Dans une note pour la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), « think tank libéral, progressiste et européen », Philippe Portier et Jean-Paul Willaime analysent les apports du christianisme dans la modernité européenne.

Après plusieurs notes et travaux consacrés à l’islam, la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) s’intéresse au christianisme. Philippe Portier et Jean-Paul Willaime, directeurs d’études à l’École pratique des hautes études consacrent une note de haute tenue en deux parties sur « le christianisme et la modernité européenne ».

Laboratoire d’idées et fait religieux

Pour Dominique Reynié, directeur général de Fondapol, traiter du fait religieux pour un laboratoire d’idées comme le sien relève de l’évidence alors que le retour de la religion dans la sphère publique est manifeste. « Nous adressons nos travaux aux cabinets ministériels, à tous les parlementaires, à des chefs d’entreprise… et nous constatons que beaucoup sont désorientés sur ces questions, expliquait-il à La Croix en novembre 2017. Modestement, nous essayons de rebâtir une culture religieuse. »

La première partie de ce travail intitulée « Récuser le déni » se penchent notamment sur les fameuses, et parfois polémiques, racines chrétiennes de l’Europe. « On a parfois tendance, aussi bien en France que dans l’Union européenne, à occulter le rôle important de la religion chrétienne dans la généalogie de la modernité, écrivent-ils en préambule. Cette note se propose de récuser ce déni, en insistant sur le rôle (paradoxal) joué par la réflexivité chrétienne dans la sortie de l’univers théocratique et dans l’émergence de la civilisation démocratique. »

Penser le retour du religieux

Les auteurs de la note déplorent que la réflexion autour des apports du christianisme à la modernité et aux fondements de la société soit si difficile : le « sujet est non seulement complexe, mais il est aussi discuté tant la question du rapport au christianisme, dans notre société sécularisée et notre république laïque, reste sensible ». Pourtant, selon eux, les apports de la « pensée judéo-chrétienne » est prégnant sur des idées de la modernité telles que la « séparation du sujet et de la société, du politique et du religieux, de l’histoire et de la tradition ».

La deuxième partie de la note, « Comprendre le retour de l’institution religieuse », analyse notamment le « retour du religieux » qui marque la société contemporaine. « Dans les incertitudes et les insécurités identitaires du régime ultramoderne, le christianisme retrouve, non du pouvoir, mais de l’influence, affirment Philippe Portier et Jean-Paul Willaime.

C’est même sa perte de pouvoir dans et sur la société et son acceptation du cadre laïque de notre République qui lui permettent d’être apprécié aussi bien comme fournisseur de sens et d’espérance dans une société quelque peu déboussolée que comme incubateur d’actions solidaires dans un environnement où le chacun pour soi tend à se développer. »