L’obligation des « gestes barrières » reconfigure les seuils et les frontières délimitant notre espace personnel de toute intrusion de l’autre, devenu potentiellement dangereux et contaminateur. Quels changements cette nouvelle grammaire relationnelle entraînera-t-elle, en tout cas pour un temps, pour l’économie intime et affective de nos vies ? La « distanciation sociale » instaurée et acceptée dès lors qu’elle engage une présence dans l’espace public peut aussi se transformer en « distanciation intime » et éloigner même les plus proches. Verra-t-on plus de partage, de générosité, de conscience de l’altérité ou plus de repli, de fermeture et d’égoïsme ? Qu’en sera-t-il des rencontres fortuites ? De l’imprévu qui anime nos vies ? Du plaisir de s’assembler et de se rassembler ? Cette note attire l’attention sur quelques bouleversements dans nos habitudes de vie dont la portée, positive ou négative, inventive ou régressive, pourrait reconfigurer à terme notre intimité, c’est-à-dire les conditions de nos relations aux autres, donc à nous-mêmes.

Cette note a été écrite par Anne Muxel, directrice de recherches au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CNRS/Sciences Po).