Présidentielle 2022 : « La primaire accroît les chances de désigner le meilleur candidat »

Laurence Morel, Loris Boichot | 06 août 2021

ENTRETIEN - L’organisation d’une primaire à droite est « incontournable », selon Laurence Morel, chercheuse associée au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Maître de conférence à l’université de Lille et chercheuse associée au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), Laurence Morel vient de publier avec le politologue Pascal Perrineau une note sur les primaires éditée par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol).

LE FIGARO. – La droite a-t-elle intérêt à organiser une primaire pour désigner son candidat ?

Laurence MOREL.  – Oui, car la droite ne peut pas espérer figurer au second tour si elle se présente divisée. Or, la primaire est le plus sûr moyen d’obtenir un représentant unique à la présidentielle. À condition qu’aucun candidat ne s’exclue de ce processus.

Le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, refuse de s’y soumettre et rêve de s’imposer comme un «candidat naturel». Sa stratégie peut-elle l’emporter ?

L’hypothèse d’un «candidat naturel» est très improbable, pour deux raisons. D’abord, ce type d’«animal politique» se fait de plus en plus rare : c’est ce que montre le débat persistant sur l’organisation d’une primaire et ce à quoi ont contribué les précédentes expériences, en accroissant le nombre de prétendants. Aucun représentant de la droite n’a pu revendiquer ce titre à l’issue des élections régionales de juin, car les trois candidats en vue –  Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand  – ont chacun réalisé de très hauts scores dans leur région.

Ensuite, un «candidat naturel» aurait plus de chances de s’imposer s’il était un dirigeant des Républicains (LR), le parti hégémonique à droite. Mais les deux principales personnalités déjà déclarées, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, n’appartiennent plus à cette formation. Une primaire, ouverte à l’ensemble des sympathisants de droite et pas seulement aux adhérents de LR, paraît donc incontournable.

Est-elle une «machine à perdre», comme la surnomment certains élus LR depuis l’échec de Fillon en 2017 ?

Il est erroné d’affirmer que la dernière primaire de la droite a mal fonctionné. Souvenons-nous que plus de quatre millions de Français y ont participé, et qu’y ont concouru un ancien président de la République, avec deux anciens premiers ministres. La droite a plutôt été victime d’un accident de parcours imprévisible. Ce sont les circonstances exceptionnelles de l’«affaire Fillon» qui ont contribué à sa défaite, pas la primaire.

Les travaux universitaires montrent que la primaire accroît plutôt les chances de désigner le meilleur candidat pour remporter l’élection. Cela dit, il est absurde de penser qu’elle puisse garantir la victoire. La classe politique devrait rompre avec cette habitude de ne soutenir un procédé démocratique que quand il permet de gagner !

Cette procédure ne menace-t-elle pas l’unité des partis ?

L’expérience française, que ce soit au Parti socialiste ou chez les Républicains, semble en effet étayer la thèse d’un «effet diviseur» des primaires sur les partis. Mais je pense que c’est un défaut de jeunesse de cette procédure. Aux États-Unis, où la primaire est ancrée dans l’histoire politique, le temps des divisions cède rituellement la place à celui de la réconciliation une fois le candidat choisi. Les primaires dites «de coalition», qui rassemblent plusieurs partis dans l’effort pour dégager un candidat unique, ont par ailleurs une vocation unificatrice. À gauche, la «primaire populaire» récemment initiée par des citoyens est aussi un exemple de tentative de fédérer un camp, face aux divisions entre les Insoumis, les communistes, les socialistes et les écologistes.

Doit-on craindre une multiplication des candidatures à droite ?

Une primaire avec trop de candidats – plus de huit – serait ingérable. D’autant que cela affecterait le pluralisme, car plus il y a de candidats, plus les électeurs votent pour les personnalités les plus connues. Des exigences de représentativité pour pouvoir se présenter sont donc nécessaires, comme le seuil de 250 parrainages d’élus fixé par LR. La primaire peut permettre un renouvellement des élites, mais elle ne doit pas tourner à la confusion.

Pour limiter les divisions, certains imaginent un vote par classement ou par notation. Serait-ce une bonne idée ?

Le vote par classement peut faire apparaître des incohérences et est moins précis que le vote par notation – où chaque candidat se voit attribuer une appréciation, de «peu favorable» à «très favorable» par exemple. Celui-ci présente plusieurs avantages. Il permettrait d’abord aux électeurs de mieux exprimer leurs préférences que le vote «classique», car il réduirait  la tentation du «vote utile», qui consiste à choisir le candidat le mieux placé. Il favoriserait aussi les candidats de rassemblement. On peut imaginer ensuite un second tour habituel, où s’affronteraient les deux candidats préférés des électeurs. En somme, les électeurs diraient au premier tour leurs préférences, puis ils choisiraient au second celui qui a le plus de chances de gagner l’élection. Cette formule innovante serait susceptible de raviver l’intérêt des électeurs pour le vote.

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