Tribune de Laurence Daziano parue le 5 avril 2016 dans L’Opinion.

L’économie mondiale connaît des soubresauts qui laissent entrevoir une prochaine crise majeure. Le ralentissement de la croissance chinoise, la remontée des taux directeurs de la FED, la crise politique au Brésil, les « tensions » entre la Russie et ses voisins, les « réveils » géopolitiques au Moyen-Orient, la plongée des prix du pétrole sont autant de facteurs qui entretiennent une tension maximale sur les marchés financiers et incitent les banques centrales à poursuivre leurs politiques de quantitative easing.

Les liquidités déversées par les banques centrales forment des bulles spéculatives qui accentuent les effets de « stop and go » sur les marchés financiers, lesquels sont de moins en moins connectés aux fondamentaux de l’économie réelle. Que l’on parle de la Chine, des États-Unis ou de la zone euro, la question des dettes et des déficits alimente une nouvelle guerre des monnaies. Or, l’histoire nous enseigne que les guerres monétaires sont autant de facteurs qui accentuent les risques politiques.

Pourtant, face à ces risques multiples, les grandes économies conduisent des politiques de « cavalier seul ». Ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King consacre un ouvrage sur l’état de l’économie mondiale et les risques d’une prochaine crise (The end of Alchemy, 2016). Il tente de remettre à plat les problèmes économiques mondiaux en utilisant une métaphore, si propre aux jeux de mots britanniques, pour décrire les politiques non conventionnelles des banques centrales : « elles sont comme un cycliste qui doit pédaler de plus en plus vite, juste pour maintenir une même vitesse face à une côte toujours plus raide ».

Afin de retrouver un sentier de croissance plus élevé pour l’économie mondiale, il conviendrait de résorber les grands déséquilibres, au premier rang desquels celui entre les pays très largement excédentaires (Chine, Allemagne) et les pays déficitaires (États-Unis, Royaume-Uni, France), mais également en instaurant des mécanismes de coopération monétaires pour laisser flotter les monnaies au gré des fondamentaux économiques de chaque grande zone monétaire (États-Unis, zone euro, Chine). Le même constat d’un manque de coopération internationale peut être dressé sur le climat, malgré le succès relatif de la COP21, ou sur le commerce international, en net ralentissement, mais qui n’a pas réussi à emporter un accord sur le cycle de Doha à l’OMC.

Incontestablement, les organisations internationales actuelles, dont le FMI et l’OMC, n’ont pas réussi à dresser une analyse partagée des déséquilibres mondiaux et, encore moins, à inciter les grandes économies à conduire des actions communes.

Il faut donc avoir l’audace des risques. A ce titre, je propose de créer un président du G20, nommé pour cinq ans, sur le modèle du président du Conseil européen. Ce président aurait pour mission de diriger les débats des chefs d’État et de gouvernement du G20 en s’appuyant sur la présidence annuelle d’un Etat membre. Il disposerait d’une équipe légère de quelques diplomates et économistes en provenance des différents États membres du G20.

Le président du G20 aurait également la mission, entre les sommets du G20, de présider un conseil exécutif réunissant les directeurs généraux du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC, le président du Conseil de stabilité financière (lequel réunit les gouverneurs des banques centrales du G20) et la secrétaire générale de la Conférence des Nations Unies sur le climat. Le président du G20 assurerait donc la coordination des grandes institutions internationales dans trois domaines clés : la monnaie, le commerce international et le climat. Il aurait pour objectif de dresser un constat partagé sur les grands déséquilibres mondiaux et de proposer des actions concrètes de coopération pour les résorber.

Depuis la création du G20 en 2008, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, rien de très concret n’a été fait. Il est désormais temps de réagir en prônant des solutions audacieuses, d’inclure pleinement les grands émergents dans la gouvernance mondiale et de favoriser l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération politique plus à même de comprendre, et donc de résoudre, l’accumulation des risques mondiaux sur nos économies et notre avenir.

Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po à Paris, est membre du Conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique. Elle est l’auteur de l’ouvrage : « Les pays émergents, approche géo-économique » (Armand Colin, 2014). Un débat autour de cet ouvrage a été organisé par la Fondation pour l’innovation politique le 3 décembre 2014, à retrouver sur le site de la Fondation. Elle est aussi l’auteur pour la Fondation pour l’innovation politique des notes La nouvelle vague des émergents et L’urbanisation du monde. Une chance pour la France.