Dans le système majoritaire qui caractérise les scrutins de la Ve République, le second tour a changé depuis peu de nature. Avec la tripartition de l’espace politique, les duels gauche-droite, totalement dominants durant la période 1962-2012 (cinquante ans !), ne sont plus la règle absolue ni même la configuration dominante. Avec la montée du Front national en tête dans les premiers tours de scrutin, les résultats du second tour ne sont plus contenus dans ceux du premier, alors que jusque-là ils ne faisaient le plus souvent que confirmer voire accentuer le choix initial des électeurs. Le scrutin de ballottage redistribue les cartes.

Aux élections départementales de mars 2015, sorte de mini-répétition d’un scrutin législatif, les électeurs de gauche ont massivement voté à droite au second tour lors des duels droite-FN. Et, surprise, malgré leur forte hostilité au pouvoir socialiste, les électeurs de droite ont préféré voter en majorité pour un binôme de gauche dans les duels de second tour gauche-FN. Aux élections régionales de décembre 2015, sorte de mini-répétition d’un scrutin présidentiel, la hausse de participation très forte entre le premier et le second tour s’est principalement opérée sur une motivation de vote contre le Front national. Et les électeurs de gauche ont voté sans rechigner pour des adversaires politiques comme Xavier Bertrand ou même Christian Estrosi. D’une certaine façon, le système « UMPS » existe bel et bien mais il procède avant tout de la volonté des électeurs de ces deux formations d’adopter le comportement le plus adéquat en vue de faire obstacle à l’élection d’un représentant du Front national, même si celui-ci sort nettement en tête du premier tour. Tout se passe comme si le fameux plafond de verre qui empêche la victoire finale de ce parti ne cessait de s’élever au fur et à mesure de sa progression électorale.

Cette note a été écrite par Jérôme Jaffré, Directeur du Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (CECOP) et chercheur associé au CEVIPOF.