Le XXIe siècle sera-t-il celui de l'abandon des libertés ?

Eugénie Bastié | 14 janvier 2022

« Libertés, l’épreuve du siècle », une étude internationale exceptionnelle dirigée par la Fondapol et menée dans 55 pays dresse un panorama inquiétant de nos démocraties, mais donne aussi des raisons d’espérer.

Il n’y a pas de sens de l’histoire. 30 ans après la chute du mur de Berlin, censée assurer le triomphe universel de la démocratie, celle-ci est dans un état de recul inédit dans le monde. Tel est le constat que l’on peut tirer de l’étude « Libertés, l’épreuve du siècle », une enquête internationale exceptionnelle, menée dans plus de 55 pays, dirigée par Dominique Reynié à l’initiative de la Fondation pour l’innovation politique, avec la coopération de plusieurs fondations internationales américaine, allemande, japonaise, argentine et brésilienne: l’International Republican Institute (IRI), Community of Democracies (CoD), la Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS), la Genron NPO, Nuevas Generaciones (NG) et República do Amanhã.

Une véritable mine d’informations qui réunit des variables aussi diverses que l’attachement à la liberté d’entreprendre, le soutien à la peine de mort, la peur de la guerre et la défiance envers les médias, et qui dessine les contours d’une nouvelle peur, au moins aussi déterminante pour nos démocraties que celle de l’immigration massive, du déclassement économique ou du réchauffement climatique: celle d’un grand asservissement, c’est-à-dire d’un recul insidieux des libertés dans nos régimes libéraux.

La liberté de débattre et de publier fragilisée

Celles-ci sont menacées à l’extérieur par la poussée des régimes autoritaires (Chine, Russie, Turquie), qui sortent renforcés de 30 ans de globalisation. Contrairement à l’époque de la guerre froide, ces nations embrassent le libéralisme économique sans adhérer au libéralisme politique et sont même aidées par la nouvelle économie dont ils utilisent les armes technologies pour déstabiliser les démocraties libérales.

Mais nos régimes libéraux sont aussi minés de l’intérieur par plusieurs menaces. La tentation censitaire de la démocratie représentative alimente la montée des populismes qui proclament une défiance envers les élites et réclament leur destitution. L’efficacité critiquée de celles-ci pour contrer le péril écologique ou contrôler la crise sanitaire fait naître la tentation de mesures autoritaires. La liberté de débattre et de publier, au cœur du modèle démocratique, est fragilisée par un multiculturalisme diversitaire qui entraîne un conflit de valeurs sur la liberté d’expression, le pouvoir des « big tech » qui déstabilisent par leurs algorithmes la conversation civique.

Cette liberté de débattre décline même dans ce qui devrait être son sanctuaire: l’université. 44 %, des sondés (et 71 % des Français!) estiment que les citoyens « n’arriveront plus à résoudre leurs désaccords de manière pacifique dans leur pays et auront plus souvent recours à la violence ».

Maintenir vivant le goût des libertés

Une lueur d’espoir, cependant. L’attachement à la démocratie représentative reste bien réel: 81 % des répondants s’y disent favorables. Il s’agit donc davantage d’une critique de l’impuissance des démocraties plutôt que du modèle démocratique lui-même. De même, la crise du Covid, et ce qu’elle a entraîné de mesures liberticides, ne semble pas avoir entamé l’appétence pour les libertés individuelles. Dans le monde démocratique, les deux tiers (67 %) des personnes interrogées choisissent la réponse « même si cela rendait le gouvernement plus efficace, je n’accepterais pas qu’on réduise un peu mes libertés ».

« Nous autres démocraties, nous savons désormais que nous sommes mortelles », pourrions nous dire en paraphrasant Valéry, à la lecture de ces pages. Tout l’enjeu du XXIe siècle sera de maintenir vivant le goût des libertés chez des individus démocratiques dont Tocqueville avait prédit l’inclinaison vers le despotisme doux.

Lire l’article sur lefigaro.fr.

Dominique Reynié (dir.), Libertés : l’épreuve du siècle, (Fondation pour l’innovation politique, International Republican Institute, Community of Democracies, Konrad-Adenauer-Stiftung, Genron NPO, Fundación Nuevas Generaciones, República do amanhã, janvier 2022).

 

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