Faire le choix d’une compétitivité « verte »

Les Européens se cherchent un plan de relance économique par une politique d’investissement. Si le choix s’oriente en priorité sur les secteurs les plus porteurs pour la croissance et l’emploi à court terme, il est impératif de prêter attention à l’enjeu de compétitivité de long terme que constitue une stratégie environnementale.
Les Européens ont deux rendez-vous qui les amèneront à arbitrer. D’une part, la conférence internationale de Poznan (1-12 décembre) pendant laquelle la possibilité d’un nouvel accord à la suite de l’accord de Kyoto est étudiée. Le changement climatique évalué aura en effet des conséquences économiques et migratoires très lourdes pour tous et doit faire l’objet d’un effort collectif.
D’autre part, lors du Conseil européen (11-12 décembre), la France tentera de conclure sa présidence de l’Union européenne par un accord sur la politique climatique communautaire. Or les Européens ne peuvent accroître leurs efforts en interne qu’en s’assurant que les options prises ne pénalisent pas leurs entreprises et visent à terme à les doter d’un avantage comparatif. Alors qu’ils sont parvenus à démontrer un certain leadership environnemental par la multiplication des incitations législatives, des investissements croissants dans les éco-technologies et des engagements fermes de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2012, il leur reste à affirmer cette avance.
Le défi est double. Convaincre les grands pays pollueurs de s’engager sur un accord contraignant de réduction des GES, car une stratégie européenne de cavalier seul expose les entreprises au dumping environnemental des Etats tiers. Par ailleurs, veiller à ce que l’adaptation à une réduction de la consommation énergétique, et un report vers les énergies dites propres, soit progressive. Car on ne développera le gisement d’emplois d’un marché orienté vers des critères environnementaux qu’en assurant la compétitivité pour le plus grand nombre possible d’entreprises.
Dans le rapport de la Fondation pour l’innovation politique, Environnement et compétitivité : une stratégie globale pour l’Europe, l’expert américain Paul Harris estime que les Etats-Unis seraient prêts à un nouvel effort « pour ne pas simplement suivre l’Union européenne et ses réponses au changement climatique, mais pour s’afficher en leader ». Les sociétés civiles des grands pollueurs, comme la Chine, l’Inde ou la nouvelle Amérique d’Obama, exercent une pression croissante sur leur gouvernement respectif pour qu’il renforce leur politique environnementale. Mais cela risque de ne pas suffire pour faire évoluer les négociations internationales, et offrir aux Européens des garanties sur l’engagement des autres.
Une voie pragmatique consisterait donc à engager en Europe une vaste politique d’investissement, qui aide les entreprises à accéder aux éco-technologies et à intégrer les  critères environnementaux dans les échanges commerciaux. Cependant, plutôt que de se laisser tenter par une forme de protectionnisme environnemental qui provoquerait des réflexes similaires chez nos voisins, il faut étendre les capacités d’exportation des produits « verts » européens, en favorisant l’élévation progressive des exigences environnementale sur les marchés extérieurs.
Cela passe par un traitement différencié des partenaires commerciaux. Mais un accord international d’ici fin 2009 n’en restera pas moins un facteur décisif de cette stratégie.

Commentaires (0)
Commenter

Aucun commentaire.