Résumé

Introduction

I.

Un secteur d’activitĂ© nĂ© sous le signe de la politique et de l’idĂ©ologie

1.

Un retour Ă  la nature

2.

La lutte contre les pesticides et les OGM renouvelle le discours écologique

3.

Une scission syndicale qui se transforme en débat national

II.

Un marchĂ© dynamisĂ© par l’alliance de tous les acteurs

1.

Le marketing de la peur alimentaire crĂ©e le besoin d’assurance

2.

Des consommateurs enclins à acheter bio malgré une montée des doutes

3.

La grande distribution compte se refaire une santé avec la manne du bio

4.

Un État trĂšs engagĂ©

III.

La dynamique du marché va-t-elle durer ?

1.

L’alimentation bio est-elle meilleure pour la santĂ© ?

2.

Doit-on avoir peur des résidus de pesticides dans notre alimentation ?

3.

Les cultures bio sont-elles meilleures pour l’environnement ? 53

4.

Les aliments bio sont-ils meilleurs en qualité et au goût ? 58

IV.

Un nouveau contexte concurrentiel : la troisiĂšme voie

1.

Une promesse de résultat : zéro résidu de pesticides détecté

2.

Une promesse de moyens : zéro traitement avec des pesticides

3.

Les promesses de l’agro-Ă©cologie avec la certification « Haute valeur environnementale »

4.

Les nouvelles biotechnologies au service de la transition écologique

5.

L’attraction du local

V.

La montée en puissance des filiÚres industrielles du bio

VI.

La banalisation du label bio en marche ?

1.

Les consĂ©quences d’une banalisation du label AB

2.

Doit-on envisager un nouveau label AB français plus exigeant que le label européen actuel ?

3.

Les prix élevés sont-ils tenables sur le long terme ?

4.

Perspectives

5.

Le rîle futur de l’État

Conclusion

Artiste sur la couverture

Voir le sommaire complet Replier le sommaire

Résumé

L’agriculture dite « biologique » est nĂ©e au dĂ©but du siĂšcle dernier. Plus qu’un modĂšle de production, elle prĂŽnait le retour Ă  la nature. Pendant longtemps, elle n’a intĂ©ressĂ© qu’un nombre trĂšs restreint d’agriculteurs et de consommateurs. Il faut attendre 1980 pour que l’État inscrive officiellement l’agriculture biologique dans la loi d’orientation agricole. Puis la succession de crises sanitaires dans les annĂ©es 1990 (vache folle, scandale des lasagnes au cheval, oeufs contaminĂ©s
) opĂšre un changement profond au sein de l’opinion publique vis-Ă -vis de l’alimentation. Les consommateurs n’ont plus peur de manquer, mais s’inquiĂštent dorĂ©navant de ce qu’ils mangent. Les critiques d’une agriculture « productiviste » prennent de l’ampleur. Sont-elles pour autant justifiĂ©es ? En toute hypothĂšse, ces critiques ont sans doute su convertir un nombre croissant de consommateurs aux bienfaits avancĂ©s par les promoteurs de l’agriculture et de l’alimentation biologiques.

À prĂ©sent, le bio est devenu un vĂ©ritable marchĂ© de masse. Cette dynamique est en train de transformer en profondeur l’écosystĂšme de ce secteur d’activitĂ©. L’environnement concurrentiel des filiĂšres bio est en grande mutation, avec l’émergence de nouveaux acteurs. Le monde agricole ne reste pas sans rĂ©agir et s’engage dans la transition Ă©cologique en prenant de multiples initiatives. EncouragĂ©e Ă  s’industrialiser et Ă  s’internationaliser au risque de mettre en pĂ©ril ses fondamentaux, la filiĂšre bio est nĂ©anmoins contrainte de se remettre en question.

Gil Kressmann,

Économiste et consultant, membre de l’AcadĂ©mie d’agriculture de France.

Notes

1.

Voir Commission européenne, « De la ferme à la table. Notre alimentation, notre santé, notre planÚte, notre avenir », ec.europa.eu, s.d.

+ -

3.

Ibid., p. 9.

+ -

4.

O.W.N. News Network, « The global market for organic food surpassed 100 billion », Organic & Wellness News, 12 février 2020.

+ -

6.

Voir Commission européenne, « Organic farming in the EU. A fast growing sector », EU Agricultural Markets Briefs, n° 13, mars 2019, p.8.

+ -

7.

Voir StĂ©phane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, in « Agriculture bio : le gouvernement “mettra 1,1 milliard d’euros” », propos recueillis par Odile Plinchon et Émilie Torgemen, leparisien.fr, 24 juin 2018.

+ -

8.

Philippe Henry, in Agence Bio, « La consommation bio en hausse en 2019 », art. cit., p. 5.

+ -

9.

Agence Bio, « La consommation bio en hausse en 2019 », art. cit., p. 8.

+ -

10.

Commission europĂ©enne, « Organic farming
 », art. cit., p. 9.

+ -

11.

Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL)–IFOAM – Organics International, « La surface biologique mondiale ne cesse de croĂźtre – Plus de 72,3 millions d’hectares de surface agricole sont cultivĂ©s en bio », communiquĂ© aux mĂ©dias, 17 fĂ©vrier 2020.

+ -

L’évolution du modĂšle agricole conventionnel vers l’agriculture biologique et le rapide dĂ©veloppement de la consommation alimentaire de produits biologiques porteurs du label « Agriculture biologique » (AB) sont des sujets d’actualitĂ© qui font dĂ©bat. Le « bio » est-il le seul avenir de notre agriculture et de notre modĂšle alimentaire ? Faut-il passer Ă  25% des terres agricoles consacrĂ©es Ă  l’agriculture bio en 2030 comme le propose la Commission europĂ©enne 1 ? La dynamique du marchĂ© du bio est-elle durable ?

Au sein de la population française, les avis sur le bio ont tendance Ă  ĂȘtre trĂšs polarisĂ©s, si bien que l’on peut mĂȘme avancer l’idĂ©e qu’ils constituent un nouveau clivage. Or celui-ci repose souvent sur des idĂ©es fausses, voire fantasmĂ©es, qui ont pu se rĂ©pandre facilement du fait des connaissances agricoles gĂ©nĂ©ralement restreintes du grand public, les liens entre les consommateurs et les agriculteurs ayant pratiquement disparu. Ces idĂ©es sont Ă©galement entretenues par certains discours politiques, notamment ceux promouvant une idĂ©ologie de la dĂ©croissance, ainsi que par des individus ou organisations bĂ©nĂ©ficiant d’une pĂ©rennisation de la consommation du bio. Par ailleurs, les intĂ©rĂȘts financiers en jeu sont devenus considĂ©rables. En effet, c’est tout autant l’avenir du bio que l’avenir de l’agriculture conventionnelle et de la sĂ©curitĂ© alimentaire dont il est question.

AprĂšs une longue pĂ©riode de croissance lente, le marchĂ© français du bio alimentaire connaĂźt une expansion de 13 Ă  20% par an depuis 2015 2. En 2019, ce marchĂ© Ă©tait estimĂ© Ă  11,9 milliards d’euros, soit 6,1% de la consommation alimentaire, ce qui reprĂ©sente 178 euros par an et par habitant 3. À l’échelle mondiale, le marchĂ© du bio atteignait les 100 milliards de dollars 4. À titre de comparaison, le marchĂ© alimentaire mondial est estimĂ© Ă  6.000 milliards de dollars 5.

Les produits bio sont essentiellement consommĂ©s dans les pays occidentaux riches, notamment aux États-Unis (47% du marchĂ©) et en Europe (37%), avec l’Allemagne et la France en tĂȘte 6. Les produits bio, compte tenu de leurs prix de vente et de leur positionnement marketing, sont perçus comme des produits haut de gamme.

En France, si la production agricole bio a du mal Ă  suivre cette dynamique de la demande, quelque 37.000 exploitations agricoles s’étaient nĂ©anmoins converties au bio fin 2017 7 et les nouvelles conversions d’exploitations vers l’agriculture biologique battent des records : plus de 5.500 exploitations agricoles se sont converties au bio en 2019 8. Aujourd’hui, 8,5% des surfaces agricoles utiles sont engagĂ©es dans l’agriculture biologique 9, ce qui place la France en position moyenne dans l’Union europĂ©enne, loin derriĂšre l’Autriche (23%), l’Estonie (20%) et la SuĂšde (19%) 10. À l’échelle de la planĂšte, selon l’Agence Bio, le bio ne reprĂ©sente qu’un peu plus de 1,5% des terres cultivĂ©es 11.

Quelles sont les raisons de cet engouement pour le bio en Europe ? Sont-elles justifiĂ©es ? La crise sanitaire que nous vivons va-t-elle donner une nouvelle impulsion Ă  ce systĂšme alimentaire ? Quelles sont les menaces qui pourraient nĂ©anmoins contrarier la dynamique de ce marchĂ© et les stratĂ©gies des filiĂšres qui en dĂ©pendent ? Autant de questions auxquelles nous tenterons d’apporter quelques Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse dans cette Ă©tude.

I Partie

Un secteur d’activitĂ© nĂ© sous le signe de la politique et de l’idĂ©ologie

1

Un retour Ă  la nature

Notes

12.

Bernard Le Buanec (dir.), Le tout bio est-il possible ? 90 clĂ©s pour comprendre l’agriculture biologique, Éditions QuĂŠ, 2012, p. 11.

+ -

Pour comprendre l’écosystĂšme du bio, il est utile de se rappeler le contexte historique dans lequel il s’est créé et dĂ©veloppĂ©. Cette conception originale de l’agriculture et de l’alimentation plonge ses racines dans un terreau philosophique et idĂ©ologique qui remonte Ă  plusieurs dĂ©cennies. Ceci explique en partie la fracture bien rĂ©elle qui divise aujourd’hui les agriculteurs et les consommateurs pro-bio et anti-bio.

Le concept de l’agriculture biologique est nĂ© dans les annĂ©es 1930 sous l’influence du britannique Albert Howard, agronome et botaniste, et de l’Allemand Rudolf Steiner, un philosophe tournĂ© vers l’ésotĂ©risme dont les idĂ©es sont Ă  l’origine de la biodynamie. L’agriculture biologique est une mĂ©thode de production agricole qui, principalement, exclut le recours aux produits chimiques de synthĂšse mais s’autorise l’utilisation de produits chimiques dits « naturels ». À l’origine, c’est une vision du monde plutĂŽt rĂ©actionnaire avant de devenir un nouveau modĂšle agricole positionnĂ© progressiste, puis un vĂ©ritable marchĂ© de grande consommation.

Dans l’Hexagone, l’agriculture biologique Ă©merge au niveau de la production seulement dans les annĂ©es 1950, en particulier « sous l’impulsion de la sociĂ©tĂ© commerciale Lemaire-Boucher qui approvisionne les agriculteurs en semences et en lithothamne, une algue calcaire fossile destinĂ©e Ă  activer de prĂ©tendues transmutations biologiques dispensant de l’emploi d’engrais. Cette thĂ©orie a Ă©tĂ© ensuite abandonnĂ©e sous l’effet de publications de l’AcadĂ©mie d’agriculture de France 12 » et de chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). C’est aussi au dĂ©but des annĂ©es 1950 que naĂźt le premier point de vente de produits bio, premier pas vers la croissance de la filiĂšre. L’une des valeurs clĂ©s qui porte ces producteurs de l’agriculture biologique est celle de l’autonomie : ils ne veulent pas dĂ©pendre d’un fournisseur pour leur approvisionnement en engrais ou en semences, et entendent dĂ©velopper une agriculture qui les rapproche de la nature et des consommateurs. Plus profondĂ©ment, ce modĂšle agricole s’inscrit dans une vision de la sociĂ©tĂ© diffĂ©rente de la sociĂ©tĂ© de consommation qui domine la pĂ©riode de l’aprĂšs-guerre.

RestĂ©e pendant une vingtaine d’annĂ©es trĂšs marginale, l’agriculture biologique commencera Ă  Ă©merger dans les annĂ©es 1970, avec la montĂ©e de nouvelles valeurs dans la sociĂ©tĂ© sous l’impulsion d’un certain nombre d’intellectuels (Bernard Charbonneau, Jacques Ellul ou Yvan Illich, par exemple) qui inspireront quelques leaders du mouvement Ă©cologiste, tel JosĂ© BovĂ©, et leurs idĂ©es : remise en cause du progrĂšs technique, contestation de la sociĂ©tĂ© de consommation, mise en question de la croissance Ă©conomique ou encore dĂ©nonciation des dĂ©gĂąts du productivisme de l’agriculture « industrielle » sur l’environnement.

2

La lutte contre les pesticides et les OGM renouvelle le discours écologique

C’est Ă©galement Ă  la mĂȘme Ă©poque que l’on assiste Ă  la crĂ©ation d’une multitude d’associations antinuclĂ©aires et environnementalistes, d’oĂč Ă©mergera quelques annĂ©es plus tard le mouvement Ă©cologiste. Un certain nombre de ces associations sont d’origine Ă©trangĂšre, souvent anglo-saxonnes, comme le Fonds mondial pour la nature (World Wide Fund for Nature, WWF), Les Amis de la Terre ou Greenpeace. CĂŽtĂ© français, Nature et ProgrĂšs est créée dĂšs 1964. European Network for Ecological Reflection and Action (Ecoropa), nĂ©e Ă  Bordeaux en 1975, est la premiĂšre association Ă©cologique europĂ©enne. Elle regroupe des intellectuels et des personnalitĂ©s politiques d’horizons et de pays diffĂ©rents, comme Edward Goldsmith, fondateur de la revue The Ecologist, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau ou encore Jacques Delors. Ecoropa a jouĂ© un rĂŽle fondamental dans la mobilisation de l’opinion publique contre les organismes gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©s (OGM) en lançant un appel pour un moratoire sur les OGM en Europe en 1996. L’association France Nature Environnement (FNE) rassemble 204 associations ; elle a une vocation environnementaliste mais se mobilise particuliĂšrement pour lutter contre les OGM et les pesticides et mettre en avant les mĂ©rites de l’agro-Ă©cologie. Il faut aussi citer le Collectif des faucheurs volontaires, nĂ© lors du rassemblement du Larzac en 2003, Ă  l’initiative de Jean-Baptiste Libouban de la ConfĂ©dĂ©ration paysanne, puis transformĂ© en association. Son objectif est de lutter contre les OGM, accusĂ©s d’ĂȘtre le fer de lance de l’agro-industrie qui voudrait mettre les agriculteurs sous sa dĂ©pendance. La trĂšs mĂ©diatique association GĂ©nĂ©rations futures, créée en 1996 par François Veillerette, a Ă©voluĂ© pour ĂȘtre perçue comme un centre d’expertise ou de contre-expertise sur les pesticides. Le Mouvement des coquelicots a Ă©tĂ© lancĂ© en septembre 2018 dans ce mĂȘme but de double dĂ©nonciation de l’utilisation des pesticides et des OGM. Ces organisations non gouvernementales (ONG) ont saisi l’opportunitĂ© de rĂ©gĂ©nĂ©rer leur discours en prĂŽnant une agriculture exclusivement bio.

ParallĂšlement Ă  l’émergence de ces ONG environnementalistes s’est créé un mouvement politique puissant mettant l’écologie au coeur de ses prĂ©occupations et qui s’est appuyĂ© sur l’expertise et le militantisme de ces ONG pour dĂ©rouler son programme. On peut dater l’entrĂ©e de l’écologie en politique Ă  l’élection prĂ©sidentielle de 1974, marquĂ©e par la candidature de RenĂ© Dumont, un ingĂ©nieur agronome, professeur Ă  l’Institut national agronomique (INA).

3

Une scission syndicale qui se transforme en débat national

Le dĂ©veloppement du bio et l’émergence de ces associations militantes dans les annĂ©es 1970 s’accompagnent d’une scission au sein du syndicalisme agricole : la FĂ©dĂ©ration nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), Ă  vocation unitaire, ne rĂ©ussit pas Ă  empĂȘcher en 1970 la crĂ©ation du mouvement des Paysans travailleurs, positionnĂ©e Ă  gauche et qui entend dĂ©fendre les « petits paysans ». Sous l’impulsion de son leader Bernard Lambert, ce mouvement jouera un rĂŽle important dans la remise en question de l’agriculture industrielle. La ConfĂ©dĂ©ration paysanne, qui lui succĂ©dera en 1987, affirme lutter « pour une agriculture paysanne et la dĂ©fense de ses travailleurs 13 ». Son rĂŽle et son influence politique ont cependant pris une nouvelle dimension lorsque cette organisation de dĂ©fense syndicale a Ă©largi son positionnement avec la remise en cause de la mondialisation et la dĂ©fense de la paysannerie dans les pays du tiers monde. Elle a ainsi participĂ© Ă  la fondation du mouvement paysan international Via Campesina (« Voix paysanne ») et de l’Association pour la taxation des transactions financiĂšres et pour l’action citoyenne (Attac). La ConfĂ©dĂ©ration paysanne fait de la politique sous l’impulsion de JosĂ© BovĂ© mais elle conquiert vĂ©ritablement une notoriĂ©tĂ© nationale, voire internationale, en dĂ©nonçant la « malbouffe », les OGM, les pesticides ou encore les multinationales de l’agribusiness. C’est dans ce contexte qu’elle a jouĂ© un rĂŽle trĂšs important pour attirer l’attention de l’opinion publique sur l’agriculture biologique, prĂ©sentĂ©e comme « la » rĂ©ponse Ă  toutes ces critiques. Ce modĂšle a alors fracturĂ© le monde agricole entre les pro-bio, plutĂŽt de gauche, emmenĂ©s par la ConfĂ©dĂ©ration paysanne, et les anti-bio, plutĂŽt du centre ou de droite, emmenĂ©s par la FNSEA. À prĂ©sent, cette fracture politico-syndicale du monde agricole sur cette thĂ©matique du bio semble dĂ©passĂ©e, la FNSEA ayant fini par accueillir les agriculteurs bio en son sein.

Certains grands distributeurs ont compris assez vite qu’ils pourraient tirer profit du dĂ©veloppement du bio en l’associant au « sans-OGM », pour ainsi obtenir un bĂ©nĂ©fice au niveau de leur image, dans un premier temps, et pour leurs marges, dans un second temps. Le groupe Carrefour a Ă©tĂ© incontestablement le pionnier en ce domaine. Il est aujourd’hui le numĂ©ro un français de la distribution du bio.

Du cĂŽtĂ© des pouvoirs publics, il faut attendre 1980 pour que l’agriculture biologique – qui s’apparentait plutĂŽt jusqu’alors Ă  un courant de pensĂ©e, Ă  un style de vie ou Ă  une dĂ©marche syndicale, voire idĂ©ologique – devienne une dĂ©marche agricole reconnue officiellement par la lĂ©gislation française. Ainsi, la loi d’orientation agricole de 1980 reconnaĂźt une agriculture « n’utilisant pas de produits chimiques de synthĂšse 14 » et, en 1981, un dĂ©cret prĂ©cise les cahiers des charges correspondants 15. En 1991, un rĂšglement europĂ©en est venu se substituer Ă  la rĂ©glementation française en dĂ©finissant des cahiers des charges pour les productions vĂ©gĂ©tales d’abord, puis pour les productions animales 16. En 1985, la crĂ©ation du logo AB a marquĂ© l’acte de naissance officiel du marchĂ© du bio. L’agriculture biologique se diffĂ©rencie de l’agriculture conventionnelle essentiellement par l’absence d’utilisation d’intrants Ă  base de chimie de synthĂšse, l’absence d’OGM, la limitation du recours aux antibiotiques et l’impĂ©ratif du lien au sol.

II Partie

Un marchĂ© dynamisĂ© par l’alliance de tous les acteurs

Notes

17.

Michael Waintrop, « Alimentation, la grande défiance des consommateurs », lacroix.fr, 6 février 2020.

+ -

19.

Id., « La consommation bio en hausse en 2019 », art. cit., p. 9.

+ -

20.

Ibid.

+ -

21.

Nielsen FMCG and Retail, « L’herbe est-elle toujours plus verte sur le bio ? », nielsen.com, 4 septembre 2020.

+ -

22.

Ibid.

+ -

23.

Voir ClĂ©ment Fournier, « SantĂ©, Ă©cologie : les habitudes de consommation n’évoluent pas, arrĂȘtons de nous mentir », youmatter.world, 31 janvier 2020.

+ -

Le marchĂ© du bio est longtemps restĂ© trĂšs marginal, avec des acteurs de marchĂ© relativement discrets et des consommateurs souvent perçus comme des originaux, voire des marginaux. ReprĂ©sentant jusqu’à la fin des annĂ©es 1990 autour de 2 % du marchĂ© de l’alimentaire avec une croissance trĂšs lente, le bio n’avait pas de quoi intĂ©resser les investisseurs, Ă  savoir les agriculteurs, les coopĂ©ratives, les transformateurs et les distributeurs.

À la suite de la maladie de la vache folle, de la fraude sur les lasagnes de cheval, et du scandale des oeufs contaminĂ©s et autres crises alimentaires, les consommateurs ont pris peur (en 2020, selon une enquĂȘte de l’Obsoco, 68% des Français se disent inquiets des effets possibles de leur alimentation sur leur santĂ© 17) et les ventes de bio ont alors vraiment dĂ©collĂ© avec une croissance de 10% par an. Selon l’Agence Bio, en 2008, les ventes au dĂ©tail en bio s’élevaient Ă  2,6 milliards d’euros 18 et, onze ans plus tard, en 2019, le marchĂ© français du bio (alimentation) atteint 11,9 milliards d’euros 19. Cela reprĂ©sente prĂšs de 6,1% de la consommation alimentaire des mĂ©nages 20. À noter que, selon la sociĂ©tĂ© d’études Nielsen, les « gros acheteurs », des consommateurs plutĂŽt aisĂ©s, seniors, cadres et parisiens, consacrent 12% de leurs dĂ©penses alimentaires au bio 21. De plus, deux achats de produits bio sur trois restent concentrĂ©s sur 20% des Français 22. Environ 3% des Français dĂ©clarent se nourrir essentiellement de produits biologiques, ce qui relativise l’importance de ce marchĂ© créé il y a trente-cinq ans 23.

1

Le marketing de la peur alimentaire crĂ©e le besoin d’assurance

Notes

24.

Patrick Lesaffre, Un Ă©cologiste ne devrait pas dire cela. Entre croyances et vĂ©ritĂ©s scientifiques, Fauves Éditions, 2018.

+ -

25.

Voir Serge Michels, Le Marketing de la peur, Eyrolles, 2014.

+ -

26.

Gil Riviùre-Wekstein, Panique dans l’assiette, Le Publieur, 2017, p. 55.

+ -

Quel est le secret de la rĂ©ussite du bio auprĂšs de cette minoritĂ© de consommateurs ? La stratĂ©gie marketing adoptĂ©e par les acteurs du bio – producteurs, organisations professionnelles, industries agroalimentaires et distributeurs – est claire : faire dire par d’autres, en particulier par les ONG et les mĂ©dias, que l’agriculture conventionnelle constitue un grave danger non seulement pour la santĂ© de l’ĂȘtre humain mais aussi pour la planĂšte. Il faudrait, par voie de consĂ©quence, changer de modĂšle agricole et alimentaire. Ces ONG sont trĂšs Ă©coutĂ©es par l’opinion publique et les mĂ©dias car, comme le souligne l’agronome Patrick Lesaffre, « elles prĂ©tendent reprĂ©senter l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. La grande force de certaines ONG Ă©cologiques est de se faire passer pour le chevalier blanc qui se bat contre le lobbying alors que leur propre mĂ©tier est de faire du lobbying 24 ».

BĂ©nĂ©ficiant de l’appui de diffĂ©rents acteurs du bio et mobilisant tous les ressorts du marketing de la peur, ces ONG recourent Ă  la manipulation et Ă  la dĂ©sinformation pour faire passer leurs messages, critiques envers l’agriculture conventionnelle et positifs vis-Ă -vis de l’agriculture bio. Il faut savoir que les ONG qui dĂ©noncent et dĂ©nigrent les pesticides sont souvent activement soutenues, voire financĂ©es, par le dynamique lobby du bio 25. Les tĂąches sont ainsi parfaitement bien rĂ©parties entre les acteurs des diffĂ©rents maillons de la filiĂšre bio, depuis le financement des actions de communication jusqu’aux mĂ©dias en passant par les actions militantes sur le terrain qui crĂ©ent les Ă©vĂ©nements.

Comme l’explique le journaliste Gil RiviĂšre-Wekstein, leur stratĂ©gie de communication est toujours la mĂȘme : alerter l’opinion publique en publiant des enquĂȘtes ou des Ă©tudes dont l’objectif est de « dĂ©montrer une prĂ©sence gĂ©nĂ©ralisĂ©e des pesticides dans notre alimentation », et avertir les journalistes des dangers que reprĂ©senteraient ces pesticides pour la santĂ© des consommateurs (molĂ©cules cancĂ©rigĂšnes possibles, contamination gĂ©nĂ©ralisĂ©e, prĂ©occupation majeure des consommateurs). Mais les Ă©lĂ©ments transmis Ă  la presse ne permettent pas de justifier ces propos 26. Les dĂ©nĂ©gations des scientifiques et des agences d’évaluation sur les risques rĂ©els de la consommation d’aliments produits en agriculture conventionnelle – le risque mesure le niveau d’exposition au danger – semblent, quant Ă  elles, n’avoir aucune prise sur les journalistes et les politiques, sensibles Ă  l’opinion publique.

Part de citoyens européens préoccupés par « les résidus de pesticides dans les aliments* » (en %)

Source :

European Food Safety Authority (Efsa), « EurobaromĂštre 2019 : SĂ©curitĂ© des aliments dans l’UE ».

* Sur la base d’une liste de 15 sujets liĂ©s Ă  la sĂ©curitĂ© alimentaire

Notes

27.

Voir European Food Safety Authority (Efsa), « SĂ©curitĂ© alimentaire dans l’UE. France », avril 2019, p. 4 et « EurobaromĂštre 2019 : sĂ©curitĂ© des aliments dans l’UE », efsa.europa.eu.

+ -
+ -

30.

Voir Catherine Regnault-Roger, « Sécurité alimentaire et risque pesticide », in Catherine Regnault-Roger (dir.), Idées reçues et agriculture. Parole à la science, Presses des Mines, 2018, p. 92.

+ -

31.

Frédéric Denhez, « Attention aux malentendus autour du bio », propos recueillis par Anne Bréhier, La France agricole, n° 3800, 22 mai 2019, p. 13.

+ -

32.

Emmanuelle Ducros, « Faut pas prendre les clients du bio pour des canards sauvages », lopinion.fr, 26 mars 2019.

+ -

33.

Cité in Camille Harel, « La consommation de produits bio continue de se démocratiser » (en accÚs réservé), lsa-conso.fr, 21 février 2019.

+ -

34.

Agence Bio-Spirit Insight, « BaromÚtre de consommation et de perception des produits biologiques en France », dossier de presse, février 2019, p. 10.

+ -

Sachant que 57% des Français se disent prĂ©occupĂ©s par les rĂ©sidus de pesticides prĂ©sents dans les aliments 27, les contenus mĂ©diatiques portant sur cette thĂ©matique sont quasiment assurĂ©s d’avoir un bon Ă©cho au sein du public. L’étude annuelle de l’ONG GĂ©nĂ©rations futures sur les rĂ©sidus de pesticides dans l’alimentation apparaĂźt donc comme une vĂ©ritable aubaine pour les mĂ©dias 28. Cette Ă©tude est perçue d’autant plus crĂ©dible qu’elle apparaĂźt dĂ©sintĂ©ressĂ©e, alors qu’elle est constituĂ©e le plus souvent de simples interprĂ©tations de statistiques existantes ou créées pour l’occasion en vue de renouveler l’argumentaire contre les pesticides. François Veillerette, le directeur de GĂ©nĂ©rations futures, dit ainsi de l’étude de 2019 : « Nous souhaitons que ce rapport permette de prendre conscience de la nĂ©cessitĂ© de changer les pratiques agricoles en sortant de notre dĂ©pendance Ă  ces polluants dont certains prĂ©sentent un danger pour notre santĂ© et notre environnement 29. »

Il faut par ailleurs souligner que ce rapport n’analyse pas la prĂ©sence de rĂ©sidus de pesticides dans les fruits et lĂ©gumes bio, alors qu’elle existe aussi, mĂȘme si ces rĂ©sidus y sont moins prĂ©sents que dans ceux cultivĂ©s de maniĂšre conventionnelle 30.

Comme l’explique trĂšs bien l’ingĂ©nieur Ă©cologue FrĂ©dĂ©ric Denhez : « Dans ce contexte anxiogĂšne, le bio rassure. Il est devenu synonyme de “meilleur” et de fiable. Aux yeux de nos contemporains, le label AB incarne une puretĂ©. Il est vĂ©cu comme une promesse de vie saine, longue et plus propre 31. » Cependant, comme le rappelle la journaliste Emmanuelle Ducros : « L’alimentation bio apparaĂźt dĂ©sormais comme une rĂ©assurance. Mais Ă  grandes attentes, grandes responsabilitĂ©s : elle ne doit pas dĂ©cevoir, sous peine de sĂ©vĂšre retour de boomerang 32. »

2

Des consommateurs enclins à acheter bio malgré une montée des doutes

« Le bio n’est plus un effet de mode mais de sociĂ©tĂ© », se fĂ©licite Florent Guhl, ancien directeur de l’Agence Bio, commentant les chiffres records de la consommation de produits alimentaires bio 33. Mais pourquoi les consommateurs achĂštent-ils des produits bio avec autant d’enthousiasme alors que ceux-ci sont pourtant vendus Ă  des prix beaucoup plus Ă©levĂ©s que les produits issus de l’agriculture conventionnelle ? Quels bĂ©nĂ©fices les consommateurs y trouvent-ils ?

Selon un sondage effectuĂ© par l’Agence Bio, les raisons motivant la consommation de produits AB sont, dans l’ordre : « prĂ©server sa santĂ© » (opinion de 59 % des Français consommant bio au moins une fois par mois), « la qualitĂ©, le goĂ»t des produits » (51 %), « prĂ©server l’environnement » (45 %), « la plus grande disponibilitĂ© des produits bio dans les lieux d’achat habituels » (34 %) et « le bien-ĂȘtre des animaux » (34 %) (voir graphique 1). À noter que, par rapport Ă  fĂ©vrier 2019, moins de consommateurs de bio mentionnent le fait de vouloir prĂ©server sa santĂ© parmi les raisons de consommer bio (59 % contre 69 %, soit une diminution de 10 points) 34.

Graphique 1 : Les principales raisons de consommer des produits bio (janvier 2020)

Source :

Agence Bio-Spirit Insight, Édition 2020 du baromùtre de consommation et de perception des produits biologiques en France, janvier 2020, p. 81.

Note : Autres raisons citĂ©es : « prix proche d’un produit non bio », « produit que l’on ne trouve qu’en bio », « en faisant son jardin/son potager » et « travaille dans un magasin bio »

Selon le mĂȘme sondage, les principaux freins Ă  la consommation de bio sont les prix Ă©levĂ©s (81% des Français non-consommateurs de produits bio et 80% de ceux qui consomment bio de façon non quotidienne) et les doutes sur le fait que le produit est totalement bio, c’est-Ă -dire sans pesticides et sans OGM (63% des Français non-consommateurs de produits bio et 66% de ceux qui consomment bio de façon non quotidienne) (voir graphique 2).

Graphique 2 : Les principaux freins Ă  la consommation de produits bio (janvier 2020)

3

La grande distribution compte se refaire une santé avec la manne du bio

Notes

35.

Amélie Dereuder, « Un lancement européen sur cinq se fait sous label bio », processalimentaire.com, 30 septembre 2019.

+ -

36.

Agence Bio, « La consommation bio en hausse en 2019 », art. cit., et calculs de Gil Kressmann.

+ -

37.

Ibid.

+ -

Si les consommateurs sont plus nombreux Ă  acheter des produits bio, c’est aussi parce que ces produits sont maintenant beaucoup plus disponibles dans les points de vente. À prĂ©sent, aucun magasin ne peut se permettre de ne pas proposer des produits bio. La grande distribution est devenue particuliĂšrement dynamique, en allongeant les linĂ©aires consacrĂ©s au bio, en crĂ©ant de nouveaux points de vente spĂ©cialisĂ©s, en multipliant les rĂ©fĂ©rences et en crĂ©ant ses marques de distribution. Plus d’un nouveau produit alimentaire sur cinq (22%) lancĂ© en France est un produit bio 35. Notre pays est champion en la matiĂšre.

La grande distribution a ainsi conquis 55% du marché et a pris le dessus sur les chaßnes spécialisées en bio (telles que Biocoop ou La Vie claire) qui ne possÚdent plus que 28% du marché. La vente directe représente 11% des achats alimentaires bio 36. Ce leadership de la grande distribution sur le marché du bio a des conséquences importantes sur la dimension du marché et la répartition de la valeur créée. Cette forte implication de la grande distribution explique en partie le succÚs des produits bio transformés.

En effet, le marchĂ© ne se limite pas aux fruits et lĂ©gumes frais. Il est mĂȘme constituĂ© maintenant en majoritĂ© de produits transformĂ©s. Selon l’Agence Bio, les produits d’épicerie, de crĂ©merie, de boulangerie, de traiteur ou de surgelĂ©s reprĂ©sentent 60% du marchĂ© du bio. Le secteur de l’épicerie, le plus important en chiffres d’affaires, reprĂ©sente Ă  lui seul 29% des achats bio et un marchĂ© de 3,5 milliards d’euros, alors que celui des fruits et lĂ©gumes, qui vient au deuxiĂšme rang (17%), s’élĂšve Ă  2 milliards d’euros 37.

Graphique 3 : RĂ©partition des achats des mĂ©nages par famille de produits bio en 2019 (en % et en milliards d’euros)*

Source :

Fondation pour l’innovation politique et Agence Bio, « La consommation bio en hausse en 2019 stimule la production et la structuration des filiĂšres françaises. Les chiffres 2019 du secteur bio », dossier de presse, 9 juillet 2019 ; calculs de Gil Kressmann.

* Le total n’atteint pas 11,9 milliards d’euros en raison des arrondis.

Notes

38.

Voir Nielsen FMCG and Retail, art. cit.

+ -

Les distributeurs non spĂ©cialisĂ©s en bio sont cependant en train de dĂ©couvrir que, dans le cas des hypermarchĂ©s, la rotation des produits en agriculture biologique sur les linĂ©aires est infĂ©rieure Ă  celle des produits en agriculture conventionnelle du fait du prix Ă©levĂ© du bio et du nombre de rĂ©fĂ©rences qui devient excessif 38. La rentabilitĂ© du bio rĂȘvĂ©e par la grande distribution risque donc d’ĂȘtre dĂ©cevante.

4

Un État trĂšs engagĂ©

Notes

39.

Voir MinistĂšre de l’agriculture et de l’alimentation, Programme Ambition bio 2022. Plan d’actions des acteurs de l’agriculture et de l’alimentation en France, juin 2018. Ce programme est jugĂ© trop ambitieux dans le Rapport d’information fait au nom de la commission des finances sur les financements publics consacrĂ©s Ă  l’agriculture biologique, prĂ©sentĂ© le 29 janvier 2020 par les sĂ©nateurs Alain Houpert et Yannick Botrel.

+ -

40.

Voir Ministùre de l’agriculture et de l’alimentation, Les Mesures de la loi EGalim concernant la restauration collective, janvier 2020.

+ -

Les importants investissements en communication de l’Agence Bio et des distributeurs de bio, la multiplication d’articles de presse, d’émissions de tĂ©lĂ©vision (Cash Investigation, par exemple) ou de films documentaires (tels que Demain de Cyril Dion et MĂ©lanie Laurent) critiques de l’agriculture conventionnelle dite productiviste ont Ă©tĂ© trĂšs efficaces pour attirer les consommateurs vers le bio, Ă  tel point que la production n’a pas toujours rĂ©ussi Ă  suivre le rythme de la demande. Plus que la dynamique du marchĂ©, c’est l’État qui a jouĂ© un rĂŽle important pour inciter de nouveaux agriculteurs Ă  dĂ©velopper la culture de produits agricoles bio.

Une sĂ©rie de mesures ont notamment Ă©tĂ© prises pour encourager le dĂ©veloppement de la production bio. Les pouvoirs publics ont ainsi dĂ©veloppĂ© les aides Ă  la conversion des exploitations agricoles vers le bio, accordĂ©es pendant cinq annĂ©es, aides qui viennent s’ajouter aux autres aides dĂ©livrĂ©es par la Politique agricole commune (PAC). L’État, estimant que les agriculteurs qui avaient terminĂ© leur pĂ©riode de conversion pouvaient se rĂ©munĂ©rer suffisamment sur le marchĂ© compte tenu des prix pratiquĂ©s, a cependant supprimĂ© rĂ©cemment les aides au maintien de l’agriculture bio qui venaient complĂ©ter les aides Ă  la conversion. Ces aides au maintien peuvent en revanche continuer Ă  ĂȘtre octroyĂ©es par les rĂ©gions.

L’État s’est aussi engagĂ© Ă  mettre 1,1 milliard d’euros sur la table pour permettre Ă  la France de passer de 6,5 Ă  15% de surfaces agricoles exploitĂ©es en bio d’ici Ă  2022 39. La restauration collective est Ă©galement encouragĂ©e Ă  mettre du bio dans ses menus pour crĂ©er des dĂ©bouchĂ©s supplĂ©mentaires Ă  la production de bio 40. Du cĂŽtĂ© des femmes et des hommes politiques, pratiquement tous sont d’accord pour que l’État encourage le bio, perçu comme une solution vertueuse. C’est probablement le seul domaine oĂč il y a un consensus entre la droite et la gauche.

III Partie

La dynamique du marché va-t-elle durer ?

La dynamique du marchĂ© du bio se poursuivra tant que les promesses de diffĂ©renciation des aliments en agriculture biologique resteront crĂ©dibles et spĂ©cifiques par rapport Ă  celles des concurrents. Dans le cas oĂč le bio perdrait certains de ses signes distinctifs, le marchĂ© du bio connaĂźtrait des difficultĂ©s pour prolonger son rythme de croissance.

1

L’alimentation bio est-elle meilleure pour la santĂ© ?

Notes

41.

Voir LĂ©on GuĂ©guen, Devrions-nous manger bio ?, Fondation pour l’innovation politique, mars 2021.

+ -
+ -

43.

Citée in Erwan Seznec, « Traitements bio. Toxiques naturellement », UFC Que choisir, 19 août 2016, p. 3.

+ -

44.

Cité in Hervé Thys, Le Grand Livre de notre alimentation, Odile Jacob, 2019, p. 361.

+ -

45.

Voir Géraldine Woessner, « Y a-t-il des pesticides dans le bio ? », europe1.fr, 27 février 2018.

+ -

46.

Voir Marc Mennessier, « Deux pesticides augmentent le risque de Parkinson », lefigaro.fr, 16 octobre 2011.

+ -

47.

Voir GĂ©raldine Woessner, « Pesticides : comment dĂ©mĂȘler le vrai du faux ? », lepoint.fr, 4 octobre 2019.

+ -

48.

Voir Géraldine Woessner, « Y a-t-il des pesticides dans le bio ? », art. cit.

+ -

Comme nous l’avons vu, la prĂ©servation de leur santĂ© est la motivation numĂ©ro un de 59% des Français qui consomment bio au moins une fois par mois (voir graphique 1). Pourtant, le label AB, pas plus que le label europĂ©en, n’offre quelque garantie que ce soit que ces produits sont meilleurs pour la santĂ© 41. Cette conviction repose principalement sur la croyance des consommateurs que l’agriculture bio n’utilise aucun pesticide. Cette croyance est issue d’une communication trompeuse, voire mensongĂšre par omission, de la part des acteurs du bio qui pendant longtemps se sont bien gardĂ©s de dire clairement que les agriculteurs qui cultivent en agriculture biologique utilisent, eux aussi, des produits chimiques. Aujourd’hui, ils prĂ©cisent que les produits chimiques qu’ils utilisent sont d’origine « naturelle » mais les consommateurs sont encore trĂšs nombreux Ă  penser que les produits bio sont cultivĂ©s sans aucun pesticide, chimique ou naturel. Selon un sondage rĂ©alisĂ© en 2016, « un Français sur deux ignore que l’agriculture biologique utilise des pesticides ». Les 50-64 ans sont la classe d’ñge la moins au fait de cette pratique (56%), tandis que 60% des 25-34 ans dĂ©clarent le savoir 42.

Une agriculture sans pesticides est un mythe. Les plantes ont besoin d’ĂȘtre protĂ©gĂ©es contre les insectes, les maladies ou les virus. Que ce soit en agriculture biologique ou en agriculture conventionnelle, « il n’y a pas d’agriculture sans traitement et il n’y a pas d’efficacitĂ© sans inconvĂ©nients », explique ainsi Catherine Regnault-Roger, membre de l’AcadĂ©mie d’agriculture et de l’AcadĂ©mie nationale de pharmacie 43. D’ailleurs, les plantes se protĂšgent grĂące aux pesticides naturels qu’elles produisent elles-mĂȘmes pour se dĂ©fendre. C’est ainsi qu’elles peuvent survivre aux attaques de leurs agresseurs. Selon le toxicologue amĂ©ricain Bruce Ames, 99,99 % des pesticides de notre alimentation sont d’origine naturelle 44.

Mais naturel ne veut pas dire sans danger pour la santĂ©. Selon l’Institut de l’agriculture et de l’alimentation biologiques (Itab), vingt et une substances homologuĂ©es bio ont un facteur reconnu de toxicitĂ© 45. Ainsi, le spinosad, insecticide d’origine bactĂ©rienne utilisĂ© en bio, est toxique pour les polinisateurs, abeilles et bourdons. La rotĂ©none, un pesticide d’origine naturelle extrait de plantes, a Ă©tĂ© utilisĂ©e trĂšs longtemps par l’agriculture biologique, avant d’ĂȘtre interdite il y a quelques annĂ©es Ă  cause de ses dangers prouvĂ©s pour la santĂ© des utilisateurs (son utilisation est notamment liĂ©e Ă  la maladie de Parkinson 46). L’huile de Neem, qui a remplacĂ© la rotĂ©none, possĂšde des propriĂ©tĂ©s insecticides mais il s’agit d’un perturbateur endocrinien avĂ©rĂ©. Quant au cuivre, utilisĂ© abondamment par l’agriculture bio, il prĂ©sente un risque de toxicitĂ© aiguĂ« en cas d’ingestion ou d’inhalation. C’est pourquoi des limites maximales de rĂ©sidus (LMR) prĂ©sents dans les produits alimentaires, que les agriculteurs doivent respecter, sont aussi Ă©tablies pour les produits de l’agriculture biologique.

L’Agence nationale de sĂ©curitĂ© sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) recense 305 pesticides utilisables en France pour l’agriculture biologique, soit un pesticide sur six 47. Sur 68.000 tonnes de produits phytosanitaires vendus en France en 2016, 27% Ă©taient Ă©galement autorisĂ©es pour l’agriculture biologique et utilisĂ©es par l’agriculture conventionnelle 48. Ce sont d’ailleurs souvent les mĂȘmes entreprises chimiques qui fabriquent ces pesticides d’origine naturelle et ces pesticides de synthĂšse.

2

Doit-on avoir peur des résidus de pesticides dans notre alimentation ?

Notes

49.

Voir Pierre MĂ©devielle, Pierre Ouzoulias, Philippe Bolo et Anne Genetet, « Évaluation des risques sanitaires et environnementaux par les agences : trouver le chemin de la confiance », rapport au nom de l’OPECST, SĂ©nat-AssemblĂ©e nationale, 2 mai 2019, et « Évaluation des risques sanitaires et environnementaux par les agences – Examen du rapport », comptes rendus de l’OPECST, senat.fr, 2 mai 2019.

+ -

50.

Voir Catherine Regnault-Roger, art. cit., p. 92.

+ -

51.

Voir Paula Medina-Pastor et Giuseppe Triacchini, « The 2018 European report on pesticide residues in food », EFSA Journal, vol. 18, n° 4, 2 avril 2020.

+ -

52.

Ibid.

+ -

Les pesticides, qu’ils soient d’origine chimique ou d’origine naturelle, ne sont autorisĂ©s Ă  la commercialisation que s’ils ont Ă©tĂ© validĂ©s par les pouvoirs publics selon une procĂ©dure rigoureuse. Dans un rĂ©cent rapport, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) souligne la sĂ©vĂ©ritĂ© de ces examens en Europe 49. Notre lĂ©gislation est certainement la plus rigoureuse au monde. Alors pourquoi tant de peurs chez les consommateurs ? On peut trouver des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse dans les opĂ©rations, souvent largement relayĂ©es par les mĂ©dias, menĂ©es par des groupes minoritaires hostiles aux pesticides et Ă  l’agriculture conventionnelle de façon gĂ©nĂ©rale, visant Ă  faire croire que les produits chimiques utilisĂ©s pour protĂ©ger les cultures gĂ©nĂ©reraient des cancers, des malformations ou d’autres problĂšmes de santĂ©, et ce indĂ©pendamment de la quantitĂ© absorbĂ©e. Or, selon le principe de Paracelse, « tout est poison, rien n’est poison, c’est la dose qui fait le poison ».

La science a ainsi dĂ©terminĂ© que les aliments commercialisĂ©s sont sans danger si les rĂ©sidus de produits chimiques qu’ils peuvent contenir ne dĂ©passent pas les LMR autorisĂ©es. TrĂšs protectrices pour le consommateur, les LMR sont calculĂ©es Ă  partir des doses journaliĂšres admissibles (DJA), c’est-Ă -dire les doses de rĂ©sidus qu’un consommateur peut absorber journellement sans risque pour sa santĂ©. Consommer ponctuellement (donc sans rĂ©gularitĂ©) un aliment qui aurait une LMR lĂ©gĂšrement dĂ©passĂ©e ne signifie pas pour autant qu’on sera forcĂ©ment malade ensuite. Les LMR s’inscrivent dans une dĂ©marche de prĂ©vention 50. Cette lĂ©gislation est trĂšs bien respectĂ©e puisque le dernier rapport de l’AutoritĂ© europĂ©enne de sĂ©curitĂ© des aliments (EFSA) conclut que 98,6% des Ă©chantillons d’aliments sont conformes aux limites lĂ©gales autorisĂ©es pour les rĂ©sidus, dont 58% le sont sans rĂ©sidus quantifiables (87,8% pour les produits animaux) et 40,6% le sont avec rĂ©sidus quantifiables mais en dessous ou au niveau de la limite maximale de rĂ©sidus (LMR). Seuls 1,4% des Ă©chantillons dĂ©passent la LMR 51.

Qu’en est-il des produits issus de l’agriculture bio ? L’EFSA a observĂ© que 84,8% Ă©taient sans rĂ©sidus quantifiables et que 13,8% contenaient des rĂ©sidus quantifiables en dessous ou au niveau de la LMR, la plupart non nĂ©cessairement liĂ©s Ă  l’utilisation de pesticides agricoles (substances naturelles ou polluants persistants). Seuls 1,4% des Ă©chantillons bio analysĂ©s par la France contenaient des traces de pesticides au-dessus de la limite de dĂ©tection 52.

Au total, pour l’EFSA, les aliments que nous consommons, qu’ils soient issus de cultures en agriculture conventionnelle ou de cultures en agriculture biologique, respectent les LMR et ne prĂ©sentent donc pas de risques pour notre santĂ©. On notera que plus de 50% des aliments ne contiennent aucun rĂ©sidu chimique, une performance de l’agriculture conventionnelle ignorĂ©e par les consommateurs et qui incite plusieurs filiĂšres agricoles en agriculture conventionnelle Ă  valoriser cette performance technique.

3

Les cultures bio sont-elles meilleures pour l’environnement ? 53

Notes

53.

Voir Bernard Le Buanec, L’agriculture bio et l’environnement, Fondation pour l’innovation politique, mars 2021.

+ -

54.

Benoit Sophanor et al., « Protection phytosanitaire et biodiversité en agriculture biologique », Innovations agronomiques, 4 janvier 2009, p. 217.

+ -

56.

Cité in Gil RiviÚre-Wekstein, « Le cuivre sur la sellette », agriculture-environnement.fr, 7 mars 2018.

+ -

57.

Bernard Le Buanec, L’agriculture bio…, op. cit., p. 27.

+ -

Nous avons vu que l’une des autres raisons invoquĂ©es pour la consommation de produits bio, choisie par 45 % des Français consommant bio au moins une fois par mois, Ă©tait la prĂ©servation de l’environnement (voir graphique 1) et que la moitiĂ© des consommateurs ignoraient que les plantes bio sont protĂ©gĂ©es par des pesticides d’origine « naturelle » qui sont loin d’ĂȘtre inoffensifs pour l’environnement. Les pesticides naturels Ă©tant moins efficaces que les pesticides chimiques de synthĂšse, les agriculteurs en agriculture biologique doivent traiter plus souvent leurs plantes pour obtenir des rĂ©sultats Ă©quivalents. Ainsi, « la quantitĂ© de produits phytosanitaires Ă©pandue en termes de matiĂšre active (exprimĂ©e en kg par hectare) est en moyenne de 37,2 en conventionnel et de 92,1 en bio 54 ».

Autre exemple, le cuivre, largement utilisĂ© comme pesticide par l’agriculture bio, est connu pour ĂȘtre trĂšs nuisible Ă  la biodiversitĂ© en tuant la vie dans le sol, notamment les vers de terre au bout de quelques annĂ©es. « Si la plupart des utilisations du cuivre sont justifiĂ©es par son efficacitĂ© biologique, elles posent des problĂšmes Ă©cotoxicologiques (risques avĂ©rĂ©s pour les populations microbiennes du sol, les vers de terre, certains organismes aquatiques et des auxiliaires des cultures) », reconnaĂźt une Ă©tude de l’Inra 55. La logique serait donc de l’interdire. Bien que ce soit dĂ©jĂ  le cas dans certains pays (Danemark et Pays-Bas), les producteurs en bio s’opposent Ă  cette interdiction au motif qu’ils ne disposent pas de solutions alternatives viables : « Si demain on interdit le cuivre, il n’y a plus de viticulture bio », affirme ainsi Olivier Huchette, responsable certification chez Demeter France 56. L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab) ont confirmĂ© qu’il serait difficile de se passer totalement de cuivre sur les cultures bio Ă  court terme. Comme l’analyse Bernard Le Buanec, « globalement, l’impact de l’agriculture biologique sur l’environnement n’est pas sensiblement meilleur que celui de l’agriculture conventionnelle 57 ». Les produits en agriculture biologique restent nĂ©anmoins perçus par nos concitoyens comme meilleurs pour la prĂ©servation de l’environnement. Cet avantage de l’agriculture biologique pourrait progressivement s’amoindrir au fur et Ă  mesure que l’agriculture conventionnelle est contrainte de prendre des mesures favorables Ă  l’environnement, pour rĂ©pondre Ă  la demande sociĂ©tale et aux nouvelles contraintes environnementales imposĂ©es par la politique agricole.

Incontestablement, notre agriculture est en train de changer de modĂšle en s’inscrivant davantage dans des dĂ©marches agro-Ă©cologiques et de certifications environnementales. Ce changement de cap n’est pas encore ressenti par nos concitoyens mais il est craint par les acteurs du bio qui ont tendance Ă  dĂ©nigrer ces dĂ©marches. Pour nombre de producteurs de bio, les dĂ©marches des agriculteurs en agriculture conventionnelle engagĂ©es pour prĂ©server l’environnement (agriculture raisonnĂ©e, agriculture de prĂ©cision, protection intĂ©grĂ©e des cultures, le sans-labour
) ne sont que de simples opĂ©rations de communication, de greenwashing (lorsque des entreprises mettent en avant le respect de l’environnement Ă  des fins de marketing). Pourtant, la nĂ©cessitĂ© de la transition Ă©cologique progresse dans les esprits et les pratiques de la plupart des agriculteurs français. C’est tout le sens de la troisiĂšme voie qui se met en route un peu partout en France (voir partie IV).

4

Les aliments bio sont-ils meilleurs en qualité et au goût ? 58

Notes

58.

Voir Léon Guéguen, op. cit.

+ -

59.

Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « Vingt-deuxiĂšme confĂ©rence rĂ©gionale de la FAO pour l’Europe. Point 10.1 de l’ordre du jour. Influence de l’agriculture biologique sur l’innocuitĂ© et la qualitĂ© des aliments », Porto (Portugal), 24-28 juillet 2000, IV. 41.

+ -

60.

Voir, par exemple, Neilson C. Conklin et Gary Thompson, « Product quality in organic and conventional produce: is there a difference? », Agribusiness, vol. 9, n° 3, mai 1993, p. 295-307, et Katrin Woese et al., « A comparison of organically and conventionally grown foods. Results of a review of the relevant literature », Journal of the Science of Food and Agriculture, vol. 74, n° 3, juillet 1997, p. 281-293.

+ -

61.

Voir MinistĂšre de l’Agriculture et de l’Alimentation, « Le Label rouge, signe de qualitĂ© supĂ©rieure », agriculture. gouv.fr, 14 aoĂ»t 2019.

+ -

62.

Voir, par exemple, Léon Guéguen et Gérard Pascal, « Le point sur la valeur nutritionnelle et sanitaire des aliments bio », Cahiers de nutrition et de diététique, vol. 45, n° 3, juin 2010, p. 130-143, et Léon Guéguen, Devrions-nous manger bio ?, op. cit.

+ -

63.

Périco Légasse, « Scandale des tomates sous serre : ils ont décidé de tuer le bio » (en accÚs réservé), marianne.net, 16 juin 2019.

+ -

64.

Voir Catherine Regnault-Roger, Des plantes biotech au service de la santĂ© du vĂ©gĂ©tal et de l’environnement, Fondation pour l’innovation politique, janvier 2020, et Id., Des outils de modification du gĂ©nome au service de la santĂ© humaine et animale, Fondation pour l’innovation politique, janvier 2020.

+ -

65.

Frédéric Denhez, art. cit., p. 13.

+ -

Le label AB ne donne aucune garantie sur le goĂ»t ou la qualitĂ© des produits bio. Ceux-ci ne font pas partie du cahier des charges du label. Pourtant, pour 51% des consommateurs, la qualitĂ© et le goĂ»t sont des critĂšres de choix pour la consommation de produits bio (voir graphique 1). Cependant, dans les diffĂ©rents tests Ă  l’aveugle rĂ©alisĂ©s, aucun consommateur ou dĂ©gustateur professionnel n’est capable de dĂ©celer des diffĂ©rences de goĂ»t entre un produit bio et un produit non bio. Les diffĂ©rences pour les fruits et lĂ©gumes, par exemple, proviennent d’autres facteurs : la variĂ©tĂ©, les pratiques agricoles, la cueillette Ă  maturitĂ© ou encore la proximitĂ©. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a ainsi rĂ©sumĂ© ses conclusions sur ce point : « De nombreuses analyses sensorielles ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es pour Ă©tudier les diffĂ©rences d’un point de vue organoleptique entre les produits “bio” et les autres, et, dans l’ensemble, les rĂ©sultats indiquent qu’il n’y a guĂšre de diffĂ©rence entre les deux types de produit 59. » DĂ©jĂ , par le passĂ©, des Ă©tudes Ă©taient venues confirmer qu’il n’existait pas de diffĂ©rences organoleptiques entre les produits bio et les produits conventionnels 60. Ainsi, les produits bio ne sont pas meilleurs au goĂ»t, mĂȘme s’ils sont perçus comme tels par certains consommateurs pour diverses raisons : image, lieu d’achat ou conditionnement par exemple. Pour avoir une garantie sur le goĂ»t, le consommateur doit plutĂŽt faire confiance au Label rouge 61.

Par ailleurs, les consommateurs avancent parfois que les productions bio auraient des bĂ©nĂ©fices nutritionnels et qu’elles contiendraient notamment plus de minĂ©raux, plus d’oligoĂ©lĂ©ments et plus de vitamines. Mais, comme le dĂ©montrent certaines Ă©tudes, ces diffĂ©rences ne sont pas significatives 62. En fait, les produits bio ne sont pas meilleurs pour la santĂ© que les produits issus de l’agriculture conventionnelle. PĂ©rico LĂ©gasse, critique gastronomique rĂ©putĂ©, dĂ©clare ainsi : « L’objectif du bio n’a jamais Ă©tĂ© d’amĂ©liorer la qualitĂ© des aliments sur le plan nutritionnel ou organoleptique 63. » En revanche, les progrĂšs de la gĂ©nĂ©tique permettent maintenant d’envisager d’amĂ©liorer les plantes sur le plan nutritionnel 64, mais les plantes biofortifiĂ©es (des variĂ©tĂ©s de plantes enrichies en micronutriments, essentiellement fer, zinc ou provitamine A) ne profiteront cependant pas Ă  l’agriculture biologique qui les refuse par principe.

Au total, le bilan bĂ©nĂ©fices/risques laisse apparaĂźtre que les promesses du bio ne sont nullement justifiĂ©es par les analyses scientifiques. La confiance des consommateurs dans le bio repose le plus souvent sur des fantasmes. Comme le rĂ©sume l’ingĂ©nieur Ă©cologue FrĂ©dĂ©ric Denhez : « Nos concitoyens plaquent sur le bio tout ce qu’ils pensent ne plus retrouver dans l’agriculture conventionnelle : le fait de sauver la planĂšte, de se prĂ©munir du cancer, de payer mieux les paysans, etc. Or le cahier des charges du bio ne prĂ©tend ĂȘtre ni agronomique, ni socialement Ă©quitable. Il n’est en effet restrictif que sur les intrants de synthĂšse utilisĂ©s. Ce malentendu peut dĂ©boucher sur la dĂ©ception 65. » Une prise de conscience des consommateurs du manque de contenu derriĂšre ces promesses peut en effet ĂȘtre un facteur important de fragilisation pour l’image du bio.

IV Partie

Un nouveau contexte concurrentiel : la troisiĂšme voie

Notes
+ -

Sous la pression de l’opinion publique et des pouvoirs publics et pour rĂ©pondre aux campagnes de dĂ©nigrement dont elle est victime, l’agriculture conventionnelle a dĂ» rĂ©agir. D’une part, la nĂ©cessaire conformitĂ© Ă  une lĂ©gislation europĂ©enne et française de plus en plus contraignante sur le plan environnemental l’a fait progresser. D’autre part, les agriculteurs ont compris tout l’intĂ©rĂȘt de s’engager dans des pratiques agro-Ă©cologiques qui permettent de limiter l’usage des produits chimiques pour rĂ©pondre aux nouvelles attentes sociĂ©tales.

Entre les modes de production de l’agriculture conventionnelle et de l’agriculture bio Ă©merge aujourd’hui une troisiĂšme voie, avec diverses versions, dont l’objectif est de s’inscrire dans un modĂšle agricole hybride entre une agriculture productive mais raisonnĂ©e et une agriculture « Ă©cologiquement intensive » qui utiliserait en mĂȘme temps les bonnes pratiques de l’agroĂ©cologie et de la conservation des sols, les produits de biocontrĂŽle, l’agriculture de prĂ©cision et les avancĂ©es scientifiques majeures de l’agriculture productive, en particulier au niveau de la gĂ©nĂ©tique et du numĂ©rique.

Les deux activitĂ©s agricoles les plus utilisatrices de produits chimiques, la production de fruits et lĂ©gumes et la viticulture, ont Ă©tĂ© les premiers Ă  initier cette troisiĂšme voie entre le bio et le conventionnel classique. Plus rĂ©cemment, les producteurs de grande culture (blĂ©, maĂŻs
) se sont Ă©galement engagĂ©s dans ce nouveau modĂšle qui se dĂ©cline selon diffĂ©rents engagements. Ainsi, au travers d’un « contrat de solutions », quarante partenaires du secteur agricole rĂ©unis autour de la FNSEA ont dĂ©cidĂ© de suivre une trajectoire de progrĂšs pour la protection des plantes 66. Ce contrat porte sur l’ensemble des leviers qui permettront de rĂ©duire l’utilisation et l’impact des produits phytosanitaires. Bien d’autres initiatives ont Ă©mergĂ© depuis quelques annĂ©es.

1

Une promesse de résultat : zéro résidu de pesticides détecté

Notes

67.

Voir « Pesticides : ces labels trompeurs », greenpeace.fr, tribune publiée le 12 mars 2018.

+ -

Une démarche « Zéro résidu de pesticides » (ZRP), rassurante pour les consommateurs, est portée par un collectif de 52 producteurs et il produit 46 espÚces de fruits et légumes frais sous le label « Nouveaux Champs ». Alors que les agriculteurs en culture biologique ont une obligation de moyens, les producteurs ZRP ont une obligation de résultat : pas de résidu de pesticides dans le produit.

On retrouve cette dĂ©marche en Bretagne oĂč, en fĂ©vrier 2018, le groupe Saveol s’est alliĂ© avec Solarenn et Prince de Bretagne pour des produits sans rĂ©sidu de pesticides. Le gĂ©ant mondial du lĂ©gume en conserve, Bonduelle, a quant Ă  lui lancĂ© trois variĂ©tĂ©s de salades en sachet et une de maĂŻs en conserve sans rĂ©sidu. Les premiers rĂ©sultats de vente des produits ZRP sont prometteurs. L’objectif de ces dĂ©marches est bien de valoriser ces nouvelles pratiques, les prix de vente des produits ZRP Ă©tant situĂ©s entre le prix du conventionnel et le prix de l’agriculture biologique.

Ces initiatives sont accueillies plutĂŽt froidement par les ONG, comme Greenpeace par exemple, qui accuse le label ZRP d’ĂȘtre trompeur 67. Il n’en demeure pas moins que cette dĂ©marche est susceptible de mettre en cause le monopole du bio sur le discours du non-chimique.

2

Une promesse de moyens : zéro traitement avec des pesticides

Notes

68.

Armand Chauvel, « Made in France alimentaire : Sous le Pommier ne badine pas avec les traitements » (en accÚs réservé), lsa-conso-fr, 11 décembre 2019.

+ -

On retrouve cette « troisiĂšme voie » dans l’engagement que prennent certains agriculteurs d’éliminer les pesticides de leurs processus de production. C’est le cas de l’association de producteurs Demain la Terre, pour des productions fruitiĂšres et lĂ©gumiĂšres sans traitement avec des pesticides de synthĂšse et vendus sans rĂ©sidu de pesticides dĂ©tectĂ©. On peut Ă©galement citer l’initiative « Sous le pommier », issue de la coopĂ©rative Les Celliers, qui a créé la premiĂšre filiĂšre française de pommes Ă  jus bannissant tout pesticide, dĂ©marche certifiĂ©e par Bureau Veritas. Cette proposition est sĂ©duisante. Une Ă©tude de 2018 de TMO Marketing montre en effet que, « sur 1.000 Français acheteurs ou amateurs de jus de pomme, 44% sont attirĂ©s par l’allĂ©gation “pommes non traitĂ©es”, beaucoup plus que par le sans-pesticides (36%) ou le bio (14%) 68 ».

3

Les promesses de l’agro-Ă©cologie avec la certification « Haute valeur environnementale »

Notes

69.

Voir MinistĂšre de l’Agriculture et de l’Alimentation, « Certification environnementale, mode d’emploi pour les exploitations », agriculture.gouv.fr, 22 janvier 2021.

+ -

70.

MinistĂšre de l’agriculture et de l’alimentation, « Les chiffres clĂ©s de la Haute Valeur Environnementale (HVE) », agriculture.gouv.fr, 19 novembre 2020.

+ -

71.

Ibid.

+ -

De plus en plus d’agriculteurs s’engagent dans une dĂ©marche agro-Ă©cologique qui va souvent plus loin que la dĂ©marche de l’agriculture biologique sur le plan de la prĂ©servation de l’environnement. Certains producteurs diminuent leur utilisation de pesticides mais aussi diversifient leurs cultures, mettent en place des infrastructures Ă©cologiques (haies, prairies, mares
), prĂ©servent la qualitĂ© des sols et dĂ©veloppent la biodiversitĂ©. Il en est ainsi pour les agriculteurs qui s’engagent dans la certification « Haute valeur environnementale » (HVE), le niveau le plus Ă©levĂ© de la certification environnementale (niveau 3), de plus en plus reconnue sur le plan professionnel mais encore ignorĂ©e des consommateurs 69. Il s’agit d’une dĂ©marche volontaire, avec des indicateurs relatifs Ă  quatre thĂ©matiques environnementales : biodiversitĂ©, stratĂ©gie phytosanitaire, gestion de la fertilisation et gestion des ressources en eau. Au 1er juillet 2020, 8.218 exploitations agricoles, couvrant 1,35% de la surface agricole utile (SAU) française, Ă©taient certifiĂ©es HVE, au niveau 3, toutes filiĂšres confondues (contre 5 399 au 1er janvier 2020, soit une hausse de 52%) 70. Les filiĂšres vĂ©gĂ©tales comptant le plus d’exploitations certifiĂ©es HVE Ă©taient la viticulture (6.699 exploitations), l’arboriculture (644), les grandes cultures (411) et le maraĂźchage (340) 71.

Cette certification est certainement appelĂ©e Ă  se dĂ©velopper. Le 13 novembre 2019, l’Association gĂ©nĂ©rale des producteurs de maĂŻs (AGPM) a prĂ©sentĂ© son plan stratĂ©gique prĂ©voyant, entre autres, quelque 10.000 exploitations certifiĂ©es HVE (niveau 3 de la certification environnementale) en 2025, tandis que l’Association gĂ©nĂ©rale des producteurs de blĂ© (AGPB) a dĂ©fini un cahier des charges grandes cultures qui repose sur la dĂ©marche HVE et qui doit servir de socle commun aux diffĂ©rents labels et normes dĂ©jĂ  existants (Lu’Harmony, CRC, McDonald’s). Une trentaine de coopĂ©ratives ont une certification environnementale au niveau 2.

Le logo HVE

Source : agriculture.gouv.fr.

Notes

72.

CitĂ© in Catherine Gerbod, « La haute valeur environnementale en quĂȘte de notoriĂ©tĂ© », reussir.fr, 2 avril 2019.

+ -

73.

MinistĂšre de l’agriculture et de l’alimentation, « Les chiffres clĂ©s de la Haute Valeur Environnementale (HVE) », art. cit.

+ -

Dans le secteur viticole, la dĂ©marche HVE est en plein essor, dans le Bordelais comme en Champagne. Le syndicat de l’Appellation d’origine contrĂŽlĂ©e (AOC) CorbiĂšres s’est aussi engagĂ© Ă  ce que l’ensemble du vignoble sous appellation soit sous certification environnementale, mais pas forcĂ©ment bio. L’association de protection de la biodiversitĂ© NoĂ© est Ă  l’initiative d’une pĂ©tition qui demande aux grandes marques agroalimentaires de s’engager dans la transition agro-Ă©cologique, avec des objectifs ambitieux de volumes de produits issus d’exploitations bio ou certifiĂ©es HVE. CĂŽtĂ© distribution, le groupe E.Leclerc a annoncĂ© son intention d’approvisionner ses marques propres de fruits et lĂ©gumes en produits issus d’exploitations certifiĂ©es HVE.

Didier Livio, associĂ© au cabinet Deloitte DĂ©veloppement durable, constate ainsi que la HVE entre dĂ©sormais dans la stratĂ©gie de dĂ©veloppement des grands acteurs de l’agroalimentaire et va devenir le grand signe de la qualitĂ© environnementale, Ă  cĂŽtĂ© du bio, constat qui le pousse Ă  affirmer que la HVE est « Ă  l’aube de la massification », prĂ©disant qu’« Ă  horizon cinq Ă  dix ans, la HVE prendra 50 Ă  55% du marchĂ© 72 ». Le gouvernement a d’ailleurs fixĂ© des objectifs ambitieux dans son plan biodiversitĂ©, avec 15.000 exploitations certifiĂ©es de HVE en 2022 et 50.000 en 2030 73.

4

Les nouvelles biotechnologies au service de la transition écologique

L’agriculture conventionnelle dispose encore de marges de progression importantes pour amĂ©liorer ses performances environnementales grĂące aux avancĂ©es de la gĂ©nĂ©tique issues des biotechnologies de prĂ©cision. Les agriculteurs pourront cultiver des plantes « plus vertes », c’est-Ă -dire conçues pour ĂȘtre gĂ©nĂ©tiquement rĂ©sistantes aux insectes, aux virus, aux maladies mais aussi au stress hydrique 74. Les agriculteurs pourront ainsi utiliser moins de produits chimiques (naturels ou de synthĂšse) pour protĂ©ger leurs cultures. La gĂ©nĂ©tique fait pleinement partie des solutions agro-Ă©cologiques pour produire de façon plus Ă©conome en intrants. Comme le souligne l’agronome Michel Griffon, « les nouvelles biotechnologies vĂ©gĂ©tales offrent des opportunitĂ©s trĂšs intĂ©ressantes pour consolider une agriculture ancrĂ©e dans une vision Ă©cologique de la production vĂ©gĂ©tale 75 ».

GrĂące Ă  l’utilisation des biotechnologies de prĂ©cision, les performances environnementales de l’agriculture conventionnelle devraient donc encore s’amĂ©liorer Ă  l’avenir. Ce scĂ©nario est dĂ©jĂ  en route avec, par exemple, la crĂ©ation au Royaume-Uni d’une pomme de terre gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©e rĂ©sistante au mildiou. Celle-ci permet de lutter contre cette maladie destructrice des cultures, en supprimant de nombreux traitements chimiques Ă  base de cuivre, dont on connaĂźt les effets nĂ©fastes pour la qualitĂ© des sols et la biodiversitĂ©. Le paradoxe est que les agriculteurs bio s’interdisant ces nouvelles semences devront continuer Ă  traiter leurs pommes de terre avec du cuivre. La Chine, de son cĂŽtĂ©, a rĂ©cemment créé un blĂ© rĂ©sistant gĂ©nĂ©tiquement Ă  l’oĂŻdium, un champignon nĂ©faste pour le rendement Ă  la culture.

L’Europe ne dispose pas de la rĂ©glementation lui permettant de concevoir et de cultiver de telles semences avec ces nouvelles technologies. On peut en partie voir dans l’opposition des acteurs du bio au dĂ©veloppement des plantes gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es une crainte que celles-ci viennent concurrencer les productions bio sur le plan des bĂ©nĂ©fices environnementaux. Le lobby du bio soutient, notamment financiĂšrement, les initiatives des associations dont le but est de faire interdire l’utilisation des biotechnologies en France et, de façon plus gĂ©nĂ©rale, en Europe. Ces nouvelles techniques pourraient pourtant largement bĂ©nĂ©ficier Ă  l’agriculture biologique. Elles leur permettraient d’amĂ©liorer leurs performances non seulement Ă©cologiques, en supprimant de nombreux traitements rĂ©alisĂ©s avec les pesticides d’origine naturelle, mais Ă©galement Ă©conomiques, car seule une rupture technologique comme celle issue des biotechnologies pourrait amĂ©liorer de façon importante les rendements des cultures bio, condition nĂ©cessaire pour diminuer leurs coĂ»ts de production et donc rĂ©duire leurs prix de vente, soit le frein le plus important Ă  l’achat du bio par les consommateurs. En dĂ©finitive, ceux qui militent pour le tout bio devraient aussi militer en faveur de l’utilisation des biotechnologies, car le tout bio se heurte avant tout au mur des faibles rendements.

De plus, en l’absence de l’utilisation des biotechnologies de prĂ©cision, dont l’une des vertus est l’accĂ©lĂ©ration du processus de sĂ©lection, l’agriculture bio risque de perdre un temps prĂ©cieux pour la crĂ©ation de variĂ©tĂ©s adaptĂ©es aux changements climatiques. Le bio, avec l’aide des biotechnologies, permettrait Ă  l’agriculture française de faire un bond en avant trĂšs positif pour l’environnement et pour les consommateurs.

Ainsi, l’agriculture biologique ne reprĂ©sente plus le seul modĂšle agricole engagĂ© dans la prĂ©servation de l’environnement mais se retrouve challengĂ©e par de nombreuses initiatives. AprĂšs une phase de forte croissance entre 2011 et 2017 (de 40 Ă  73%), la part de Français dĂ©clarant avoir consommĂ© des produits bio semble dĂ©sormais se stabiliser (71% en 2018 et en 2019) 76. Cette stagnation pourrait indiquer un dĂ©but de doute sur les vertus de l’agriculture biologique. Au-delĂ  du bio, la vĂ©ritable attente des Français semble porter sur l’absence de risques des produits alimentaires pour la santĂ© et la naturalitĂ© des produits, ce qui donne toutes les chances Ă  ses concurrents.

5

L’attraction du local

Notes

77.

« Les Français et la consommation en circuit local », sondage Ipsos pour E.Leclerc, octobre 2019, p. 9.

+ -

79.

Ibid.

+ -

80.

François Dartout, « La crise actuelle : un déclic pour la grande distribution ? », lsa-conso.fr, 7 mai 2020.

+ -

81.

Cité in Véronique Yvernault, « Le local prend son essor », lsa-conso.fr, 10 avril 2019.

+ -

Pour beaucoup renforcĂ© par la crise du Covid-19, le « consommer local » gagne du terrain auprĂšs des Français. DĂ©jĂ , en novembre 2019, 82% des consommateurs français disaient privilĂ©gier l’achat de produits d’origine française et 77% l’achat de produits proposĂ©s par des producteurs locaux 77. En avril 2020, selon une Ă©tude menĂ©e pendant le premier confinement, 45% des Français indiquaient consommer plus que d’habitude des produits d’origine France et 37% dĂ©claraient se tourner davantage qu’auparavant vers des produits issus de circuits courts 78. Une majoritĂ© de Français disaient Ă©galement vouloir continuer Ă  faire attention, une fois la pandĂ©mie passĂ©e, aux critĂšres suivants concernant leur alimentation en premier, l’origine (54%) puis les qualitĂ©s nutritionnelles (52%) et la traçabilitĂ© (50%) 79.

Au-delĂ  des nĂ©cessitĂ©s liĂ©es aux confinements, la crise a soulevĂ© de nouvelles questions sur nos maniĂšres de consommer, ce qui amĂšne François Dartout, consultant chez Square, Ă  faire l’hypothĂšse que « cette crise pourrait accĂ©lĂ©rer ou mĂȘme achever la transformation de l’offre des acteurs traditionnels. AprĂšs la rĂ©volution du bio et du local pourrait venir celle de l’ultra-local, remettant ainsi en avant les petites villes et les campagnes 80 ».

Selon une Ă©tude parue en 2019, les produits locaux seraient d’ailleurs plus apprĂ©ciĂ©s que les produits bio sur plusieurs critĂšres : traçabilitĂ©, goĂ»t, fiabilitĂ© et qualitĂ© (voir graphique 4). Concernant les labels, ceux qui indiquent une fabrication en France (« Origine France garantie », par exemple) sont considĂ©rĂ©s comme incitatifs Ă  l’achat pour 86% des consommateurs les connaissant, contre 79% pour le Label rouge et 62% pour le logo AB 81. En achetant des produits locaux, les consommateurs se rassurent sur l’origine des produits perçus comme plus fiables et plus appĂ©tissants. Acheter local, c’est aussi soutenir les petits producteurs, l’économie locale et crĂ©er du lien entre les gens. Reste Ă  dĂ©finir la notion trĂšs relative de proximitĂ©, qui varie selon les individus et les pays.

Graphique 4 : Les produits locaux davantage affiliés que le bio aux critÚres de traçabilité, de goût, de fiabilité et qualité (en %)

Copyright :

Fondation pour l’innovation politique – mars 2021

Source :

Fondation pour l’innovation politique et Florence Bray, « Local : zoom sur la perception et les attentes des Français » (en accĂšs rĂ©servĂ©), lsa-conso.fr, 3 juin 2019 .

Cet engouement pour le local n’est certainement pas une trĂšs bonne nouvelle pour les filiĂšres bio engagĂ©es dans une dĂ©marche rigoureusement inverse du fait du changement d’échelle du marchĂ©. Le goĂ»t pour le local ne reprĂ©sente pas tant pour l’agriculture biologique un risque de perdre une part de marchĂ© importante que celui de subir une dĂ©tĂ©rioration de son image pour le moment trĂšs idĂ©alisĂ©e. Ainsi, on assiste Ă  un bouleversement complet de l’univers concurrentiel du bio qui pourrait ne pas avoir Ă©tĂ© encore pleinement intĂ©grĂ© par les acteurs concernĂ©s.

V Partie

La montée en puissance des filiÚres industrielles du bio

Notes

82.

Voir Yves Le Morvan, La Résilience des filiÚres biologiques, rapport AgriDées, mars 2018.

+ -

83.

FrĂ©dĂ©ric Denhez, Acheter bio ? À qui faire confiance ?, Albin Michel, 2019, p. 84.

+ -

84.

Voir Ambroise Marigot et Adrien Manchon, L’Industrie bio française, Presse des Mines, 2019.

+ -

85.

Voir Nielsen FMCG and Retail, art. cit.

+ -

Le marchĂ© du bio n’est plus ce qu’il Ă©tait il y a vingt ans. En grandissant, en s’élargissant, en se dĂ©mocratisant, en s’internationalisant, il est devenu un marchĂ© comme les autres, avec des filiĂšres de mieux en mieux organisĂ©es, ce qui ne veut pas dire sans faiblesses 82. Les acteurs du marchĂ© du bio ont changĂ© et la manne du bio a attirĂ© de nouveaux profils d’entrepreneurs, voire la haute finance.

Les agriculteurs historiques, ceux qui avaient une vision plutĂŽt idĂ©ologique de l’agriculture biologique, sont devenus minoritaires. Si les producteurs ont suivi plutĂŽt tardivement le dĂ©veloppement du marchĂ© du bio, c’est pour partie parce que beaucoup ne partageaient pas cette idĂ©ologie qui portait le marchĂ©. Aujourd’hui, ceux qui choisissent de se convertir au bio sont le plus souvent des chefs d’entreprise qui espĂšrent accroĂźtre leurs revenus. La taille de leur exploitation est en moyenne plus importante que celle des agriculteurs bio traditionnels. Ils sont les fournisseurs privilĂ©giĂ©s des circuits longs et se regroupent souvent en coopĂ©ratives. Le monde de la production en agriculture biologique est donc bien fracturĂ© en deux : les « anciens », restĂ©s attachĂ©s aux valeurs traditionnelles du bio, en voie de marginalisation, et les « modernes », les « nĂ©oconvertis », qui abordent ce marchĂ© avec l’esprit d’entreprise.

Les industriels de la transformation en bio sont le plus souvent des petites ou moyennes entreprises (PME) familiales trĂšs proches des producteurs au niveau de l’idĂ©ologie, mais elles sont fragilisĂ©es par l’arrivĂ©e en force des grandes entreprises agroalimentaires sur le marchĂ© du bio. Selon FrĂ©dĂ©ric Denhez, « ces entreprises sont en fait fragilisĂ©es par ce qui a fait longtemps leur soliditĂ© : leur militantisme. On ne se prĂ©occupe pas trop d’argent quand on est dĂ©fenseur de la planĂšte 83 ». Ces entreprises sont sous-dimensionnĂ©es par rapport Ă  l’évolution du marchĂ©. Faute d’avoir anticipĂ© les consĂ©quences de la transformation du marchĂ© du bio en un marchĂ© de masse, elles se trouvent souvent en situation de sous-capitalisation 84. Pour survivre dans ce nouveau contexte concurrentiel, elles doivent ouvrir leur capital aux grands groupes de l’agroalimentaire, qui peuvent ainsi rattraper le temps perdu en achetant clĂ© en main un outil industriel, un savoir-faire, une marque et un rĂ©seau de producteurs. Tous les grands groupes agroalimentaires (Danone, PepsiCo, Tropicana, Lavazza, Mousline ou encore Fleury Michon) se positionnent maintenant sur le marchĂ© du bio. Les marques nationales assurent Ă  elles seules 70% de la progression du marchĂ© depuis quatre ans, faisant d’elles le rĂ©el moteur de la croissance du bio, aux cĂŽtĂ©s des marques de distributeur 85.

Notes

86.

Voir « OGM : quand la grande distribution finance une Ă©tude choc », nouvelobs.com, 18 septembre 2012. Lire Ă©galement, au sujet de cette affaire, Marcel Kuntz, L’Affaire SĂ©ralini : l’impasse d’une science militante, Fondation pour l’innovation politique, juin 2019.

+ -

87.

Alex Aget, « Les loups cachés du boum du bio », Up-Magazine.info, 11 juin 2019.

+ -

La dynamique de l’offre constitue le rĂ©el moteur du dĂ©veloppement du marchĂ© du bio. En annonçant, en novembre 2020, leur projet de devenir un nouvel acteur majeur europĂ©en sur ce marchĂ© du bio et du durable, Xavier Niel, fondateur de Free, et le financier Mathieu Pigasse, associĂ©s dans l’entreprise 2MX Organic, font dĂ©jĂ  figures de symboles de ce changement de paradigme auquel sont confrontĂ©s tous les acteurs du bio.

Les distributeurs spĂ©cialisĂ©s en bio doivent subir une concurrence de plus en plus vive de la part des grands groupes de distribution, aux moyens financiers considĂ©rables et en mesure de crĂ©er en quelques annĂ©es des centaines de nouveaux points de vente ou de racheter n’importe quelle chaĂźne de magasins spĂ©cialisĂ©s en bio. Ainsi, Monoprix a rachetĂ© le rĂ©seau de distribution Naturalia, IntermarchĂ© est entrĂ© au capital des Comptoirs de la bio, Carrefour est devenu le numĂ©ro un français du marchĂ© du bio
 À noter, d’ailleurs, que Carrefour faisait partie des groupes de grande distribution qui ont financĂ© pendant un certain temps les Ă©tudes de Gilles-Éric SĂ©ralini destinĂ©es Ă  bannir les OGM 86, au moment mĂȘme oĂč le groupe lançait des produits sans OGM sur le marchĂ©. Les petits commerces indĂ©pendants – le premier point de vente spĂ©cialisĂ© en bio s’est implantĂ© en France en 1950 – sont les grands perdants de cette course Ă  la part de marchĂ© menĂ©e tambour battant par la grande distribution.

Finalement, les rĂšgles qui rĂ©gissent les marchĂ©s alimentaires de grande consommation deviennent celles des marchĂ©s du bio. On est passĂ© d’un marchĂ© artisanal Ă  un marchĂ© industriel, ce qui n’est pas sans consĂ©quence sur l’image de la filiĂšre. Selon les nostalgiques du bio d’antan, celui-ci aurait mĂȘme perdu son Ăąme : « Le bio des origines, celui des produits cultivĂ©s par des agriculteurs sur des petites parcelles, dans le respect scrupuleux des rĂšgles environnementales, de la prĂ©servation des sols et de la qualitĂ© de l’alimentation, ce bio-lĂ  est progressivement submergĂ© dans les Ă©tals des rayons offerts aux consommateurs par le bio industriel, celui nĂ© des appĂ©tits des gĂ©ants de l’agroalimentaire et de la grande distribution. Un autre bio pas si beau que cela », selon le journaliste Alexandre Aget 87. Cette industrialisation et cette perte de sens laissent prĂ©sager une certaine banalisation du bio nuisible au maintien d’un niveau de prix aussi Ă©levĂ©, facteur d’attractivitĂ© essentiel pour tous les acteurs de ces filiĂšres.

VI Partie

La banalisation du label bio en marche ?

Notes

88.

Voir Patrick Saint-Paul, « Une ferme “bio” Ă  l’origine de l’épidĂ©mie de bactĂ©rie tueuse », lefigaro.fr, 10 juin 2011.

+ -

89.

Voir MoorĂ©a Lahalle, « Scandale sanitaire : des millions d’oeufs retirĂ©s de la vente aux Pays-Bas et en Allemagne », francebleu.fr, 4 aoĂ»t 2017.

+ -
+ -

AssurĂ©ment les labels bio (AB pour la France et Eurofeuille pour l’Union europĂ©enne) ne devraient pas ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des labels de santĂ© ou de qualitĂ© organoleptique ou nutritionnelle (ce qu’ils n’ont jamais Ă©tĂ© sur le plan juridique), mais avant tout comme des labels Ă©cologiques. Or les produits utilisant le label AB vont ĂȘtre de plus en plus challengĂ©s par les nouveaux concurrents de la troisiĂšme voie. Les prix trĂšs Ă©levĂ©s des aliments bio pourraient inciter les consommateurs Ă  regarder du cĂŽtĂ© des produits issus de cet autre modĂšle, dont les performances sont tout aussi bonnes pour leur santĂ© et dont les impacts sont Ă©quivalents, voire meilleurs, pour l’environnement.

De plus, l’image de l’agriculture biologique pourrait ĂȘtre sĂ©rieusement remise en cause si un grave accident sanitaire survenait Ă  nouveau, Ă  l’image de celui des graines germĂ©es bio qui ont fait une trentaine de morts en Allemagne en 2011 et intoxiquĂ© plusieurs milliers de victimes en Europe 88. On se souvient aussi de la dĂ©couverte, en 2017, de l’utilisation massive d’un insecticide pour aseptiser des Ă©levages destinĂ©s Ă  la production d’oeufs bio aux Pays-Bas 89 ou, Ă  plusieurs reprises, en 2019, de la prĂ©sence de Datura, un type de plante trĂšs dangereux pour la santĂ©, dans de la farine de sarrasin bio 90.

Dans ce nouveau contexte concurrentiel, le label AB risque de perdre ses spĂ©cificitĂ©s par rapport Ă  d’autres dĂ©marches Ă©coresponsables qui s’inscrivent, comme le bio, dans le courant de l’agro-Ă©cologie mais avec une grande diffĂ©rence : les agriculteurs en agriculture biologique ont simplement une obligation de moyens, celle de ne pas utiliser des pesticides et des engrais de synthĂšse. Toutefois, on ne contrĂŽle pas les rĂ©sultats sur leurs productions pour vĂ©rifier que leurs promesses sont bien concrĂ©tisĂ©es, tandis que les agriculteurs qui s’engagent dans la troisiĂšme voie le font non seulement sur des moyens mais surtout sur des rĂ©sultats mesurables. En d’autres termes, le label AB risque de perdre une partie de son attrait du fait de cette banalisation rampante.

1

Les consĂ©quences d’une banalisation du label AB

Notes

91.

Voir Amaury Beautru, « Le bio, en réalité 75 % plus cher », linéaires.com, 5 mai 2020.

+ -

92.

Agence Bio, « La consommation bio en hausse en 2019
 », art. cit., p. 15.

+ -

93.

CitĂ© in MichĂšle TrĂ©voux, « Les vins bio surfent sur la mouvance du “sain” et du “sans” », vitisphere.com, 28 mai 2019.

+ -

En misant sur le seul label AB fragilisĂ© par une perte de diffĂ©renciation par rapport Ă  ses nouveaux concurrents, il sera difficile de maintenir un niveau de prix aussi Ă©levĂ© pour les produits bio que celui que l’on connaĂźt aujourd’hui. Comment justifier de tels Ă©carts de prix entre l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle alors que, selon le rapport de l’EFSA, 58% des produits issus de l’agriculture conventionnelle sont dĂ©jĂ  sans rĂ©sidu de pesticides dĂ©tectables ? Les consommateurs accepteront-ils longtemps de payer de 20 Ă  100% plus cher 91 des produits bio dont ils ne peuvent avoir de garanties sur les promesses puisque les producteurs ont uniquement une obligation de moyens ? La banalisation rendra inĂ©vitable une plus grande internationalisation du marchĂ© du bio, ce qui se traduira par plus d’importations de produits bio en provenance de pays oĂč le coĂ»t de la main-d’oeuvre est plus compĂ©titif que le nĂŽtre. Nous sommes dĂ©jĂ  entrĂ©s dans ce type de structure puisque, selon l’Agence Bio, en 2019, 33,1% des productions bio Ă©taient importĂ©es 92.

Selon BenoĂźt Soury, directeur marchĂ© bio du groupe Carrefour, leader de la distribution du bio en France : « Pour justifier du delta de prix entre bio et conventionnel, il faut plus de transparence. Il faut Ă©voluer d’une obligation de moyens, vers un discours par la preuve 93. »

2

Doit-on envisager un nouveau label AB français plus exigeant que le label européen actuel ?

Certains acteurs du bio ont dĂ©jĂ  anticipĂ© les risques de cette banalisation. Ils sont allĂ©s au-delĂ  de la rĂ©glementation du label AB pour « monter en gamme » et ont créé leur propre marque pour valoriser cette dĂ©marche. C’est le cas par exemple de Bio CohĂ©rence, de Demeter ou encore de Nature et ProgrĂšs. Ces marques se diffĂ©rencient en enrichissant leur positionnement bio avec des valeurs sociĂ©tales, des engagements dans le commerce Ă©quitable, des normes plus sĂ©vĂšres au niveau de la production et des limitations de taille de l’exploitation. Notons aussi l’initiative de la FĂ©dĂ©ration nationale d’agriculture biologique (FNAB) qui teste sa dĂ©marche « Bio-Français-Équitable » avec la chaĂźne de produits surgelĂ©s Picard.

Toutes ces initiatives afin d’éviter la banalisation du label bio sont des pistes intĂ©ressantes car elles donnent tout leur sens Ă  une politique de marque crĂ©atrice de valeurs. C’est en quelque sorte du « bio augmentĂ© », selon l’expression utilisĂ©e par Xavier Terlet, directeur gĂ©nĂ©ral de l’agence ProtĂ©ines XTC. Commercialiser des produits haut de gamme bien identifiĂ©s, c’est leur maniĂšre Ă  eux d’échapper aux effets nĂ©fastes de l’industrialisation du bio sur leur image de marque.

Pour ceux qui ne s’engageraient pas dans cette politique de diffĂ©renciation, une banalisation des produits simplement bio se traduira logiquement par une lutte intensifiĂ©e sur les prix. C’est pourquoi certains voudraient crĂ©er un nouveau label français plus exigeant que le label europĂ©en actuel sur la philosophie du bio. Cela pourrait cependant entrer en contradiction avec la volontĂ© gouvernementale de dĂ©velopper la production de bio en France dans le cadre de la transition Ă©cologique. De plus, crĂ©er un label « AB plus » reviendrait Ă  surtransposer les directives communautaires, ce qui est souvent reprochĂ© Ă  l’administration française. Il conviendrait alors de s’assurer davantage du respect du label AB actuel par ceux qui l’utilisent et de laisser les acteurs de la filiĂšre faire leur travail de marketing.

3

Les prix élevés sont-ils tenables sur le long terme ?

Notes

94.

Amaury Beautru, art. cit.

+ -

95.

Marc Dufumier, « 100 % d’agriculture bio, une nĂ©cessitĂ© d’ici Ă  2050 », Sciences et Avenir, n° 775, septembre 2011, p. 10.

+ -

Selon une enquĂȘte rĂ©cemment publiĂ©e, les prix des produits bio sont en moyenne supĂ©rieurs de 75% Ă  ceux des autres produits, et non de 30% comme on l’entend souvent 94. Si cette diffĂ©rence de prix constitue le frein le plus important Ă  l’achat de produits en agriculture biologique de la part des consommateurs, ce sont aussi ces prix Ă©levĂ©s qui encouragent les producteurs Ă  se convertir au bio. On peut alors s’interroger sur la durabilitĂ© de ces prix Ă©levĂ©s.

Comme le soulignait dĂ©jĂ  en 2001 l’ingĂ©nieur agronome Marc Dufumier : « L’agriculture bio est plus chĂšre aujourd’hui, en raison du caractĂšre artisanal de la filiĂšre et de la trop grande dispersion des exploitations qui complique les circuits de collecte. Il faut chercher une taille critique pour les exploitations 95 ». L’agrandissement des exploitations en agriculture biologique et l’industrialisation de la filiĂšre bio en cours vont probablement permettre de diminuer un peu les coĂ»ts de production grĂące aux Ă©conomies d’échelle qui en rĂ©sulteront, mais leur efficacitĂ© pour lever les freins Ă  l’achat reste Ă  prouver. Qui plus est, quelles en seront les consĂ©quences pour le revenu des agriculteurs en bio ? Ces Ă©volutions vers une Ă©conomie du bio plus industrielle sont dĂ©noncĂ©es aujourd’hui par les petits producteurs bio historiques qui craignent que cela se traduise effectivement par une baisse des prix qui diminuerait leurs revenus. Nos concurrents Ă©trangers n’ont pourtant pas le mĂȘme point de vue. On trouve en effet des exploitations de 1.000 hectares en bio en Allemagne, aux États-Unis ou en Ukraine.

Les coĂ»ts de production sont Ă©galement plus Ă©levĂ©s dans le bio du fait d’un plus grand besoin de main-d’oeuvre, notamment pour le dĂ©sherbage mĂ©canique et parce que les rendements Ă  l’hectare sont plus faibles de 20 Ă  50% Ă  cause de l’interdiction d’utiliser des pesticides et des engrais azotĂ©s de synthĂšse. Mais les producteurs en agriculture biologique risquent d’avoir de plus en plus de difficultĂ©s Ă  rĂ©percuter leurs coĂ»ts de production sur les prix de vente car l’offre reste encore trop atomisĂ©e alors que la demande se concentre. Un contexte concurrentiel qui se durcit devrait plutĂŽt tirer les prix du bio vers le bas, et donc le revenu des producteurs avec lui.

Notes

96.

Antoine Marigot et Adrien Manchon, op. cit., p. 59.

+ -

97.

Voir Arnaud Capon, « Production laitiĂšre biologique. Vers une progression de 52 % d’ici fin 2019 », web-agri.fr, 17 avril 2018.

+ -

Jusqu’à prĂ©sent, la croissance de la production française de bio est restĂ©e infĂ©rieure Ă  celle de la demande. Les producteurs de bio se sont ainsi retrouvĂ©s dans une situation favorable oĂč ils ont pu imposer leurs prix. Combien de temps cette situation durera-t-elle, surtout en l’absence de rĂ©gulation des conversions permettant de gĂ©rer l’offre de bio ? De plus, la grande distribution, qui s’est lancĂ©e dans la conquĂȘte de parts de marchĂ©s dont la guerre des prix sera le fer de lance, pourrait ĂȘtre tentĂ©e de faire appel beaucoup plus souvent aux importations pour approvisionner ses points de vente en bio. C’est dĂ©jĂ  le cas des industries de l’agroalimentaire. En effet, ce risque est bien prĂ©sent alors que la plupart des pays qui sont dĂ©jĂ  nos concurrents sur l’agriculture conventionnelle dĂ©veloppent ou se lancent dans le bio avec des coĂ»ts de main-d’oeuvre bien plus bas. La mondialisation du marchĂ© du bio est en cours, mĂȘme si cela peut apparaĂźtre incohĂ©rent sur le plan environnemental, notamment Ă  cause des Ă©missions de CO2 dues au transport.

Il arrivera ainsi presque mĂ©caniquement que le marchĂ© du bio sorte d’une situation oĂč l’offre est infĂ©rieure Ă  la demande pour aller vers une situation oĂč cette offre deviendra excĂ©dentaire sur le marchĂ© français. Cela pourrait ĂȘtre le cas, dans un premier temps, pour les activitĂ©s agricoles oĂč les conversions sont plus faciles d’accĂšs, comme la production laitiĂšre, les volailles ou la production d’oeufs, sans compter que les importations ne peuvent qu’ĂȘtre encouragĂ©es par la dynamique du marchĂ© et le manque de compĂ©titivitĂ© de certains maillons de nos filiĂšres bio. Comme l’expliquent Antoine Marigot et Adrien Manchon, « faute de compĂ©titivitĂ© les produits d’épicerie bio sont responsables de plus d’un milliard d’euros de dĂ©ficit commercial 96 ». Le mĂȘme constat pourrait ĂȘtre appliquĂ© Ă  une partie de la filiĂšre fruits et lĂ©gumes bio. Le marchĂ© de la pomme bio, par exemple, a Ă©tĂ© fragilisĂ© par le dĂ©veloppement des conversions en vergers bio.

Un excĂ©dent de l’offre sur la demande bio pourrait aussi s’observer dans la production laitiĂšre. L’offre de lait bio en France est ainsi passĂ©e de 600 millions de litres en 2016 Ă  1 milliard de litres en 2019 97, et on commence Ă  trouver du lait bio vendu moins cher que du lait conventionnel.

4

Perspectives

Notes

98.

Voir Nielsen FMCG and Retail, art. cit.

+ -

Avec toutes les mutations des filiĂšres bio, on assiste Ă  un vĂ©ritable changement de paradigme. Le marchĂ© du bio a encore de belles marges de progression possibles devant lui s’il arrive Ă  conserver ses spĂ©cificitĂ©s, mais le bio restera consommĂ© par une partie seulement des mĂ©nages du fait de ses prix Ă©levĂ©s. À l’avenir, la part des achats de bio dans la consommation alimentaire effectuĂ©s dans les grandes et moyennes surfaces (GMS) pourrait s’élever Ă  11% en France (contre 4,8% actuellement), chiffre que nous pouvons Ă©tendre aux achats effectuĂ©s dans les autres circuits 98. Il faut ici souligner que les pays de l’Union europĂ©enne oĂč la part de marchĂ© du bio est la plus Ă©levĂ©e, comme le Danemark (10%), la SuĂšde (9%) et l’Autriche (8%), sont des prĂ©curseurs sur le marchĂ© et que notre modĂšle alimentaire est bien diffĂ©rent de celui de ces trois pays.

Le cas autrichien est-il prémonitoire ?

L’Autriche est un des pays pionniers en Europe sur le marchĂ© du bio. Le bio y a pris une place essentielle : 23% de la surface agricole est consacrĂ©e Ă  l’agriculture bio et 9% du budget alimentaire sont dĂ©pensĂ©s en produits bio. Selon Olivier Masbou*, « on constate cependant que la production de produits bio augmente beaucoup plus vite que la consommation. Les prix sont sous pression, car beaucoup de producteurs se sont reconvertis au bio ces derniĂšres annĂ©es et cette production supplĂ©mentaire arrive sur les marchĂ©s. Depuis 2010, les surfaces en bio en Autriche ont augmentĂ© de 146% pour atteindre 267.477 hectares (soit + 157.432 hectares, dont presque 30.000 hectares supplĂ©mentaires en un an). L’Allemagne, un des principaux pays importateurs de produits bio autrichiens, a Ă©galement dĂ©veloppĂ© sa production, et les chaĂźnes de distribution privilĂ©gient dĂ©sormais les produits rĂ©gionaux Ă  la place du bio. Dans la production laitiĂšre autrichienne, l’ñge d’or du bio se termine. De plus en plus de laiteries autrichiennes refusent d’accepter de nouveaux livreurs bio et tentent ainsi de maintenir les prix. La part du lait bio dans la production laitiĂšre totale du pays est de 19%, et cette production a augmentĂ© l’annĂ©e derniĂšre de 10%. En cĂ©rĂ©ales bio, le prix a chutĂ© de 28 Ă  30% en deux ans et la marchandise bio a atterri sur le marchĂ© mondial ou a Ă©tĂ© vendue en conventionnel ».

* Olivier Masbou, « Les bios autrichiens surchargent leurs marchés », leblognotesdoliviermasbou.com, 2 juillet 2019.

Notes

99.

Yves Le Morvan, op. cit., p. 20.

+ -

Dans cette hypothĂšse, l’objectif du ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation de convertir 15 % de la surface agricole française en surfaces consacrĂ©es Ă  l’agriculture biologique (Ă©quivalent Ă  20 % de la production en valeur) d’ici Ă  2022 ne paraĂźt pas atteignable dans un temps aussi court. Encore faudra-t-il trouver des dĂ©bouchĂ©s correspondants Ă  cette production bio supplĂ©mentaire. Suffira-t-il de compter sur l’augmentation des achats de la part des consommateurs aisĂ©s qui constituent le coeur de cible du marchĂ© du bio ou faudra-t-il Ă©largir le marchĂ© Ă  une clientĂšle au pouvoir d’achat plus modeste alors qu’une crise sociale est annoncĂ©e ? De plus, les bouleversements que vivent la restauration et le tourisme vont peser Ă©galement sur les filiĂšres du bio. Quels seront les effets de la crise sanitaire que nous vivons sur le pouvoir d’achat des Français, y compris des plus aisĂ©s d’entre eux, et donc sur l’élargissement de la demande de produits bio ?

Ayons Ă  l’esprit que le temps d’éclatement d’une bulle de marchĂ© est court et que le temps dont ont besoin les producteurs pour s’en sortir est beaucoup plus long. Il serait sans doute opportun de fixer, culture par culture, des indicateurs d’alerte permettant d’anticiper une crise due Ă  un excĂšs de production bio par rapport Ă  une demande qui serait trĂšs nĂ©gative pour le revenu des producteurs, certainement les premiers touchĂ©s dans ce type de situation.

Le marchĂ© du bio a fourni de nouvelles opportunitĂ©s de crĂ©ation de valeurs pour l’ensemble des acteurs de la filiĂšre. Il va se segmenter de plus en plus sous l’impulsion de la concurrence montante de la troisiĂšme voie. Le dĂ©veloppement des productions en agriculture biologique par des filiĂšres trĂšs organisĂ©es et de plus en plus intĂ©grĂ©es va certainement fragiliser, voire condamner, en amont des petites exploitations agricoles bio de type artisanal qui ne font pas ou ne peuvent pas faire de la vente directe. Ils vont donc se retrouver de plus en plus en concurrence avec les exploitations bio de type industriel.

De leur cĂŽtĂ©, les industries françaises de transformation de bio devront accĂ©lĂ©rer leur restructuration pour gagner en compĂ©titivitĂ© et innover pour ne pas ĂȘtre mises hors-jeu par une concurrence Ă©trangĂšre de plus en plus agressive sous la pression de la grande distribution. Selon une Ă©tude rĂ©cente, « la chaĂźne alimentaire bio ne gardera son Ă©quilibre et n’exprimera sa rĂ©silience qu’en renforçant financiĂšrement un tissu d’entreprises, avec des bilans solides, innovantes et aptes Ă  rĂ©pondre Ă  la pression de plus en plus forte de la grande distribution. Sinon, attention Ă  la baisse des prix qui pourrait remettre en cause son modĂšle ! 99 »

5

Le rîle futur de l’État

Notes

100.

Voir Agence Bio, « La consommation bio en hausse en 2019
 », art. cit.

+ -

Face Ă  cette transformation annoncĂ©e des filiĂšres bio, que doit faire l’État ? Cette explosion du marchĂ© a entraĂźnĂ© l’intervention d’un nombre croissant d’acteurs intervenant dans cette filiĂšre. L’Agence Bio dĂ©nombre cette diversitĂ© des modĂšles opĂ©rateurs engagĂ©s dans le bio Ă  tous les stades de la filiĂšre (production, transformation, distribution) 100.

Notes

101.

Voir Pauline Renoir, « 30 % de fraude au bio dans les Alpes-Maritimes », francebleu.fr, 12 septembre 2019.

+ -

102.

Eddy Fougier, « Il faut des premiers prix français », La France agricole, n° 3809, 26 juillet 2019, p. 13.

+ -

1. Le premier rĂŽle de l’État est de veiller Ă  ce que tous ces acteurs respectent bien les rĂšgles du jeu. Compte tenu du niveau Ă©levĂ© des marges, les tentations de fraudes sont fortes pour tous les acteurs. Ainsi les autoritĂ©s administratives, aprĂšs une vingtaine de contrĂŽles dĂ©but 2019 sur les marchĂ©s, dans les restaurants et les grandes surfaces des Alpes-Maritimes, ont dĂ©celĂ© que 30% des produits examinĂ©s (fruits, lĂ©gumes ou encore huiles d’olive) ne respectaient pas les normes ou Ă©taient des « faux bio » 101. Ce phĂ©nomĂšne, s’il n’est Ă©videmment pas gĂ©nĂ©ralisable Ă  tout le territoire, fait planer une menace forte pour cette activitĂ©, car plus le marchĂ© du bio se dĂ©veloppera et plus, statistiquement, il y aura de fraudes. L’État devrait s’engager plus vigoureusement dans les contrĂŽles pour sauvegarder la crĂ©dibilitĂ© de ce secteur qui concerne de plus en plus d’agents Ă©conomiques de notre pays.

 

2. Stimuler la consommation de produits bio, par exemple par des baisses de TVA, n’est pas une bonne idĂ©e, et ce d’autant plus que la demande est trĂšs dynamique. Cette mesure revendiquĂ©e par des acteurs du bio reviendrait Ă  un sur-subventionnement du bio sur fonds publics. Cela crĂ©erait une distorsion de concurrence avec l’agriculture de la troisiĂšme voie, alors que celle-ci devrait elle aussi ĂȘtre encouragĂ©e puisqu’elle apporte des garanties environnementales complĂ©mentaires, sinon meilleures que celles de l’agriculture biologique, tout en vendant ses productions aux consommateurs Ă  des prix beaucoup plus abordables.

En programmant 20% de produits bio dans la restauration collective d’ici Ă  2022, l’État crĂ©e un marchĂ© captif et fausse la concurrence. Il n’est jamais trĂšs sain de crĂ©er des rentes de situation : les consommateurs n’y gagneront pas grand-chose en termes de santĂ© mĂȘme avec cinq repas par semaine tout bio, ce qui est loin d’ĂȘtre le cas, alors mĂȘme que cela entraĂźnera un surcoĂ»t pour les Ă©tablissements concernĂ©s, qu’il faudra compenser d’une maniĂšre ou d’une autre.

 

3. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, l’État n’a pas Ă  encourager financiĂšrement des productions de produits alimentaires qui se positionnent dans le haut de gamme comme le sont les produits bio, compte tenu du niveau de prix et des marges qui sont gĂ©nĂ©rĂ©es. Seules les aides accordĂ©es en phase de conversion de l’agriculture conventionnelle vers l’agriculture biologique sont Ă©conomiquement justifiĂ©es puisqu’elles lĂšvent un frein Ă  la conversion en permettant aux producteurs de compenser pendant cinq ans des surcoĂ»ts liĂ©s Ă  cette transition (baisse de rendements des cultures en agriculture biologique et hausse des coĂ»ts de main-d’oeuvre) et alors que le producteur n’a pas le droit de vendre ses produits avec le label AB et donc au prix de l’agriculture biologique pendant cette pĂ©riode de conversion.

4. Lorsqu’un dĂ©sĂ©quilibre de marchĂ© apparaĂźtra sur telle ou telle filiĂšre du bio, l’État français, en encourageant autant le dĂ©veloppement de l’agriculture bio, s’expose au risque de se voir considĂ©rĂ© responsable par ceux qui en seront les victimes, c’est-Ă -dire les agriculteurs eux-mĂȘmes.

5. Le rĂŽle de l’État devrait se limiter Ă  faciliter la transformation nĂ©cessaire de nos filiĂšres bio pour qu’elles deviennent leaders europĂ©ens sur ces marchĂ©s haut de gamme, objectif cohĂ©rent avec l’image d’excellence agroalimentaire de notre pays. Pour cela, l’État devrait avant tout veiller Ă  ne pas pĂ©naliser notre agriculture bio par rapport Ă  la concurrence Ă©trangĂšre, notamment en ne surtransposant pas la rĂ©glementation europĂ©enne, une tentation toujours trĂšs forte en France et qui coĂ»te cher en termes de compĂ©titivitĂ©.

6. L’État est ambitieux concernant l’avenir de l’agriculture bio en France. Il ne faudrait pas qu’il omette d’accompagner les agriculteurs tout autant engagĂ©s que les agriculteurs en bio dans la transformation Ă©cologique de notre agriculture, mĂȘme s’ils ont choisi de se dĂ©velopper dans le cadre d’autres modĂšles agricoles. Il ne faut pas non plus ignorer l’agriculture compĂ©titive car « nous avons aussi besoin de marchandise “tout venant” produite en France 102 » pour approvisionner le marchĂ© des premiers prix français.

L’agriculture et l’alimentation bio apparaissent aujourd’hui comme un vĂ©ritable eldorado, une nouvelle poule aux oeufs d’or qui attire beaucoup de convoitises et qui fait Ă©merger de nouveaux acteurs. Mais il faut rester lucide. Certes, il existe encore des marges de progression mais ce n’est pas sans limite. N’imaginons pas que l’agriculture française puisse se convertir un jour au 100% bio comme le souhaitent certains mouvements Ă©cologistes car se nourrir uniquement avec des produits bio coĂ»tera toujours plus cher que se nourrir avec des produits issus de l’agriculture conventionnelle. Ainsi, si tous les agriculteurs français dĂ©cidaient de se convertir Ă  100% Ă  l’agriculture biologique, notre pays serait obligĂ© d’importer massivement des produits agricoles issus de l’agriculture conventionnelle pour rĂ©pondre Ă  la demande des consommateurs qui ne dĂ©sirent pas ou n’ont pas les moyens de payer leur alimentation bio plus de 50% plus cher. La France perdrait alors une grande partie de sa souverainetĂ© alimentaire.

Lorsque apparaĂźtra un dĂ©sĂ©quilibre de marchĂ© sur une filiĂšre du bio, ce qui arrivera nĂ©cessairement un jour, et peut-ĂȘtre plus rapidement qu’on ne le pense, la responsabilitĂ© de l’État français sera nĂ©cessairement mise en cause par ceux qui en seront les premiĂšres victimes, c’est-Ă -dire les agriculteurs « reconvertis ».

En dĂ©finitive, il n’y a pas un modĂšle unique d’agriculture qu’il faudrait prĂ©server ou dĂ©velopper sur tout le territoire. L’agriculture française est plurielle, et c’est lĂ  une de ses richesses qu’il faut impĂ©rativement conserver pour que notre pays se positionne au mieux sur l’ensemble des marchĂ©s. C’est en mĂȘme temps un facteur de stimulation pour progresser et un facteur de rĂ©silience Ă  prĂ©server. C’est cette diversitĂ© des modĂšles agricoles sur notre territoire qui nous permettra aussi de conserver la richesse de notre patrimoine alimentaire.

Artiste sur la couverture

La Fondation pour l’innovation politique remercie chaleureusement l’artiste Paulette Tavormina pour sa contribution Ă  la publication de nos trois notes sur la thĂ©matique de l’agriculture et alimentation bio, dans le cadre d’une sĂ©rie sur les agritechnologies et biotechnologies.

Les arrangements de Paulette Tavormina rappellent les dĂ©tails somptueux des natures mortes des maĂźtres du XVIIe siĂšcle et servent d’interprĂ©tations personnelles d’histoires intemporelles et universelles. Avec une perspective picturale qui rappelle celles de Juan SĂĄnchez CotĂĄn et de Giovanna Garzoni, Paulette Tavormina crĂ©e des natures mortes mondaines.

BĂ©nĂ©ficiaire d’une bourse de la Fondation Pollock-Krasner, son livre monographique Seizing Beauty a Ă©tĂ© publiĂ© par The Monacelli Press en 2016. On peut retrouver les photographies de Paulette Tavormina dans des musĂ©es et des collections particuliĂšres. Elle a Ă©galement travaillĂ© pour Sotheby’s et a collaborĂ© au National Geographic et au New York Times. Elle Ă©tait auparavant accessoiriste et styliste culinaire Ă  Hollywood, oĂč son savoir-faire a notamment Ă©tĂ© utilisĂ© dans sept films.

Paulette Tavormina

Site Internet de l’artiste : www.paulettetavormina.com

Copyright :

Cabbage and Melon, After J.S.C. © Paulette Tavormina (2010)

Nos derniÚres études
Commentaires (0)
Commentaires (0)
Commenter

Aucun commentaire.