BPI : Bureaucratie, Interventionnisme, Inefficacité
Generation Libre | 25 juillet 2014
BPI : Bureaucratie, Interventionnisme, Inefficacité
Adulée depuis sa création en 2013, la BPI – Banque Publique de l’Investissement – était annoncée comme le remède miracle au développement des PME fragilisées pendant la crise, et comme un puissant outil au service de la compétitivité au niveau local. En 2013, pourtant, les principaux investissements réalisés par la BPI se destinaient, entre autres, à des groupes majeurs tels Naturex, Constellium, Delfingen, Clestra… Tout récemment encore, la BPI a investi 5 millions d’euros dans le groupe familial Altia, propriétaire des célèbres Caddies.
Dans son rapport récent, GenerationLibre s’interroge sur la fonction d’une banque publique d’investissement dans l’économie. Est-ce bien le rôle de la BPI que de s’immiscer dans la vie des affaires comme elle le fait ? A l’origine d’effets pervers et de distorsions de marché, les prises de participation de la BPI dans des entreprises stratégiques françaises nuisent à l’attractivité de la France à l’étranger. Par ailleurs, le soutien de la BPI aux « canards boiteux » de l’économie, en plus d’être à l’origine d’un « mal-investissement », éloigne la banque publique de ce qui devrait être sa mission principale, le soutien à l’innovation.
Construite sur les bases du FSI – Fonds stratégique d’investissement – mis en place par Sarkozy en 2008, la BPI n’a pas su corriger tous les défauts intrinsèques au Fonds. Développant, dans le contexte de crise de l’époque, une doctrine plus ou moins floue de patriotisme économique au service des intérêts stratégiques nationaux, le FSI a multiplié les prises de participation dans les fleurons industriels français. Présent dans des groupes aussi importants que Bull, Alcan EP/Constellium, Vallourec, Gemalto et Areva, le FSI se caractérise par une approche colbertiste déconnectée des enjeux d’une économie ouverte et mondialisée. Mise en place lors du changement de majorité, la BPI – si elle a su corriger certains des défauts du FSI en abandonnant, par exemple, sa rengaine patriotique – ne s’est pas défaite de ses participations. En continuant à multiplier les titres en Bourse, la BPI se comporte davantage comme un « Hedge Fund » menant une activité de capital-risque et se trouve, de facto, à l’origine d’effets pervers sur le marché.
La BPI fait fuir les investisseurs étrangers et perturbe le jeu naturel des fusions-acquisitions. Alors que le capital-investissement a permis de lever 5 milliards d’euros en 2012, la BPI s’est improvisée capital-risqueur. Responsable d’un investissement en fonds propre sur dix, la BPI signe le retour de l’Etat-Stratège guidé par une volonté protectionniste nuisible au bon fonctionnement du marché. Par ailleurs, malgré le recadrage effectué sur sa mission principale de soutien aux PME et ETI, la BPI continue à venir au secours, souvent à l’initiative d’élus régionaux, aux entreprises en difficulté. Plébiscitée pour son attitude de « Chevalier Blanc » au service des plus faibles, la BPI se livre en réalité à une concurrence déloyale vis-à-vis des banques.
Octroyer des crédits à des entreprises en difficulté, n’ayant su convaincre des banques ou des fonds d’investissement privés, relève du « mal-investissement ». La BPI, si elle étudiait les dossiers de ces entreprises sur la base de calculs économiques rationnels, devrait nécessairement aboutir aux mêmes conclusions que les acteurs privés. Par ailleurs, ces investissements constituent autant de soutiens qui ne vont pas au service de l’innovation et de la recherche, pourtant générateurs d’externalités positives sur le long terme.
Dans son rapport, GenerationLibre préconise de recentrer la BPI sur deux fonctions essentielles : le financement de l’innovation d’une part, et le rôle de multiplicateur de crédit, d’autre part, en abondant en dettes les structures spécialisées dans les prêts aux ETI au lieu de prêter d’elle-même. En vendant les parts qu’elle détient dans des entreprises cotées, la BPI générerait 3 milliards d’euros à mettre au service de l’innovation.
Delphine Granier
Analyse – @GLthinktank
Crédit photo : Grégory Tonon
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