« Est-ce que vous pensez que c’était le bon moment ? En pleine crise sanitaire, économique, sociale ? Avec le terrorisme qui, aujourd’hui, est à son degré maximal d’alerte ? Est-ce que vous pensez que les Français n’ont pas déjà le sentiment que l’obsession des femmes, des hommes politiques est leur propre élection ? Est-ce qu’on est obligé de leur donner raison ? »

Ce lundi 9 janvier, Olivier Faure est furieux. La veille, Jean-Luc Mélechon a déclaré sa candidature à l’élection présidentielle, au risque d’apparaître bien loin des préoccupations des Français. A-t-il pour autant lancé la course à l’élection présidentielle ? « Tout le monde a vu que c’était un peu déphasé, on parle Covid, terrorisme. On voit bien qu’il fait ça pour prendre de court ses camarades, c’est du grand Jean-Luc Mélenchon », analyse pour La Dépêche une ministre. Mais elle assure : « ça ne lance rien du tout, c’est seulement un sujet pour Clémentine Autain et Adrien Quatennens, ça n’est pas la priorité des Français qui veulent avant toute chose que l’on passe ce fichu pic épidémique ».

Pour autant, les autres partis politiques se sont-ils mis en marche ? À un an et demi de l’échéance, les instances sont-elles à pied d’œuvre ? Bien sûr, tous affirment qu’ils travaillent sur les programmes, que ces derniers passent avant le choix d’un candidat. Mais c’est sans compter la crise du Covid. Fin octobre, les Républicains ont décidé de reporter sine die leur « congrès des idées », destiné à poser les bases du programme des LR pour la présidentielle, en raison de la crise sanitaire. « On ne pouvait pas le tenir avec autant de personnes vu les conditions sanitaires », explique un proche de Christian Jacob qui ajoute : « On attend d’y voir plus clair » pour fixer une nouvelle date. Idem à gauche. Pour les mêmes raisons, le Parti socialiste a aussi décidé de reporter son congrès des 12 et 13 décembre. Coté candidats, ils ont tous mis leur campagne entre parenthèses. Xavier Bertrand, qui était sorti du bois en septembre a décidé de ne plus polémiquer et de jeter toutes ses forces dans la gestion de la crise sanitaire. Idem pour Valérie Pécresse. Seul Pierre de Villiers, candidat à droite de LR, continue à tracer son chemin.

À gauche, l’absence de leader est encore plus problématique et le confinement a mis sous cloche toute velléité, des uns ou des autres, de percer. Seul François Hollande a assuré, vendredi 6 novembre, lors d’une interview accordée au magazine Elle : « L’engagement qui est le mien depuis mon premier mandat électoral garde tout son sens. Je n’ai pas perdu cette flamme. Et si elle ne s’est pas éteinte, d’autres peuvent la partager avec moi sans risquer de se brûler ».

Arnaud Montebourg a, lui aussi, suggéré à mots couverts qu’il pourrait revenir en politique en vue de la présidentielle de 2022, pour « réparer l’affront fait au plus grand nombre ». Les seuls candidats évidents aujourd’hui sont Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Un tableau qui semble correspondre aux aspirations des Français. Selon le dernier indicateur établi par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), près de huit électeurs inscrits sur dix (79 %, + 2 points en un an) affirment envisager l’abstention, le vote blanc ou le vote antisystème – Le Pen, Mélenchon, Dupont-Aignan ou un candidat de la gauche révolutionnaire en 2022. Déjà très forte lors du premier tour de la présidentielle de 2017 (60,9 % des inscrits), cette « protestation électorale » traduit une « déconsolidation démocratique », analyse Dominique Reynié, directeur général de Fondapol.

Déjà une multitude de candidatures

Dix-sept mois avant l’élection présidentielle, les candidatures, déclarées ou potentielles, se bousculent comme rarement. Dans notre baromètre Odoxa-La Dépêche-France Inter du mois d’octobre, sur les 23 personnalités testées sur le critère du soutien ou de la sympathie, on en compte rien moins que huit qui ont fait état d’ambitions présidentielles, officielles ou officieuses. La députée Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, tentera une 3e candidature. Idem pour le député La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, qui s’appuie sur une étonnante pétition en ligne ayant réuni 150 000 personnes. Xavier Bertrand, le président ex-LR de la Région Hauts-de-France, est la 3e personnalité la plus claire quant à ses ambitions élyséennes.Du côté des Verts, l’eurodéputé Yannick Jadot et le maire de Grenoble Eric Piolle vont se disputer une investiture. La présidente ex-LR de la région Île-de-France Valérie Pécresse et la maire PS de Paris Anne Hidalgo sont dans les starting-blocks. Enfin l’ancienne ministre Ségolène Royal, candidate en 2007, pointe à la 16e place de notre palmarès.

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