accidents de la vie ; c’est le rĂŽle des Aides Personnelles au Logement, dites APL Accession.

Comme le rappellent Jacques Mistral et ValĂ©rie Plagnol, « depuis la loi de 1977 ont Ă©tĂ© accumulĂ©es sans interruption des strates de prĂȘts et de subventions. La loi de 1977 avait instituĂ© un systĂšme de prĂȘts aidĂ©s appelĂ©s PAP (prĂȘts d’accession Ă  la propriĂ©tĂ©) et PC (prĂȘts conventionnĂ©s). En 1995, le PAP a Ă©tĂ© remplacĂ© par le PTZ (prĂȘt Ă  taux zĂ©ro) ; ce dernier a Ă©tĂ© constamment Ă©largi et amĂ©nagĂ© depuis. Plus rĂ©cemment a Ă©tĂ© instituĂ© le PASS foncier
80 ». À cela s’ajoutent, mĂȘme s’ils ne concernent pas directement les primoaccĂ©dants mais ceux qui investissent (avec recours trĂšs souvent au financement), de nombreux dispositifs fiscaux en faveur de l’investissement locatif.

2

L’utilitĂ© Ă©conomique du crĂ©dit Ă  la consommation

Notes

81.

Asterés.

+ -

82.

Sofinco, « PROFIL 2011 », op. cit.

+ -

83.

Panorama du Crédit Conso de Sofinco : étude consacrée au financement automobile, 2010.

+ -

84.

Aristote, Politique, I, IV.

+ -

85.

Paul Reboud, PrĂ©cis d’économie politique, tome 2, Dalloz, Paris, 1939

+ -

86.

Par exemple, dans Paul Reboud, PrĂ©cis d’économie politique, tome 1, Paris, Dalloz, 1939.

+ -

87.

Louis Baudin, Le CrĂ©dit, Éditions Montaigne, Paris, 1934.

+ -

88.

Panorama du Crédit Conso de Sofinco : étude consacrée au crédit à la consommation en Europe, juin 2011.

+ -

En rĂ©alitĂ©, le dĂ©bat porte davantage sur l’utilitĂ© Ă©conomique du crĂ©dit Ă  la consommation. Ceci est d’autant plus important dans un pays oĂč la consommation des mĂ©nages est un Ă©lĂ©ment central. L’évolution de la consommation des mĂ©nages français a gĂ©nĂ©rĂ© en moyenne 85% de la croissance Ă©conomique au cours des dix derniĂšres annĂ©es81.

Le rĂŽle Ă©conomique et social du crĂ©dit Ă  la consommation est souvent ignorĂ©, alors que personne ne conteste par ailleurs l’importance du crĂ©dit pour les entreprises ou celle du crĂ©dit immobilier. Facteur incontournable de l’équipement des particuliers, le crĂ©dit Ă  la consommation contribue pourtant de façon directe Ă  la croissance Ă©conomique. En France, les dĂ©penses rĂ©alisĂ©es grĂące au crĂ©dit Ă  la consommation reprĂ©sentent chaque annĂ©e un peu plus de 7% du PIB. Soit davantage que le secteur du bĂątiment et des travaux publics (BTP). Comme cela vient d’ĂȘtre vu dans les prĂ©cĂ©dentes parties, le crĂ©dit est primordial pour de nombreux secteurs : que deviendrait sans lui l’industrie automobile, quand trois vĂ©hicules neufs sur quatre, acquis par les particuliers, le sont grĂące Ă  un financement ?

En permettant d’étaler dans le temps la charge d’acquisition, le crĂ©dit permet par ailleurs aux mĂ©nages d’acquĂ©rir des biens de valeur supĂ©rieure et donc d’augmenter le chiffre d’affaires du commerce. Deux exemples en attestent. Chez les spĂ©cialistes de l’ameublement82, le panier d’achat moyen, tous modes de paiement confondus, est de 1.900 euros ; il augmente de 32% lorsque l’achat est rĂ©alisĂ© Ă  crĂ©dit. Ce qui est vrai de l’équipement de la maison, l’est Ă©galement pour la distribution automobile : le prix des vĂ©hicules acquis avec un financement83 est supĂ©rieur de 20% Ă  celui des vĂ©hicules acquis sans financement.

Certes, le crĂ©dit, et en particulier le crĂ©dit Ă  la consommation, a pĂąti historiquement de diverses condamnations. La premiĂšre est liĂ©e Ă  la prohibition du prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt, affirmĂ©e dĂšs Aristote84 et proclamĂ©e par de nombreuses religions. La monnaie apparaĂźt comme un simple intermĂ©diaire dans les Ă©changes, et ne pouvant d’aucune façon ĂȘtre un moyen de se procurer un gain : nummus non gignit nummum. Jusqu’au XVIĂšme siĂšcle, aucune distinction n’est par ailleurs faite entre le prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt et l’usure, qui exprime un abus. « C’est seulement Ă  la fin du XVIIIĂšme siĂšcle que les Ă©conomistes, avec Turgot et Bentham, se dĂ©clarĂšrent rĂ©solument en faveur du prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt et que le lĂ©gislateur français l’autorisa. La loi du 11 avril 1793 proclama la libertĂ© absolue du prĂȘt d’argent85. » Une autre condamnation, plus rĂ©cente, que l’on trouve par exemple dans des manuels d’économie de la premiĂšre partie du XXĂšme siĂšcle86, distinguait d’une part le crĂ©dit Ă  la production, vertueux car il sert Ă  « produire une richesse nouvelle » et d’autre part le crĂ©dit Ă  la consommation, « dangereux [
] puisqu’il n’a pas pour but la crĂ©ation d’un bien qui servirait Ă  le rembourser. » Dans le livre intitulĂ© Le CrĂ©dit publiĂ© en 1934, livre qui expose les avantages du crĂ©dit dans son ensemble, on peut lire que « le crĂ©dit Ă  la consommation, Ă©tant improductif, n’engendre pas [
] les revenus qui permettent au dĂ©biteur de se libĂ©rer plus tard87. »

L’usage du crĂ©dit Ă  la consommation pourrait ĂȘtre plus dĂ©veloppĂ© qu’il ne l’est aujourd’hui. En effet, si on excepte la dette publique, les Français sont parmi les moins endettĂ©s des pays occidentaux, tout particuliĂšrement en matiĂšre de crĂ©dit Ă  la consommation. En 2010, les encours de crĂ©dits Ă  la consommation reprĂ©sentaient 13,2%88 de la consommation totale des mĂ©nages en France, contre 15,4% en moyenne dans les 27 pays de l’Union europĂ©enne (ce ratio est de 15,8% en Allemagne et de 22,4% au Royaume-Uni). La rĂ©alitĂ© de ce moindre recours des Français au crĂ©dit Ă  la consommation mĂ©rite d’ĂȘtre soulignĂ©e. À l’instar d’un rapport du SĂ©nat de 2006 qui souligne ainsi que « le sous-endettement relatif des mĂ©nages français entraĂźnait un “coĂ»t” macroĂ©conomique et microĂ©conomique sur lequel il faut insister tant, en ce domaine, reste dominante l’idĂ©e selon laquelle l’endettement serait, en soi, pernicieux ».

Le crĂ©dit peut enfin ĂȘtre un moyen complĂ©mentaire ou de substitution Ă  certaines aides directes des pouvoirs publics, comme ce fut d’ailleurs Ă  deux reprises (1996, 2004) le cas avec des mesures reposant sur la dĂ©ductibilitĂ© des impĂŽts d’une partie des agios.

Fort de ce double constat, d’une part que le crĂ©dit Ă  la consommation est un puissant levier pour la croissance, mais que d’autre part le recours des Français y est infĂ©rieur Ă  la moyenne europĂ©enne, il convient donc de s’interroger sur l’utilitĂ© d’encourager l’usage du crĂ©dit, tout en respectant bien naturellement des rĂšgles d’acceptation rigoureuses. Un calcul assez simple permet de l’évaluer. Une mise Ă  niveau de la France par rapport Ă  l’Allemagne reprĂ©senterait des encours supplĂ©mentaires de crĂ©dits Ă  la consommation de plus de 20%, soit plus de 30 milliards d’euros, c’est-Ă -dire le niveau du plan de relance de l’État engagĂ© en 2009 ou le grand emprunt lancĂ© en 2010.

Notes

89.

Par exemple, d’aprĂšs l’étude rĂ©alisĂ©e en juillet 2011 par le Panorama du CrĂ©dit Conso de Sofinco, les encours de crĂ©dits Ă  la consommation ont ainsi Ă©voluĂ© en un an (2010) de +59% en Chine, de +30% au BrĂ©sil, de +17% en Russie, etc.

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Parce qu’il concerne une trĂšs grande majoritĂ© des mĂ©nages Ă  un ou plusieurs moments de leur existence, le crĂ©dit aux particuliers est un miroir de la sociĂ©tĂ© et de ses Ă©volutions :

– Miroir de la situation financiĂšre d’un foyer, et, au-delĂ , de la situation de l’emploi : l’octroi d’un financement repose sur un examen prĂ©alable de la solvabilitĂ© des individus qui en font la demande. Par la suite, leur capacitĂ© Ă  rembourser tĂ©moigne de leur aisance financiĂšre ;

– Reflet fidĂšle des dĂ©penses des mĂ©nages et de leurs choix de consommation : les diffĂ©rentes formes de crĂ©dit souscrites correspondent Ă  la structure de dĂ©penses des particuliers : immobilier, automobile, biens d’équipement de la maison, mais aussi loisirs, Ă©tudes des enfants, etc. Le crĂ©dit suit Ă©galement les formes de distribution, comme l’illustre l’évolution du e-commerce ;

– Marqueur des Ă©volutions sociĂ©tales et dĂ©mographiques de la sociĂ©tĂ© française : s’il ne fallait retenir qu’un seul exemple, les modifications observĂ©es en matiĂšre de consommation et de patrimoine entre les jeunes gĂ©nĂ©rations et celle des « seniors » sont rĂ©vĂ©lĂ©es par les donnĂ©es du crĂ©dit. C’est pourquoi le choix du crĂ©dit comme outil d’analyse des classes moyennes et de leur Ă©volution est pleinement appropriĂ©.

Comme cela vient d’ĂȘtre dĂ©veloppĂ© dans cette note, le crĂ©dit s’adresse principalement aux classes moyennes, qui en retour se dĂ©finissent par un mode de vie, un Ă©quipement et des usages que leur permettent le recours au crĂ©dit. Ce lien entre crĂ©dit et classes moyennes semble vĂ©rifiĂ© Ă  la fois dans le temps et Ă  l’échelle du monde. La forte progression du crĂ©dit aux particuliers89 que connaissent actuellement les Ă©conomies Ă©mergentes rappelle ainsi celle observĂ©e dans les Ă©conomies traditionnelles au cours des Trente Glorieuses. Les Ă©volutions et le niveau d’utilisation du crĂ©dit enregistrĂ©s dans chaque pays tĂ©moignent Ă  leur façon de l’état des classes moyennes sur chacun de ces marchĂ©s.

Enfin, au delĂ  de son utilitĂ© Ă©conomique et sociale, au service principalement des classes moyennes, le crĂ©dit aux particuliers reste un outil moderne. Il peut constituer un levier politique face aux enjeux de demain, s’agissant notamment du soutien au logement et Ă  la consommation, de l’accompagnement du dĂ©sengagement partiel des pouvoirs publics de certaines dĂ©penses, mais aussi de la volontĂ© de modifier, dans le cadre des politiques environnementales, les modes d’habitat et de consommation.

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